WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne
IA générative ; FMI ; Gita Gopinath ; Discours ; Adam Smith ; Emploi ; Productivité ; Réglementation ; Innovation

Macro-économie / Taux / IA générative / fmi / Gita Gopinath

Macro-économie / Taux
IA générative / fmi / Gita Gopinath

L’IA générative, cette « main artificielle » / Comment le FMI mobilise Adam Smith pour penser la révolution ChatGPT et consorts

L’intelligence artificielle générative pourrait bien être la machine à vapeur du XXIème siècle. Dès lors, pourquoi ne pas faire appel la pensée d’Adam Smith pour mieux appréhender les enjeux de ce que la directrice générale adjointe du FMI, Gita Gopinath, qualifie de « main artificielle » ?
Gita Gopinath, directrice générale adjointe du FMI (Brendan Smialowski/AFP)
Gita Gopinath, directrice générale adjointe du FMI (Brendan Smialowski/AFP)

Adam Smith s’est interrogé sur la manière de promouvoir le bien-être et la prospérité à une époque de grands changements. La révolution industrielle a donné naissance à de nouvelles technologies qui allaient bouleverser la nature du travail et transformer la société du XIXème siècle. Aujourd’hui, le monde se trouve à un point d’inflexion similaire, où une nouvelle technologie, l’intelligence artificielle générative, pourrait bien changer nos vies de manière spectaculaire, voire existentielle.

Compte tenu des parallèles entre les deux époques, Gita Gopinath, directrice générale adjointe du Fonds monétaire international (FMI), s’est livrée à une expérience de pensée originale, à l’occasion de son discours célébrant le tricentenaire de la naissance de l’illustre économiste : "S’il vivait aujourd’hui, comment Adam Smith aurait-il réagi à l’émergence de cette nouvelle main artificielle ?".

 

Au-delà de la main invisible

 

Dans son ouvrage le plus célèbre – "La Richesse des Nations" – Adam Smith défend que la richesse d’une nation reste déterminée par le niveau de vie de ses habitants et que ce dernier peut être amélioré en augmentant la productivité. Une idée d’autant plus pertinente qu’aujourd’hui la croissance de la productivité mondiale ralentit depuis plus d’une décennie. Or, nombreux sont ceux qui pensent que l’IA pourrait contribuer à inverser cette tendance.

"Les machines se chargeant des tâches routinières et répétitives, les humains pourraient consacrer plus de temps à ce qui fait notre spécificité : être des innovateurs créatifs et résoudre des problèmes", explique Gita Gopinath.

Dans une étude très médiatisée, Goldman Sachs estime que l’IA pourrait booster comme rarement la productivité et, à terme, faire progresser le PIB mondial annuel de 7 %, soit environ 7 000 milliards de dollars de plus chaque année. Une projection optimiste, certes, mais "Adam Smith se garderait bien d’étouffer la main artificielle de l’IA", juge l’économiste indienne.

Outre les gains de productivité, l’impact net sur le marché du travail demeure toutefois incertain. La même étude affirme aussi que, dans les plus grandes économies du monde, un quart du travail actuel pourrait être automatisé avec l’IA, soit près de 300 millions d’emplois équivalents temps plein qui risquent de partir en fumée. De nouveaux emplois seront évidemment amenés à émerger mais il n’est absolument pas garanti que les gains des uns soient suffisants pour compenser les pertes des autres.

"Smith aurait été impressionné par l’émergence d’une technologie aussi puissante dans une économie mondialisée, mais il aurait aussi pu se rendre compte que la main invisible ne suffit peut-être pas à elle seule à garantir de larges avantages à la société. En fait, dans de nombreux domaines – de la finance à l’industrie manufacturière – la main invisible n’a pas suffi à garantir des avantages étendus depuis un certain temps", résume Gita Gopinath.

 

Une nouvelle approche de la réglementation

 

Sur ce point, "nous avons besoin de toute urgence d’une réglementation solide et intelligente qui garantisse que l’IA est exploitée au profit de la société", plaide la cheffe adjointe du FMI. Face à la menace de pertes d’emplois massives, il est notamment essentiel que les gouvernements mettent en place "des filets de sécurité sociale souples" pour aider les personnes dont les emplois sont déplacés.

Plus encore, l’un des défis à relever est la mesure dans laquelle les humains peuvent en venir à dépendre du jugement des systèmes d’IA. Ces derniers s’appuient sur des données existantes et peuvent donc reproduire les biais intégrés dans ces données. Certains modèles ont même montré une tendance à défendre avec confiance de fausses informations, un phénomène connu sous le nom "d’hallucination de l’IA".

Si la nouvelle législation proposée par l’Union européenne ou le groupe de travail du G7 à ce sujet constituent des débuts encourageants, "nous avons besoin de plus que de nouvelles règles, […] cela nécessitera une approche entièrement nouvelle des politiques publiques" au niveau mondial, estime Gita Gopinath.

 

Redéfinir l’humain

 

Cela étant dit, pour examiner véritablement les implications de l’IA du point de vue d’Adam Smith, il faut revenir à son premier ouvrage majeur, la "Théorie des sentiments moraux". Selon Smith, c’est notre capacité à éprouver de la "sympathie" qui nous permet de nous comporter moralement : nous pouvons imaginer la joie et la douleur des autres, ce qui nous permet de tempérer nos "passions" ainsi que de construire et de maintenir une société fondée sur des règles.

Ainsi, une grande partie de l’œuvre d’Adam Smith repose sur l’idée d’une transmission efficace de l’information dans la société. Les marchés envoient des signaux aux producteurs et aux consommateurs par l’intermédiaire des prix. Les êtres humains reçoivent des signaux émotionnels les uns des autres, ce qui leur permet de civiliser leur comportement. Mais l’IA, de plus en plus "humaine", pourrait porter atteinte de manière significative à l’intégrité de ces informations et aux avantages fondamentaux qu’elles confèrent à la société.

"Smith serait sans aucun doute préoccupé par la possibilité qu’un logiciel hallucinant diffuse de fausses nouvelles et creuse les divisions au sein de la société. Il y a donc fort à parier qu’il aurait soutenu des règles visant à protéger la vie privée des consommateurs et à limiter la désinformation à l’ère de l’IA", juge Gita Gopinath.

"L’IA pourrait être aussi perturbatrice que l’a été la révolution industrielle à l’époque d’Adam Smith. Nous devrons trouver un juste équilibre entre le soutien à l’innovation et la surveillance réglementaire", conclut-elle.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article