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Politique européenne
Mario Draghi / compétivité / Politique européenne
L’Europe doit innover ou mourir / Mario Draghi s’inquiète du déclassement du Vieux continent
" Si l’Europe ne parvient pas à devenir plus productive, nous serons contraints de faire des choix ". Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), n’y va pas par quatre chemins dans son rapport sur la productivité européenne, commandé par la Commission européenne.
Sans sursaut de la part de l’Union européenne (UE), il semble que "nous ne pourrons pas devenir à la fois un leader des nouvelles technologies, un modèle de responsabilité climatique et un acteur indépendant sur la scène mondiale". Le financement du modèle social qui est le nôtre serait également remis en cause. L’étendue des renoncements est loin d’être fixé et il est question en cas d’échec de devoir "revoir à la baisse certaines, voire toutes nos ambitions".
Deux vitesses
Les symptômes du décrochage sont nommés par l’ancien président du Conseil italien, le plus parlant est le constat que "le revenu réel disponible par habitant a augmenté presque deux fois plus aux États-Unis qu’en Europe depuis 2000". Un abaissement plus marqué de la productivité en Europe en est à l’origine selon lui.
Un phénomène d’autant plus inquiétant qu’il prétend que "l’UE entre dans la première période de son histoire récente où la croissance ne sera pas soutenue par l’augmentation de la population". La population active du Vieux continent devrait décroître de près de 2 millions de travailleurs par an et ce jusqu’en 2040. Le ressort de la productivité deviendra alors essentiel pour la croissance de l’UE, ou si aucun changement ne survient et qu’on se contente de connaître "le taux de croissance moyen de la productivité depuis 2015, cela ne suffirait qu’à maintenir le PIB constant jusqu’en 2050".
En adéquation
Un scénario catastrophe pour l’ancien président de la BCE et ce d’autant plus que ça n’est pas un manque d’idées ou bien d’ambition qui est déploré. Il est question d’un mal européen qui n’existerait pas outre-Atlantique ; le fait que "nous ne parvenons pas à traduire l’innovation en commercialisation, et que les entreprises innovantes qui souhaitent se développer en Europe sont entravées à chaque étape par des réglementations incohérentes et restrictives".
Pour étayer sa proposition, Mario Draghi affirme qu’entre 2008 et 2021, "près de 30 % des 'licornes' fondées en Europe - des startups dont la valeur a dépassé le milliard de dollars - ont transféré leur siège social à l’étranger, la grande majorité d’entre elles aux États-Unis ". Résoudre les problèmes n’est pas qu’une affaire du secteur privé et le rapport fait état que " plus l’UE sera disposée à se réformer pour générer une augmentation de la productivité, plus la marge de manœuvre budgétaire augmentera et plus il sera facile pour le secteur public de fournir ce soutien ". Un cercle vertueux qui s’appliquerait également à l’investissement dans certains biens publics.
Prioriser
Le rapport recommande ainsi de procéder à une réforme à l’occasion du prochain programme-cadre de l’UE pour la R&D que ce soit "en termes d’orientation, d’allocation budgétaire, de gouvernance et de capacité financière". Cette nouvelle organisation serait alors "recentrée sur un plus petit nombre de priorités définies d’un commun accord" et ciblant davantage l’innovation de rupture. La gouvernance du Conseil européen de l’Innovation en prend pour son grade également, il est désormais recommandé que "des chefs de projet et des personnes ayant fait leurs preuves à la frontière de l’innovation" en soient partie prenante.
Cette mesure et les autres formulées ne pourraient pourtant produire d’effets sans un budget en forte augmentation ; Mario Draghi suggère qu’il soit " doublé pour atteindre 200 milliards d’euros sur 7 ans ". Une même augmentation est suggérée concernant les fonds accordés à la recherche fondamentale par l’intermède du Conseil européen de la recherche. L’économiste italien espère que les entreprises et les chercheurs européens seront soutenus ici et ne devront pas aller demander des financements et des opportunités ailleurs sur le globe.
Main à la poche
L’enveloppe nécessaire l’ensemble des propositions du rapport est logiquement considérable, puisqu’il s’attaque à d’innombrables sujets dont celui de l’éducation et de la formation. Le pavé jeté dans la mare de la Commission européenne est sans précédent ; un effort "annuel minimum supplémentaire de 750 à 800 milliards d’euros est nécessaire, selon les dernières estimations de la Commission, ce qui correspond à 4,4-4,7 % du PIB de l’UE en 2023". Le précédent historique du plan Marshall, entre 1948 et 1951, n’était alors que de l’ordre de 1 à 2 % par an. L’Europe en est réduit à une telle extrémité en raison " d’un investissement productif [qui] est faible malgré une épargne privée qui est abondante ". Le manque de canal pour diriger ces flux est en grande partie responsable du différentiel entre les deux côtés de l’Atlantique. Pourtant à date de 2022 l’épargne des ménages de l’UE était de 1 390 milliards d’euros, contre 840 milliards d’euros aux États-Unis. A la lecture de ce mal européen, l’UE ne saurait faire l’économie d’un travail sur les produits d’épargne à long terme.
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