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Dette / endettement des entreprises / émissions obligataires
Eté prolixe pour la dette des entreprises de catégorie spéculative
La crise économique provoquée par la pandémie a parfois eu des conséquences inattendues, passé le choc du début de confinement. Ainsi, malgré la dégradation de la qualité de crédit des entreprises et le manque de visibilité sur la reprise économique, le montant total de financements (que ce soit en prêts – loans – ou en obligations – bonds) de sociétés européennes en catégorie "spéculative" (notées Ba1 ou moins par Moody’s) en juillet et août est supérieur à la même période en 2019, révèle une nouvelle étude de l’agence de notation : il cumule 23 milliards de dollars au cours de cette période, contre 22 milliards un an plus tôt. Mention particulière pour les émissions obligataires, qui ont atteint 12 milliards de dollars : un montant largement supérieur à la moyenne des émissions entre 2012 et 2020 à la même période, établie à 9 milliards. Les financements levés sous forme de prêts ont atteint 11 milliards de dollars, pour une moyenne 2012-20 de 14 milliards. Et le nombre d’émetteurs n’a cessé d’augmenter depuis un an : il est passé de 492 en juin 2019 à 541 en août 2020.
L’écart en montant par rapport à l'année dernière est léger, certes, mais il reste surprenant dans la mesure où l’activité économique mondiale s’est retrouvée à l’arrêt pendant deux mois et que les perspectives des entreprises sont totalement brouillées. En particulier pour les LBO, que les fonds financent avec un recours important à l'endettement qui nécessite une visibilité importante sur les flux de trésorerie - ce qui faisait totalement défaut aux entreprises pendant la période de confinement. Mais Moody's observe que "après trois mois d'activité très faible, les émissions d'obligations et, dans une moindre mesure, de prêts ont repris. Le flux de LBO a également augmenté depuis la mi-juin. Mais les LBO notés B3 ou moins représentent désormais 53% des LBO notés, à comparer au plus bas historique de 24% atteint en 2015".
Il faut croire que les perfusions mises en place par les Etats et les mesures accommodantes des Banques centrales sur les taux d'intérêt et les rachats d'actifs ont considérablement atténué la perception des risques des investisseurs et des banques prêteuses. Ceux-ci ont donc largement souscrit aux demandes des entreprises : certes d'abord pour les mieux notées d'entre elles, mais aussi, dans une moindre mesure, pour celles qui sont notées en catégorie spéculative par les agences de notation – précisément ce que fait ressortir Moody’s. "Les investisseurs disposent d’une masse de liquidités importante qu’ils doivent placer [drypowder, ndlr]. A l’heure actuelle, ce drypowder continue à être un moteur important des émissions", souligne Kristin Yeatman, analyste crédit chez Moody’s, interrogée par Wansquare.
La tendance ne devrait pas s'inverser à court terme, malgré la dégradation massive de la qualité de crédit des entreprises de la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique) à mesure que le premier semestre avançait. Selon la recension de Moody's parmi les émetteurs que l'agence note, leur nombre "s'est dramatiquement accru", atteignant un record de 130 à la fin du mois de juin, contre 60 en décembre 2019. Le ratio dégradation/amélioration de note a atteint 15,9 fois au premier semestre, soit le rapport le plus élevé jamais atteint, contre seulement 3,8 fois en 2019. Mais "si les dégradations vont se poursuivre, elles se feront à un rythme beaucoup plus lent qu’en avril-mai, période qui correspond au pic de la pandémie", rappelle Kristin Yeatman. Leur besoin de financement ne va pas s'estomper et il est probable que les banques et les investisseurs répondent encore positivement à leurs demandes.
Reste le moyen terme. Etant donné que l’activité des entreprises mettra un certain temps avant de retrouver son niveau de 2019, avec des variations selon les secteurs, l’endettement, aisé aujourd’hui, pourra être un piège pour certains émetteurs. "Pour les sociétés les plus endettées, un retour à la normale de leurs activités pourrait ne pas suffire à ralentir l’accroissement de la dette liée au Covid et provoquer des difficultés au moment de leur refinancement. Les entreprises bénéficiant de maturités de dette très longues, au-delà de 2024 ou 2025, devraient s’en sortir car elles disposeront de plus de temps pour des flux de trésorerie disponibles positifs, donc se désendetter", souligne Kristin Yeatman.
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