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Banques / La Lettre de Vernimmen / Crédit non bancaire / Banques / Finance

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La Lettre de Vernimmen / Crédit non bancaire / Banques / Finance

Le succès du crédit non bancaire ne tient pas à un avantage de prix / Des seuils arbitraires ou psychologiques en cause

La tendance à recourir au crédit non bancaire s’observe à la hausse sur le long terme. Il reste pourtant sensiblement plus cher, surtout pour les entreprises contraintes d’y recourir.
Dollars (Photo by Jaap Arriens / NurPhoto / NurPhoto via AFP)
Dollars (Photo by Jaap Arriens / NurPhoto / NurPhoto via AFP)

Il est d’usage, lorsque l’on souhaite emprunter, de se tourner vers des entreprises spécialisées en la matière : les banques. Pourtant, sur le marché du crédit, certaines sociétés décident de se tourner vers des intermédiaires financiers (fonds d’investissement, de private equity ou de capital-risque, sociétés d’assurance, etc.) qui ne sont pas reconnus comme des établissements spécialisés en la matière. Ce qui ne relève pas d’un intérêt de prix, explique la Lettre Vernimmen dans son édition du mois de juillet, au travers de l’étude d’un article académique paru dans la Review of Financial Studies en 2022 (S. Chernenko, I. Erel et R. Prilmeier, "Why do firms borrow directly from nonbanks ?").

En effet, "l’idée selon laquelle le crédit non bancaire serait moins cher est totalement rejetée. C’est l’inverse qui est vrai : à caractéristiques de prêt équivalentes, le non bancaire est sensiblement plus cher (167 points de base)", pointent ainsi les auteurs de la Lettre, en collaboration avec l’enseignant-chercheur à l’université de Cergy Simon Gueguen.

Le phénomène a été observé dans le temps – les chercheurs de l’article académique ayant étudié la période qui s’étale entre 2010 et 2015, sur un échantillon d’entreprises de taille intermédiaires et cotées. L’étude relève alors ainsi qu’un tiers de l’ensemble des prêts octroyés aux Etats-Unis l’ont été par des intermédiaires financiers non bancaires. En réalité, explique la Lettre Vernimmen, ce succès serait plus particulièrement à relier aux contraintes réglementaires subies par les banques.

 

Mauvaise note

 

Il faut de fait souligner que les entreprises qui ont recours à ce type de contrats de crédit sont en moyenne "moins profitables, moins rentables, plus risquées et plus endettées que les autres", observe la Lettre. Le facteur le plus marquant serait ainsi celui de l’excédent brut d’exploitation (EBE) : lorsque l’indicateur de rentabilité devient négatif, la probabilité de recourir à un emprunt non bancaire augmente de 32 %. Et pour les banques américaines, leur octroyer un crédit représente une incidence sur leur notation.

Les chercheurs indiquent en effet que le contrôleur fédéral des banques américaines considère que les prêts aux sociétés non profitables sont de mauvaise qualité, ce qui les pénalise dans leur système de notation. Ainsi, les entreprises en situation d’EBE négatif se tournent vers des banques non supervisées par le système fédéral (et plutôt vers celles régies par l’Etat), ne subissant pas cet effet de seuil. Ou bien, donc, vers le crédit non bancaire.

Et en l’absence de concurrence bancaire, les prêteurs peuvent augmenter leur prix. Les entreprises "à EBE négatif paient 254 points de base de plus en passant par le non bancaire", indique la Lettre.

 

Toujours des garanties

 

Autre facteur important, conduisant à éviter les banques soumises à la réglementation fédérale mais qui relève davantage d’un seuil psychologique, expliquent les auteurs de la lettre : celui du dépassement du ratio dette/EBE égal à six. "Il existe en finance des seuils psychologiques que l’on retrouve jusque dans les recommandations des résultats et qui sont porteurs d’effets réels ; le niveau 6 du ratio dette/EBE en fait partie aux Etats-Unis", font-ils valoir.

Par ailleurs, pointe la Lettre, l’effet prix n’est pas compensé par des exigences de garanties différentes. Les prêts non bancaires incluent moins fréquemment des clauses de remboursement mais contiennent plus souvent, en revanche, des warrants permettant aux prêteurs d’entrer au capital. "Finalement, la probabilité́ de défaut et la rentabilité́ pour les emprunteurs ne sont pas significativement affectées par le choix entre bancaire et non bancaire, lorsque ces derniers ont le choix", indiquent-ils.

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