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Macro-économie / Taux / émissions obligataires / taux d'intérêt

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émissions obligataires / taux d'intérêt

Europe : les émissions à très long terme explosent

Les volumes d'émissions de titres à 50 ans et plus ont atteint des niveaux records dans l'Union Européenne au premier trimestre. Les États profitent de taux encore au plus bas pour rallonger la maturité de leur dette, qui a explosé avec le Covid.
Vienne - Autriche
Vienne - Autriche

Les États européens comptent bien profiter de la faiblesse des taux pour rallonger la maturité de leur dette, à un moment où ils ont plus que jamais besoin de liquidité pour financer leurs plans de relance. Rappelons que les seuls pays de la zone euro devraient emprunter plus de 1 137 milliards d'euros bruts cette année (dont 260 milliards pour la France). Environ 15 % des émissions de dette souveraines dans la région au cours du premier trimestre ont porté sur des échéances de 25 ans ou plus - un record absolu, selon une note de Nordea.

Selon des données Dealogic fournies par BNP Paribas, les émissions à 50 ans et plus ont même atteint 24,7 milliards sur le premier trimestre, soit trois fois plus que les volumes émis sur l'ensemble de l'année 2020 et alors que seul 1,5 milliard de titres à 50 ans avaient émis en 2019. "Par le passé, les montants émis à 50 ans étaient limités et réservés aux dettes européennes les mieux notées – comme la France — mais ils sont en explosion depuis le début de l'année", explique ainsi Benjamin de Forton, Responsable Origination Obligataire secteur public chez BNP Paribas CIB. Plusieurs raisons à cela selon l'expert. D'abord, la faiblesse des taux donc, qui oblige les investisseurs à acheter de plus en plus long pour obtenir du rendement. Ainsi, la France, qui a entamé le bal des émissions à 50 ans en janvier dernier, a levé pour 7 milliards d'euros de titres à un taux de… 0,59 % seulement.

Ensuite, les États émettent des montants très importants pour avoir des excès de dette afin de financer la relance et vont de plus en plus loin sur la courbe pour étaler leurs remboursements. Enfin, la BCE ne peut pas acheter de titres à plus de 31 ans dans le cadre du QE et les rendements sont donc plus élevés sur la partie de la courbe au-delà de cette échéance. "La pentification est plus forte au-delà de 31 ans et est donc plus intéressante pour les investisseurs", explique encore Benjamin de Forton.

Vers une réduction des volumes émis à long terme ?

Mais les taux sont en train de remonter, à la fois du fait de l'abondance de titres émis sur les marchés depuis janvier et en raison des craintes des investisseurs d'une hausse plus rapide de l'inflation. Ainsi la semaine dernière, deux pays supplémentaires ont testé l'appétit des investisseurs pour la partie très longue de la courbe des taux et la demande n'a pas été aussi forte que lors des dernières opérations équivalentes. La Grande-Bretagne a ainsi émis pour 1 milliard de livres de titres à échéance 2071 et rencontré une demande 2,23 fois supérieure à l'offre, soit le plus faible taux de couverture depuis juillet 2018 pour des titres à 50 ans. De même l'Autriche et l'Espagne ont connu une baisse de la demande des investisseurs lors d'émissions à 50 et 15 ans la semaine dernière.

Cela signifie-t-il la fin de la fenêtre de tir à très long terme pour les États pour autant ? "Je ne serai pas aussi affirmatif, un marché s'est créé, existe et devrait perdurer", explique encore Benjamin de Forton. Selon lui, les taux devraient remonter de façon très graduelle, grâce au soutien durable de la BCE. "Certes, les volumes de titres à très long terme pourraient baisser, à mesure que les taux se reprennent puisque les investisseurs auront moins besoin d'aller sur la partie longue de la courbe pour avoir du rendement. Mais le marché ne va pas disparaître et la demande est là". La preuve : les émissions à 50 ans ne sont plus le seul privilège des États triple A. En janvier, la Slovénie a émis pour 500 millions d'euros à 60 ans, et l'Italie pour le même montant début avril, pour des titres à échéance mars 1972. Et même la Grèce est parvenue à émettre sans difficulté à 30 ans il y a quelques semaines.

Certains pays ont d'ailleurs lancé des obligations à 100 ans, comme l'Autriche avec sa souche juin 2120, dont elle a émis pour 1,5 milliard, à un taux de 0,8 %. Nombre de pays émergents se sont aussi lancés sur le très long terme ; mais le marché européen est le plus propice aux émissions de longues maturités en raison du nombre de gestionnaires d'actifs et de fonds de pension. "Du fait de sa structure, le marché en euros est la référence pour lever de la dette longue, ce qui est un peu moins le cas en dollars", conclut Benjamin de Forton, pour qui le mouvement constaté depuis le début de l'année n'est donc pas près de terminer.

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