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Rencontres économiques d'Aix-en-Provence
Rencontres économiques d’Aix-en-Provence / Une récession économique que pourraient aggraver les Banques centrales
De nombreuses économies, et pas des moindres, pourraient connaître une récession cette année. Voilà une analyse qui fait plus ou moins consensus et qui fut débattue par les panélistes de l’une des innombrables tables rondes organisées depuis ce matin au sein de la 23ème édition des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, fondées par le Cercle des économistes. "L’un des facteurs d’incertitude pesant sur l’activité économique est celui du durcissement monétaire engagé par les Banques centrales pour faire reculer l’inflation”, a déclaré André Cartapanis, professeur à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence et membre du Cercle des économistes. “Le fait que l’argent devienne rare et cher est ce qui préoccupe le plus les entreprises”, a expliqué Mathias Burghardt, responsable du développement technologique et infrastructure d’Ardian et membre du comité exécutif.
Un constat sur la conséquence de la lutte contre l’inflation auquel n’a pas manqué d’adhérer Valérie Baudson, directrice générale d’Amundi, estimant que les Banques centrales devraient garder des taux d’intérêt directeurs élevés cette année. De sorte que, la dirigeante du leader européen de la gestion d’actifs anticipe que la croissance mondiale devrait s’établir “autour de 2,7 %”, (un chiffre historiquement très faible) portée par “des grandes puissances émergentes que sont la Chine et l’Inde”, Valérie Baudson prévoyant que les États-Unis connaîtront une récession d’ici la fin de l’année, qui devrait s’avérer “légère”.
L’Oncle Sam rejoindrait ainsi la zone euro, puisque son Produit intérieur brut (PIB) a reculé de 0,1 % au cours du quatrième trimestre 2022 puis du premier trimestre 2023. Une médiocre performance qu’elle doit notamment à l’économie allemande, elle aussi en territoire de décroissance. “Nous avons payé notre très forte dépendance aux énergies fossiles en provenance de Russie”, a reconnu Jörg Kukies, secrétaire d’Etat à la chancellerie fédérale d’Allemagne, en charge des questions économiques et européennes. Celui que d’aucuns présentent comme l’éminence grise du chancelier fédéral d’Allemagne Olaf Scholz a toutefois ajouté que “cela aurait pu être pire" (l’activité économique allemande a baissé de 0,8 % entre octobre 2022 et mars 2023).
De son côté, Jean-Louis Girodolle, directeur général de Lazard Frères, juge que l’économie mondiale est présentement aux prises avec un “atterrissage marqué” et dit redouter que cette situation se transforme en “atterrissage manqué”. Plus précisément, le banquier d’affaires craint “un whatever it takes à l’envers”, en clin d’œil à la phrase prononcée en pleine crise des dettes souveraines par l’ex-président de la BCE Mario Draghi qui lança en 2012 que la Banque centrale sauvera l’euro “quoi qu’il en coûte”.
En clair, ce scénario verrait les Banques centrales mettre en place un durcissement monétaire plus durable qu’escompté car elles souhaiteraient à tout prix préserver leur crédibilité. Sous cette hypothèse, “Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine, ne voudrait pas agir comme le patron de la Fed Arthur Burns dans les années 70 [il échoua à terrasser l’inflation en baissant les taux trop tôt, ndlr], ni à devenir comme Paul Volcker, dirigeant de la Fed dans les années 80 qui eut à gérer une crise d’inflation [il a vaincu l’inflation en augmentant les taux de 1 000 points de base ce qui entraîna une récession terrible, ndlr]".
Tant et si bien que “la Fed durcirait sa politique jusqu’à ce que les traces du reflux de l’inflation soient visibles”, avance le patron de la branche française de Lazard, rappelant que “Larry Summers, économiste et ancien secrétaire au Trésor, avait parlé l’an passé de ‘5 ans de chômage à 5 % [contre 3,6 % aujourd’hui, ndlr], 2 ans de chômage à 7,5 % ou une année de chômage à 10 %’. Nous en sommes très loin et cela peut faire partie de ce scénario très violent toujours plus crédible quand on voit le maintien de l’inflation sous-jacente à un niveau élevé”.
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