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Evaluation des risques du système financier français Banque de France endettement

Régulation / Concurrence / Banque de France / risques financiers / Sylvie Goulard / endettement des entreprises / coronavirus

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Banque de France / risques financiers / Sylvie Goulard / endettement des entreprises / coronavirus

Quels risques pour le système financier français à l'aune de 2021 ?

La hausse de l'endettement des sociétés non financières depuis le début de l'épidémie va peser sur la rentabilité des banques, déjà affectées par la faiblesse structurelle des taux directeurs, s'inquiète la Banque de France, dans son rapport sur l'évaluation des risques du système financier français.
Banque de France
Banque de France

La Banque de France a dressé hier un tableau légèrement plus optimiste qu'il y a six mois pour la stabilité du secteur financier, dans son second rapport de 2020 sur l'évaluation des risques du système financier. La mise sur le marché de vaccins anti-Covid a ainsi permis de faire reculer les facteurs d'incertitude qui prévalaient jusqu'à présent et les acteurs du secteur ont dans le même temps bénéficié de l'engagement des banques centrales et des États à maintenir des conditions de financement et de soutien budgétaire expansionniste, au-delà de la crise financière. Malgré cette légère amélioration du climat économique et du regain de confiance instauré par les débuts de la campagne de vaccination, la BdF a listé quatre facteurs de risques pour le système financier de l'Hexagone : deux spécifiquement liés à la crise sanitaire et deux davantage structurels.

Premier type de risques donc, ceux liés à la hausse de l'endettement et en particulier la dette brute des sociétés non financières, qui devrait rester élevé tant que durera la crise sanitaire. La dette des SNF a ainsi progressé de près de 175 milliards d'euros entre fin février et fin septembre, contre une hausse de 65 milliards seulement sur la même période un an plus tôt. Sachant que l'endettement des entreprises de l'Hexagone était déjà sur une tendance croissante depuis le milieu des années 2000 : alors que le ratio dette/valeur ajoutée des SNF était inférieur à la moyenne de la zone euro en 2005, il est désormais supérieur de 40 points à la moyenne zone euro. Une fragilité préexistante à l'épidémie et qui devrait se renforcer dans les prochains mois, découlant du décalage temporel entre ressources et dépenses des entreprises. Certes, pour l'instant, les agences de notation ont très peu dégradé la note des sociétés non financières, malgré la hausse de leur endettement, grâce aux mesures de soutien apportées par l'État et au gel des procédures administratives. Mais au total 27% de la dette des SNF était sous outlook négatif à fin novembre et cette part pourrait augmenter dans un contexte de poursuite de la hausse de l'endettement.

Si un scénario de reprise plus lente devait se confirmer, une augmentation importante des défauts des sociétés non financières serait donc de nature à peser sur les résultats des banques, via une augmentation des pertes et provisions associées au risque de crédit des entreprises. Un risque non négligeable pour le secteur financier donc. "Il n'est pas possible de dire pour l'instant dans quelles proportions les prêts non performants pourraient augmenter. Les choses pourront se résoudre facilement si la reprise est rapide tandis que cela sera plus compliqué si la reprise est lente, il ne s'agit pas d'un scoop que de dire cela", a tempéré Sylvie Goulard, sous-gouverneur de la Banque de France. Qui a donc recommandé une augmentation des fonds propres des entreprises, tout en précisant que "toutes les entreprises ne pourraient être sauvées".

La hausse de l'endettement public, lié aux mesures de soutien sans précédent est bien sûr un autre motif d'inquiétude de la BdF. Les mesures discrétionnaires ont représenté environ 4,5% du PIB en moyenne dans l'UE en 2020, tandis que les déficits des gouvernements de la zone euro ont grimpé à 8,8% du PIB, contre 0,6% en 2019, soit un niveau supérieur au record de 6,4% enregistré fin 2009. En France, le déficit devrait atteindre 8,5% cette année, après 11,3% en 2020. Dans ce contexte, la BdF craint que les marges de manœuvre budgétaires de la France diminuent, en particulier si la croissance reste faible durablement. Dans un tel cas de figure, la confiance des investisseurs dans la signature de la France pourrait se détériorer, même si cela ne devrait pas se produire à court terme, vu la faiblesse des taux auquel la France s'est financée en 2020. Rappelons que l'Hexagone s'est pour la première fois entièrement financé à taux négatifs l'an dernier.

Un décalage entre la valorisation des marchés et la situation économique réelle

Second type de risque cité par la BdF, celui lié au décalage entre le niveau de valorisation des marchés et la situation réelle de l'économie. Ainsi, avec l'intervention rapide et massive des banques centrales et des gouvernements, les cours des indices boursiers européens ont quasiment retrouvé leur niveau d'avant crise et dans le cas des marchés américains, les indices ont même atteint des plus hauts historiques. Or, "les résultats des entreprises, bien que globalement supérieurs aux attentes affichent une baisse de profitabilité tandis qu'une nouvelle vague de dégradations des notations ne peut être exclue".

