Taux - Dette Souveraine / taux d'intérêt / Inflation
Taux - Dette Souveraine
taux d'intérêt / Inflation
Faut-il s'inquiéter de la hausse des taux américains ?
Faut-il s'inquiéter de la hausse rapide des taux d'intérêt américains, et le mouvement risque-t-il de mettre en cause le redémarrage de l'économie du pays ? Depuis le début du mois de janvier en effet, le rendement des obligations américaines à dix ans est passé de 0,908% à 1,29% aujourd'hui, soit une hausse de près de 40 points de base, les situant désormais proches de leur niveau d'il y a un an. Une remontée qui a eu lieu en trois étapes différentes, selon Guillaume Martin, stratégiste chez Natixis et déclenchée dans un premier temps par les poussées reflationnistes. "Les anticipations d'inflation sont reparties à la hausse en début d'année, après l'annonce du plan de relance de 1900 milliards de dollars de Joe Biden", explique ainsi le stratégiste, bien que le Trésor ait annoncé qu'il ne financerait pas entièrement ce programme de soutien par de nouvelles émissions. Le point mort d'inflation implicite à 10 ans, dont l'évolution est généralement corrélée à celle des taux 10 ans, a ainsi atteint 2,26% ces derniers jours, soit son plus haut niveau depuis 2014. Preuve que les marchés anticipent une poursuite de la hausse des prix.
Cette hausse des taux nominaux s'est dans un second temps transmise aux taux réels (sans inflation), dont l'évolution est un bon indicateur des perspectives de croissances des marchés. Or les taux réels à long terme ont pour la première fois depuis juin franchi la barre des 1%, les investisseurs anticipant désormais une forte reprise de la conjoncture américaine, avec l'accélération de la campagne de vaccination et la progressive levée des contraintes sanitaires. "Les marchés ont interprété le fait que le Trésor puiserait dans ses réserves de l'an dernier pour financer le plan de relance comme le signal que la Fed pourrait progressivement relâcher son soutien monétaire, et que la conjoncture allait s'améliorer rapidement", explique encore le stratégiste de Natixis. D'autant que plusieurs membres de la Fed ont fait part de leur inquiétude quant à la situation du bilan de la Fed, expliquant qu'elle devrait rapidement se retirer des marchés quand l'économie repartirait.
Tout ceci a conduit les investisseurs à réajuster leurs portefeuilles, la semaine dernière, ce qui devrait ralentir le mouvement de hausse des taux constaté depuis un mois et demi. "La valorisation des actions est très élevée et le taux des obligations commence enfin à remonter, ce qui est propice aux prises de profits", explique encore Guillaume Martin. Selon lui, nombre d'investisseurs ont revendu une partie de leur poche action au profit de l'obligataire la semaine dernière.
Cette hausse des rendements devrait donc ralentir, en particulier à partir du moment où le président de la Fed aura apaisé les craintes des marchés concernant un tapering anticipé. Le consensus des analystes fait par Bloomberg prévoit d'ailleurs un taux à dix ans américain autour de 1,45% d'ici la fin de l'année. Il ne devrait pas dépasser ce niveau, au risque pour la Fed et l'administration américaine de voir tous leurs efforts de relance anéantis. Toute hausse trop forte des taux pèsera sur l'investissement et la consommation, clefs pour la reprise durable du pays. "La Fed va devoir être plus explicite sur son nouveau cadre réglementaire et notamment sur sa cible d'inflation" termine le stratégiste de Natixis. Le président Jerome Powell devrait également répéter qu'il poursuivra ses rachats de titres jusqu'à ce que la reprise soit durablement installée, et ne pas annoncer de tapering avant la fin de cette année. Une nouvelle phase de hausse des taux pourrait dans ce cas avoir lieu l'hiver prochain, lorsque la phase de financement du plan de relance aura commencé (faisant remonter l'inflation) et que la Fed commencera à annoncer le resserrement monétaire.
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