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Rencontres économiques d’Aix-en-Provence / Inflation : pourquoi des banquiers centraux européens sont hostiles au relèvement de la cible
Bruno Le Maire, ministre de l'Economie et des Finances, a jeté un pavé dans la mare. Durant sa participation à l’une des tables rondes organisées par la 23ème édition des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, le locataire de Bercy a jugé que le niveau d’inflation visé à moyen terme par la Banque centrale européenne (2 % l’an) pouvait faire l’objet d’un débat.
Respectueux de l’indépendance de l’institution de Francfort, le ministre ne s’est toutefois pas aventuré plus loin, laissant le soin à des économistes tels que notamment Olivier Blanchard, ex-chef économiste du Fonds monétaire international (FMI) qui plaide depuis une décennie pour relever de 100 points de base l’objectif et Patrick Artus, conseiller économique de Natixis qui y est également favorable, de discuter plus profondément de cette problématique avec leurs pairs, entre autres.
Invité à s’exprimer sur le sujet ce matin à Aix-en-Provence, lors d’une table ronde portant sur le rapport des Banques centrales aux crises, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, s’est montré hostile à une modification de l’objectif, ce sous les regards approbateurs de ses collègues du Conseil des gouverneurs de la BCE Mário Centeno, gouverneur de la Banque du Portugal et Pablo Hernández de Cos, gouverneur de la Banque d’Espagne. “C’est une fausse bonne idée”, a-t-il lancé. “Je crois que cette suggestion est associée à l’idée que si l’on avait une cible d’inflation plus élevée, nous aurions à moins remonter les taux d’intérêt, or c’est l’exact contraire qui se produirait”, a estimé le grand argentier.
Concrètement, “si nous annoncions que notre cible d’inflation n’était plus 2 % mais 3 %, alors immédiatement les prêteurs demanderaient des taux d’intérêt plus élevés”, a-t-il avancé suscitant, à son grand étonnement, des applaudissements dans le public. “Les Rencontres d’Aix, c’est formidable, non seulement il y a les cigales mais en plus la cible d’inflation est applaudie, ce qui est rarissime”, s’amusa-t-il.
Si la réponse des marchés obligataires au changement de cible se faisait jour au travers de taux d'intérêt nominaux plus élevés de 100 points de base, cela ne changerait rien ; en effet, pour mesurer l’impact des taux d’intérêt sur l’économie ou la soutenabilité d'une dette publique, il faut regarder leur niveau réel, c’est-à-dire ajusté de l’inflation, qui le cas échéant serait stable.
Oui mais voilà, selon le gouverneur de la Banque de France, la hausse s’avérerait supérieure à 1 point de pourcentage. “Nous aurions introduit l’incertitude sur l’inflation en changeant d’objectif ce qui affecterait notre crédibilité et se traduirait par une prime de risque accrue en raison du surplus d’inflation ambiante”, a-t-il justifié.
Pour illustrer son propos sur la crédibilité, concept pouvant parfois apparaître abstrait, François Villeroy de Galhau a fait appel au monde du cyclisme. “Aujourd’hui, dans le cadre du Tour de France, l’arrivée se fait en haut du Puy-de-Dôme. Imaginez si les organisateurs disaient ce matin ‘nous changeons les règles du jeu, l’arrivée n’est plus en haut du Puy-de-Dôme mais en bas’. Ils auraient perdu toute crédibilité pour la suite de la compétition", a-t-il déclaré.
En accord avec la position de François Villeroy de Galhau, Andrew Bailey, gouverneur de la Banque d’Angleterre, a voulu faire de la pédagogie sur l’objectif de 2 %. “D’une part, c’est un niveau assez bas pour que les ménages et entreprises n’aient pas à intégrer l’inflation dans leurs décisions économiques au jour le jour [Jerome Powell, patron de la Fed, l’avait évoqué lors de son discours à Jackson Hole en août 2022, parlant d’inattention rationnelle, ndlr]. D’autre part, ce n’est pas 0 %, ce qui permet aux prix relatifs de changer et cela est crucial dans une économie de marché”, a expliqué le Britannique. Pablo Hernández de Cos, a fait siens ces propos, indiquant que "cet objectif de 2% est optimal compte tenu de ce que nous apprend la littérature académique".
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