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Le vaccin n’est pas une si bonne nouvelle pour les entreprises

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Le vaccin n’est pas une si bonne nouvelle pour les entreprises

La mise sous perfusion de l’économie durant la pandémie, notamment avec les aides apportées aux entreprises, pourrait bien se terminer avec l’arrivée du vaccin. Or, c’est là que le pire pourrait frapper.
Bruno Le Maire
Bruno Le Maire

Bridgestone à Béthune, Vallourec à Déville-lès-Rouen, 500 postes en France parmi les 2 000 que Danone va supprimer… Les conséquences économiques et sociales de la crise commencent sérieusement à se faire sentir. Et la bonne nouvelle de l'avancée de plusieurs vaccins contre la Covid-19 ne doit pas occulter les difficultés qui se présentent sur le chemin des entreprises. Déjà, mardi, une enquête de l’assureur crédit Euler Hermes mettait en garde : une entreprise sur 4 en zone euro pourrait être en crise de trésorerie l’année prochaine. Plus qu’une voix dans le désert, cette position est corroborée par la BCE et l’agence de notation S&P.

S&P Global Ratings s’attend ainsi que le taux de défaut à 12 mois  des entreprises européennes notées  en catégorie spéculative passe de 4,3 % en septembre 2020 à 8 % en septembre 2021. . Dans le pire scénario, ce taux grimperait même à 11 %. Déjà, les secteurs les plus vulnérables aux mesures de distanciation sociale comme le commerce de détail, la restauration, les produits de consommation, les transports et les médias comptent pour plus de 59 % des entreprises notées CCC/C, soit la note avant le fatidique D, qualifiant une situation où "les paiements d'une obligation ne sont pas effectués à la date d'échéance". Assurément, le vaccin pourrait alors s’avérer être une véritable chance pour eux, puisqu’il suppose un retour vers une économie normale, entendue au sens où les aides de l’Etat disparaitraient avec le retour d’une consommation au niveau d’avant crise. Mais l’agence de notation douche les espoirs : "même avec un vaccin efficace en vue, le problème de la dette des entreprises ne disparaitra pas".

Car c’est là peut-être l’ironie de la chose : les mesures d’aides ont largement endetté les entreprises qui se retrouvent dans des situations inextricables. Pour rappel, selon les données du ministère de l’économie, au mois de novembre, donc avant le deuxième confinement, 42 % des 300 milliards d’euros alloués au PGE avaient été demandés, soit 125 milliards d’euros. 95 % des bénéficiaires sont des TPE (pour un montant moyen de 90 000 euros), un peu moins de 5 % des PME (pour un montant moyen de 1,4 million d’euros) et moins de 1 % des ETI et grands groupes, mais qui représentent plus d’un quart de la totalité des montants prêtés. Ce système de garantie de prêts a augmenté directement de 5,7 % le levier financier des entreprises en France rapporte l’agence de notation. Et si 60% des PGE alloués n’ont pas été tirés, ils étaient conservés pour s’assurer une flexibilité pour le troisième et dernier trimestre de l’année, dont ils ont bien besoin avec le deuxième confinement.

Pourtant les politiques prises jusqu’à présent peuvent permettre à l’exécutif de se targuer d’un nombre de défaillances presque historiquement bas. Le taux de détérioration est passé de 25 % sur 12 mois à septembre 2020 contre 26 % sur 12 mois en juin. Mais S&P ne le voit pas du même œil : "l'histoire montre que le taux de déclassements et le biais négatif net s'améliorent quelques trimestres avant le taux de défaillance maximal ".

Avec le vaccin donc, la levée de certaines mesures d’aides s’annonce comme un accélérateur du poids de la dette pour les entreprises. La BCE y va aussi de son appel à la prudence, dans sa dernière revue de stabilité financière : "un arrêt prématuré du soutien budgétaire, y compris les garanties d'État sur les prêts et les moratoires sur les remboursements de prêts, pourrait freiner la reprise économique, en transformant les difficultés des entreprises en matière de liquidité observées au début de la pandémie en problèmes de solvabilité."

Le problème est alors le suivant : comment sortir de la socialisation de la dette des entreprises sans même condamner les entreprises aidées ? De là voir un changement de paradigme dans la dette des entreprises, il n’y a qu’un pas, que certains commencent à faire.

 

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