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Entreprises / Actions / Orpea / Caisses des Dépôts / Assemblée Nationale / commission des finances / procédure de sauvegarde accélérée

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Orpea / Caisses des Dépôts / Assemblée Nationale / commission des finances / procédure de sauvegarde accélérée

Orpea : la Caisse des Dépôts veut donner la priorité aux soins / Une fermeté affichée face aux actionnaires contestataires

Interrogés ce mercredi matin par les députés de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, le directeur général de la Caisse des Dépôts et Consignations, Eric Lombard et le président de la Commission de surveillance, Alexandre Holroyd, sont revenus sur les différents recours intentés par certains actionnaires contre le plan de sauvetage d’Orpea proposé par le groupe et ses investisseurs. L’occasion aussi pour eux de rappeler que l’intervention de la Caisse s’inscrivait parfaitement dans sa mission d’intérêt général.
Eric Lombard, directeur général de la Caisse des Dépôts - ERIC PIERMONT / AFP
Eric Lombard, directeur général de la Caisse des Dépôts - ERIC PIERMONT / AFP

"Nous sommes tout à fait conscients de la charge qui pèse sur nos épaules, de nous assurer que le rétablissement d’Orpea, qui est engagé depuis un an, se poursuive au service des malades, des résidents et des salariés". C’est ainsi que le directeur général de la Caisse des Dépôts (CDC), Eric Lombard, a conclu son intervention devant la Commission des finances de l’Assemblée nationale ce mercredi matin, où il était invité, en compagnie du président de la Commission de surveillance du groupe, le député Alexandre Holroyd, à s’exprimer dans le cadre de la procédure de sauvegarde accélérée du groupe d’Ehpad.

 

Une intervention dans la droite ligne des missions de la Caisse

 

Une action de sauvetage qu’il a jugée parfaitement conforme à la mission de cohésion sociale de la CDC, d’autant que " compte tenu du vieillissement démographique, les besoins de place vont continuer à croître. On les estime à 900 000 à horizon 2050. […] La Caisse des Dépôts répondra toujours présente pour servir l’intérêt général ", a déclaré Alexandre Holroyd.

Il a d’ailleurs été rappelé, au cours de cette audition, que ce n’est pas la première fois que la CDC s’intéresse au grand âge et à la dépendance. "Depuis 5 ans, La Banque des territoires finance, sur fonds d’épargne, 350 millions d’euros en moyenne par an la construction et la rénovation de murs d’Ehpad tandis que le groupe La Poste, dont la Caisse est actionnaire à 66 %, déploie une offre de service à domicile. Sans oublier que CDC Habitat est propriétaire de 116 murs d’établissements de santé et vient de créer une foncière pour 12 nouvelles constructions", a expliqué Eric Lombard qui a cependant reconnu le caractère inhabituel de l’opération de sauvetage en cours. "C’est l’utilité de la "Caisse" d’intervenir dans des opérations atypiques", a-t-il affirmé, reprenant en exemple l’intervention du groupe dans le cadre de l’offre d’achat de Veolia sur Suez et qui a conduit "la Caisse" à acquérir 20 % du capital de Suez. "Pour Orpea, il n’existait pas de solutions alternatives, à moins d’un dépeçage de la société ce que nous cherchons à éviter, tout comme une prise de contrôle par des acteurs financiers qui seraient sans doute moins soucieux du bien-être des résidents en Ehpad", a-t-il expliqué.

 

Des fonds propres au seul profit d’Orpea

 

Interrogé par les membres de la Commission des finances sur le complexe montage financier de l’opération, le directeur général a rappelé que la "Caisse n’y allait pas seule". "Si nous investissons 605 millions d’euros via la section générale, notre filiale CNP Assurances contribue à hauteur de 150 millions d’euros, soit un total de 755 millions d’euros aux côtés de partenaires mutualistes tels que MAIF (400 millions d’euros), MACSF (200 millions d’euros). Au total, il s’agit d’une augmentation de capital de 1,35 milliard d’euros portée par notre groupement ", a détaillé Eric Lombard qui a tenu à préciser que cette opération s’inscrivait dans le cadre des activités concurrentielles du groupe. "Pas un euro de l’épargne réglementée des Français ne servira à cette opération et les fonds propres apportés le seront exclusivement au profit de la société. Il n’y aura pas un euro pour les actionnaires", a-t-il prévenu.

