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Sintra / Gita Gopinath / Inflation
Inflation : la numéro deux du FMI met en garde contre des aléas durablement haussiers / Un constat non sans implications pour les politiques monétaires
Le spectre d’une inflation durablement plus élevée ne semble pas près de disparaître, selon Gita Gopinath. La directrice générale adjointe du Fonds monétaire international (FMI) – qui s’exprimait lundi en marge du forum de la Banque centrale européenne (BCE) à Sintra, au Portugal – estime qu’à l’avenir, les banques centrales devraient être confrontées à davantage de risques d’inflation à la hausse.
Chocs d’offre
Ces risques croissants reflètent d’abord les changements structurels qui affectent nos économies. Les chocs d’offre, et plus encore d’approvisionnement, quand les matières premières deviennent plus rares, que les transports sont coûteux et que l’énergie reste chère, mettent toujours plus de temps que prévu à se résorber. D’autant que cette fois-ci, ces obstacles sont exacerbés par la pandémie et les tensions géopolitiques, la guerre en Ukraine, le découplage avec la Chine, qui poussent naturellement les prix vers le haut (pénuries, relocalisations, etc.).
Ils reflètent aussi le repli sur soi orchestré par de nombreux pays qui augmente les coûts de production et rend les économies plus sensibles à ces mêmes chocs d’offre. Sur ce point, l’économiste regrette, par exemple, que l’Union européenne renforce elle aussi ses propres restrictions sur le commerce intérieur et les investissements étrangers, dispositions au cœur de sa politique sécuritaire économique.
Sans oublier la transition climatique, qui va coûter très cher, plus de 60 milliards d’euros par an rien que pour la France, alors que le risque d’une transition tardive et désordonnée pourrait stimuler fortement l’inflation et rendre les arbitrages plus difficiles pour les banques centrales.
Implications stratégiques
De tels éléments ne doivent pas rester sans implications pour la stratégie de politique monétaire. Ils suggèrent notamment d’être plus prudent dans l’analyse des chocs d’offre avant de décider de passer simplement "au travers". "Les banques centrales devront peut-être réagir plus vigoureusement si les chocs d’offre sont généralisés et touchent des secteurs clés de l’économie, ou si l’inflation a déjà dépassé l’objectif, de sorte que les anticipations sont plus susceptibles d’être déçues", explique Gita Gopinath.
En ce sens, l’affinement des stratégies de politique monétaire nécessite également d’ajuster l’utilisation des outils à disposition des banques centrales. La directrice générale adjointe du FMI propose ainsi que les orientations futures (forward guidance) soient assorties de clauses de sauvegarde, activables si l’évolution réelle devient trop différente des prévisions. Les orientations fournies par les banques centrales pendant la pandémie ont pu, en effet, s’avérer trop contraignantes et ont empêché une réaction plus rapide.
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