Certes, la forte hausse des marchés actions s'explique par la faiblesse des taux souverains, qui a incité les investisseurs à se tourner vers les marchés actions, plus rémunérateurs. En outre, les investisseurs ont discriminé les secteurs en fonction de leur résistance aux conséquences de la Covid 19. Une partie de la surperformance de certains indices peut ainsi être expliquée par le poids des entreprises technologiques en leur sein (plus de 25% du S&P 500 par exemple), pour lesquelles l'impact de la crise a été bien moins négatif.

Néanmoins ces facteurs n'expliquent pas tout et le niveau de valorisation très, voire trop élevé des actifs pourrait amplifier l'impact sur la stabilité financière. Une diminution brutale des prix des actifs, dans un contexte de forte volatilité entraînerait des besoins de liquidité importants, notamment pour honorer des appels de marge accrus, dans le cadre de transactions compensées centralement ou non. Ainsi les appels de marges, qui ont été très importants au printemps 2020, peuvent avoir un impact négatif sur le secteur de l'intermédiation non bancaire et notamment sur les fonds et assureurs, ainsi que les SNF, qui peuvent également être exposées sur ce type de produits.

Un environnement de taux durablement bas qui va peser sur la rentabilité des banques

Troisième type de risques, structurel cette fois et non lié à l'épidémie, bien que la crise sanitaire ait accentué la tendance, via la politique ultra-accommodante des banques centrales : celui de taux d'intérêt durablement bas. Certes, les banques françaises disposent d'une situation de solvabilité et de liquidité très solide, qui leur a permis d'affronter la crise sanitaire plus sereinement. Le ratio de solvabilité CET1 était à fin septembre de 15% en moyenne pour les six principaux groupes bancaires du pays (contre 13,8% à la fin du dernier trimestre de 2017), tandis que les émissions sur les différents types de dettes bancaires ont fortement repris dès avril 2020 pour atteindre 49,1 milliards à fin septembre, contre 48,6 milliards un an plus tôt. Les banques françaises ont également profité des conditions très favorables offertes par les opérations de financement de la BCE (LTR de mars et TLTRO III).

Mais la faiblesse des taux directeurs devrait ainsi continuer à obérer la profitabilité des banques, dont la rentabilité de l'activité de crédit pâtit de l'aplatissement de la courbe des taux et d'une réappréciation du coût du crédit. Ainsi, selon les données du rapport de la BdF, le produit net bancaire des 4 plus grands groupes bancaire français à fin septembre s'est inscrit en repli de 3,9% par rapport à un an plus tôt. Par ailleurs, malgré la réduction des frais de gestion de 3,4%, le résultat net a baissé de près de 62%, à 11,6 milliards d'euros, en raison de la hausse du coût du risque. Enfin, la rentabilité annualisée des capitaux propres à fin septembre s'est réduite en France à 5,9%, notamment en raison de la hausse du coût du risque, qui a progressé de 6,2 milliards par rapport à 2019.

La faiblesse des taux affecte également la solvabilité et les fonds propres des assureurs, dont le taux de couverture moyen a baissé significativement à cause de la crise, passant de 267% à 239% en moyenne entre fin 2019 et septembre 2020. Les assureurs ont commencé à s'adapter à ce nouvel environnement, en repensant leur modèle et proposant notamment un nouveau type d'offre, en unités de comptes, mais le contexte demeure difficile. D'autant que la pandémie a également entraîné une forte décollecte nette pour les assureurs (-6,5 milliards d'euros entre janvier et fin septembre sur supports rachetables).

Risques liés aux changements structurels

Dernier type de risque, et qui s'est accru avec le confinement et le développement du télétravail, celui lié à la digitalisation de l'économie. Les banques vont ainsi devoir accélérer leur développement dans ce domaine afin de faire face à la concurrence des fintechs et des bigtechs. "Il apparaît crucial que les institutions financières soient en mesure de dégager des marges de manœuvre financières pour faire face à ces évolutions nécessaires", martèle la Banque de France. Par ailleurs, la numérisation des économies induit une hausse des incidents cyber (augmentation des volumes de données, du nombre d'utilisateurs d'appareils connectés, d'applications...) et l'interconnexion importantes de divers systèmes et réseaux accroit le risque que ces cyber-attaques se propagent rapidement et largement. Un projet de règlement européen sur le sujet a été présenté par la Commission et devrait permettre de mieux lutter contre ce type de risques mais les banques devront aussi se prémunir à leur échelle contre le danger grandissant des incidents dans ce domaine.

 

 

 

 

 

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