En effet, selon le plan de sauvetage proposé, le directeur général a réaffirmé qu’aucun dividende ne serait prélevé au cours des trois prochaines années tandis que "la Caisse" s’était engagée par écrit à ne pas céder ses titres pendant une durée de 5 ans. "Nous ne partirons pas tant qu’Orpea ne sera pas redevenu un fleuron du secteur ", a certifié Eric Lombard. S’agissant du parc immobilier détenu, celui-ci devrait également être revu à la baisse. "Il était de 47 % avec 1 000 implantations dans le monde ce qui est beaucoup trop et explique les difficultés financières d’Orpea bien avant la parution de l’ouvrage de Victor Castanet. Notre objectif est donc de revenir à 25 %, ce qui est la norme dans cette activité, avec un probable recentrage sur l’Europe de l’Ouest ", a-t-il indiqué.

 

Une simple application de l’ordonnance de 2021

 

Par ailleurs, cette audition fut également l’occasion pour la CDC de rappeler la très particulière procédure de sauvegarde appliquée à Orpea. "Il s’agit de la plus grosse restructuration financière conduite en France et la première application de la nouvelle procédure instaurée par l’ordonnance du 15 septembre 2021. En vertu de ce texte, les règles antérieures qui offraient aux actionnaires la possibilité d’être associés au retournement de l’entreprise ne sont pas possibles dans le cadre de la procédure de sauvegarde accélérée. Les créanciers sont désormais classés par ordre hiérarchique, impliquant qu’en cas de difficulté de l’entreprise, les actionnaires soient beaucoup moins bien traités qu’avant", a simplement expliqué Eric Lombard alors que de nombreux députés s’interrogeaient du sort des petits porteurs.

 

Pas de minoration de la valeur d’Orpea

 

Et sur ce point, la CDC a visiblement souhaité se montrer très ferme. D’abord sur une possible minoration de la valorisation d’Orpea qui aurait permis au groupement de bénéficier d’un prix réservé trois fois inférieur par action et de spoiler les créanciers non sécurisés. "Cette audition me permet de répondre aux polémiques en cours sur le prix d’achat. Certains disent que la valeur de l’entreprise est très positive (entre 7,9 milliards d’euros et 9,8 milliards d’euros selon le rapport Ricol & Lasteyrie commandé par le "Support Club", groupe de créanciers ayant refusé l’offre de restructuration financière d’Orpea, ndlr). Nous, nous considérons qu’elle est négative car la valeur citée ne prend pas en compte l’endettement de plus de 8 milliards d’euros de la société. J’ajoute que si la valeur de l’entreprise avait été si élevée, d’autres propositions de sauvetage seraient intervenues et les actionnaires sécurisés n’auraient pas consenti à un abandon de leur 70 % de leurs créances", a fait remarquer Eric Lombard.

 

Un dénouement avant le 24 juillet prochain

 

Ensuite sur les recours juridiques intentés par une partie des actionnaires : "Les principaux opposants à l’opération ne sont pas les actionnaires historiques d’Orpea, qui ont laissé la société s’endetter, mais des actionnaires récents, entrés au capital après le début des déboires publics de l’entreprise. Il faut bien avoir à l’esprit que le type d’actionnaires dont on parle est plutôt des fonds hedge funds […] qui considèrent que l’objectif est de presser le citron, nous considérons qu’il faut au contraire cultiver le citronnier. Nous pouvons donc supputer que certains actionnaires soient plus motivés par une opération financière que par l’intérêt général. Les actionnaires ont pris leur risque, c’est le principe même de l’investissement sur les marchés financiers", a constaté Alexandre Holroyd.

Pour l’heure, le vote des classes de créanciers ne semble pas inquiéter outre mesure la Caisse des Dépôts. Certes il a été repoussé au 22 juin mais "il suffit qu’une classe vote pour, ce qui sera probablement le cas pour les créanciers sécurisés, pour que le Tribunal de commerce de Nanterre puisse ensuite valider le plan de sauvetage". La réponse de ce dernier est attendue au plus tard pour le 24 juillet.

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