Evenements / Medef / Présidence du Medef / Patrick Martin / Dominique Carlac'h / transition énergétique / compétivité / Plein emploi / réglementation / europe
Evenements
Medef / Présidence du Medef / Patrick Martin / Dominique Carlac'h / transition énergétique / compétivité / Plein emploi / réglementation / europe
Débat présidence du Medef : deux candidats et des causes communes / Les différences se cachent dans les détails
Ne comptez pas sur ces deux-là pour s’écharper comme des candidats à l’élection de la présidence de la République lors d’un débat de l’entre-deux-tours. "Je suis heureuse que ce débat ait eu lieu. Il est la preuve d’un Medef de la maturité et de la modernité ", a déclaré Dominique Carlac’h en conclusion du rendez-vous télévisé qui l’opposait ce lundi soir à Patrick Martin sur BFM Business.
Ressemblances
De fait, les échanges furent cordiaux et parfois même très aimables. Il faut dire que l’organisation même de l’événement – une première à la télévision – ne prêtait pas à la joute directe entre les deux candidats à la présidence du Medef puisqu’ils étaient interrogés chacun leur tour sur différentes thématiques.
Dans ce contexte, il fallait être attentif pour voir les différences entre ces deux fervents défenseurs des entreprises. Rien que dans leur présentation respective, des points communs sont apparus y compris dans le choix du vocabulaire. Si Patrick Martin s’est défini comme "un bâtisseur ", convaincu que "les entreprises étaient porteuses de solutions ", Dominique Carlac’h a souhaité démontrer sa "capacité à bâtir " avec des "entreprises qui possèdent les solutions économiques, environnementales et humaines".
Front commun contre un étatisme trop contraignant
Plusieurs fois, les deux prétendants au titre ont su faire front commun contre un vrai adversaire désigné : l’Etat. Sur la menace de couper les aides à l’apprentissage dans le futur projet de loi de finances pour 2024 par exemple, Patrick Martin et Dominique Carlac’h ont expliqué qu’il s’agirait d’une erreur de la part de l’exécutif. "Ces jeunes à 70 % trouvent un débouché professionnel dans l’année qui suit leur formation. Ils ne coûtent pas à la collectivité, ils rapportent à la collectivité ", a défendu l’actuel numéro deux du Medef, regrettant que ces formations ne concernent pas les infra-bac.
Même chose concernant la compétitivité des entreprises : la candidate a critiqué le manque d’ambition de la politique industrielle de l’Etat face à l’Inflation Reduction Act (IRA - plan de 370 milliards de dollars sur 10 ans) des Etats-Unis. "La réglementation française est anti-performance industrielle car le principe de précaution prime. On n’aura pas une économie forte sans une industrie forte ", a-t-elle martelé, exposant son souhait de voir créer en cas de victoire le 6 juillet prochain à la présidence du Medef, "une commission réglementation compétitive ".
De son côté, Patrick Martin a parlé de "délire normatif " et notamment à Bruxelles, raison pour laquelle il ambitionne de confier, s’il est élu, une vice-présidence Europe. Il s’est cependant distingué en mentionnant la fiscalité des entreprises. Si le candidat a salué la baisse des impôts de production de 18 milliards d’euros engagée depuis 2017, il souhaite aller plus loin en allant " chercher 20 milliards d’euros de baisses supplémentaires".
Non à une taxe verte
Autre point d’entente : tous deux refusent d’entendre parler "d’une taxe verte", comme le souhaite le rapport de Jean Pisani-Ferry pour financer la transition énergétique. "Si à chaque problème, on invente une taxe, on n’est pas rendu. Les entreprises paient déjà pas mal : 40 à 60 milliards de plus par an d’investissements. Mais pour aller vers l’investissement, il faut du profit. Et pour cela, il faut alléger les charges pour restaurer les marges ", a expliqué Dominique Carlac’h pour qui il ne faut pas "opposer entreprises et écologie ". "L'éco-conditionnalité des aides publiques constitue une ligne rouge absolue", a-t-elle déclaré.
Même son de cloche chez le numéro deux du Medef : "on ne peut pas demander aux entreprises de se décarboner dans un laps de temps trop court ". Le candidat n’a d’ailleurs pas hésité à dénoncer "les effets pervers " de la taxe carbone aux frontières décidée au niveau européen et "qui risquent de favoriser les délocalisations quand l’IRA américain encourage la décarbonation ", a-t-il rappelé, expliquant que la solution au financement de la décarbonation pouvait résider dans un système de retraite par capitalisation. Une taxe carbone aux frontières qui pour Dominique Carlac’h devrait également s’appliquer aux produits finis et pas seulement aux matières premières.
Un paritarisme de gestion
Pour le reste, pas de grandes divergences à constater. S’agissant du télétravail, ils s’accordent sur les risques. " Nous manquons de recul sur ce sujet. J’identifie trois risques : une fracture entre ceux qui peuvent télétravailler dans l’entreprise et ceux qui ne le peuvent pas ; le risque de délocalisation et celui de perte du collectif ", a énuméré le numéro deux du Medef tandis que l’actuelle porte-parole du mouvement patronal a parlé de "baisse de productivité des entreprises comme ligne rouge ".
Concernant le dialogue social, Patrick Martin plaide pour un paritarisme de gestion avec les syndicats, "l’accord sur le partage de la valeur a démontré que nous étions responsables ", a-t-il fait valoir. Un paritarisme de gestion que Dominique Carlac’h a approuvé "sans aucune ambiguïté ".
Chacun sa méthode pour le plein-emploi
Sur la thématique du travail, à la question de savoir quelle mesure ils mettraient en place pour parvenir à l’objectif du plein-emploi voulu par le gouvernement en 2027 avec un taux de chômage de moins de 5 %, Patrick Martin a plaidé pour une réforme des lycées professionnels quand sa rivale a parlé de reconversion tout au long de la trajectoire professionnelle "avec un apprentissage étendu aux seniors ". L’actuelle porte-parole du Medef a proposé de "régionaliser France Travail afin qu’il n’y ait pas d’inadéquation entre la formation proposée et l’emploi recherché dans les territoires ".
Enfin sur l’Intelligence Artificielle (IA), Patrick Martin milite pour une IA éthique grâce à la régulation européenne, "une IA qui va nous apporter beaucoup", selon lui. Dominique Carlac’h y voit quant à elle "la quatrième révolution industrielle " nécessitant "un grand programme d’inclusion numérique ".
Alliance en vue ?
Dans ce contexte, et face à tant de points de convergence, le journaliste Christophe Jakubyszyn, qui animait le débat avec sa complice de la matinale, Laure Closier, leur a demandé en conclusion si une alliance entre eux était possible. Hypothèse à laquelle Patrick Martin a ouvert la porte sous conditions. "Nous pouvons le faire, nous sommes alignés sur les mêmes valeurs mais je ne suis pas à l’aise avec ses colistiers ". L’occasion pour Dominique Carlac’h de répondre enfin directement à son rival dans la compétition et de certifier qu’elle était "seule candidate ".
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

