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Rencontres économiques d'Aix-en-Provence / Bruno Le Maire
Rencontres économiques d’Aix-en-Provence / Comment les décideurs veulent concilier croissance et environnement
La croissance française sera verte ou ne sera pas. C’est peu ou prou le message que Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances, a souhaité faire passer ce midi à l’occasion de la 23ème édition des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence. “Il y a plus de 5 ans que je viens aux Rencontres d’Aix. Il y a 5 ans, on avait déjà chaud, aujourd’hui, vous ne pouvez plus vous passer d’éventail, et dans 5 ans, ce sera insupportable d’être sous ce chapiteau. Donc, entre la vie et la mort, il faut choisir. Si on veut la vie, si on veut une planète vivable, il faut évidemment choisir la transition climatique, nous n’avons pas d’autre choix”, a déclaré le locataire de Bercy.
Paschal Donohoe, président de l’Eurogroupe et ministre des Comptes publics et de la Réforme d’Irlande, n’a pu qu’acquiescer rapportant que “le jeudi 6 juillet, la Terre a connu sa journée la plus chaude jamais enregistrée, avec une température moyenne globale atteignant 17,23 °C ".
Si cela fait débat, Bruno Le Maire juge, lui, que cette transition doit prendre place dans un régime de progression perpétuelle de l’activité économique. “Je le dis à tous ceux qui prônent la décroissance ; elle est une impasse que d’ailleurs aucun autre pays de la planète devrait choisir, ni la Chine, ni les États-Unis, ni les pays africains qui ont besoin de croissance pour se développer”, a-t-il expliqué. Ilham Kadri, présidente-directrice générale de Solvay, a expliqué croire aux “trois P” que sont “people, planet, profit”.
“L’enjeu est de réorienter notre modèle de croissance”, a avancé pour sa part Philippe Heim, président du directoire de La Banque Postale, qui a jugé qu’il fallait “un effort d’atténuation [des émissions de gaz à effet de serre, ndlr], un effort d’adaptation et un effort de cohésion”.
Avec à l’esprit le verdissement de la croissance économique, Bruno Le Maire, a déclaré que “l’objectif que nous pourrions nous fixer tous collectivement, c’est de faire de la France la première économie verte en Europe à horizon 2050”. Objectif qu’il estime réalisable si au moins quatre conditions sont remplies. D’une part, il faut “briser un certain nombre de tabous”, a expliqué le ministre, citant ceux qu’il estime avoir terrassés aux côtés du Président de la République Emmanuel Macron tels que “la fiscalité du capital, la politique industrielle européenne et l’apprentissage”.
À ce titre, il accueille favorablement le débat qui a émergé parmi les économistes portant sur la pertinence de relever la cible d’inflation de la Banque centrale européenne (aujourd’hui à 2 %, l’ex-chef économiste du FMI Olivier Blanchard propose de la placer à 3 %). “Christine Lagarde ne m’écoutera pas parce que je n’ai pas le droit de m’exprimer sur ce sujet et mon voisin de gauche, qui est président de l’Eurogroupe, viendrait me faire des reproches si je le faisais”, a-t-il précisé.
D’autre part, Bruno Le Maire fixe comme deuxième condition : croire à la science. “Nous sommes une grande nation de science et de raison. Nous ne pourrons pas nous laisser gagner par le complotisme et l’obscurantisme. C’est la science qui nous donnera de l’avance. C’est la science qui nous permettra de gagner la bataille du climat”, a-t-il lancé, en expliquant que “si demain il faut faire rouler des trains par 40 ou 45 degrés, il faudra avoir travaillé sur la résistance des matériaux”.
La capacité de l’économie française à mobiliser sa main-d’œuvre apparaît comme la troisième condition. "Il faut qu’on bosse”, a résumé Bruno Le Maire. “L’Allemagne est à 78 % de taux d’emploi, les Pays-Bas sont à 80 %. Il faut qu’on se fixe le même objectif. La France, elle, en 1970, était à 68 % de taux d’emploi. 50 ans plus tard, elle est toujours à 68 %”, a-t-il indiqué.
Présent également à la table ronde, Patrick Artus, conseiller économique de Natixis et membre du Cercle des économistes, rappelle souvent que si l’Hexagone avait le même taux d’emploi que l’Allemagne, elle dégagerait des excédents budgétaires. Cela n’a rien d’anecdotique en termes de financement de la transition écologique qui devrait coûter à la puissance publique près de 30 milliards d’euros supplémentaires par an si l’on en croit le récent rapport de Jean Pisani-Ferry et Selma Mahfouz.
A ce propos, "quatrième et dernière condition et j’en ai terminé, il faut de l’argent et là, je me tourne vers mon voisin de gauche, Paschal Donohoe", a plaisanté Bruno Le Maire.
En effet, dans le détail, contrairement à ce que préconise le rapport de Jean Pisani-Ferry et Selma Mahfouz (financer une partie des dépenses publiques de transition à travers l’instauration d’une taxe sur le patrimoine financier), le ministre estime que "la meilleure façon de trouver de l’argent aujourd’hui, ce n’est pas de lever de nouveaux impôts, ce n’est pas un ISF vert, ce n’est pas des taxes supplémentaires", mais de "créer l’Union des marchés de capitaux pour que nos startups qui veulent lever 100 millions d’euros ou 1 milliard d’euros n’aient pas besoin de se tourner vers les Etats-Unis, mais puissent les trouver en Europe, dans un marché des capitaux unifié".
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