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Europcar Mobility Group / PGE / Eurazeo
Europcar, un sauvetage bien incertain
Au terme de longues semaines de négociations, Europcar est le troisième groupe à annoncer un Prêt Garanti de l’Etat (PGE) de grande ampleur, derrière Fnac-Darty et Air France-KLM. Le groupe de mobilité a annoncé hier soir avoir obtenu 307 millions d’euros de nouveaux financements, et une série d’engagements financiers. Dans le détail, il a finalisé un PGE de 220 millions d’euros garanti à 90% par l’Etat français, alors que cette garantie s’était limitée à 70% pour Fnac-Darty, car les pouvoirs publics ont pris en compte le chiffre d’affaires de 890 millions d’euros en France, soit sous le seuil de 1,5 milliard d’euros de revenus. Et alors qu’il avait déjà fallu 9 banques pour le PGE de 500 millions d’euros de Fnac-Darty, ce sont cette fois pas moins de 12 banques qui constituent le pool bancaire : Bank of America Merrill Lynch, Banque Européenne du Crédit Mutuel, BNP Paribas, Crédit Agricole CIB, Crédit du Nord, CIC, Deutsche Bank, Goldman Sachs, HSBC France, ING, Natixis et Société Générale. Comme prévu, ce PGE d’un an pourrait être prolongé jusqu’à cinq ans, et l’amortissement sera différé pendant un an.
Pour sécuriser ce crédit exceptionnel dû à la crise Covid-19, Europcar a bien sûr dû prendre des engagements financiers stricts, comme celui de ne payer aucun dividende en 2020 et 2021, mais aussi tant que son endettement ne sera pas inférieur à trois fois l’Ebitda, contre 3,2 fois à l’heure actuelle. Le groupe a, par la voix de sa présidente Caroline Parot, indiqué poursuivre "activement nos efforts pour rationaliser notre base de coûts et adapter la structure de notre capital ainsi que celle de notre dette aux évolutions de notre environnement d’affaires".
A côté de l’aide française, s’ajoutent les 67 millions d’euros de financements accordés par deux banques (Bankia et BBVA) et garantis par l’Etat espagnol à 70%. Des prêts qui ont vocation à financer sa flotte mais aussi les besoins courants de l’entreprise. Mais aussi un crédit revolving (RCF) de 20 millions d’euros supplémentaires, soit un total de 670 millions d’euros mis en place par les banques françaises, et dont les 20 millions sont garantis par l’actionnaire Eurazeo. Le fonds, qui avait racheté Europcar en 2006 pour la coquette somme de 3 milliards d’euros et l’a ensuite introduit en Bourse en 2015, a vendu des parts au fil de l’eau et avait même mandaté JP Morgan pour solder son aventure l’an passé. S’il garde près de 30 % du capital, il a donc voulu minimiser son exposition en equity dans une participation déjà d’une longévité historique pour le fonds.
C’est Rothschild qui a conseillé Europcar pour cette opération au plan financier, avec les cabinets Darrois Villey et Gide au plan juridique. Mais sera-t-elle suffisante ? Europcar avait déjà connu des difficultés ces dernières années après les attentats à Paris, puis le Brexit et enfin une saison estivale décevante l’an passé, dans un contexte de ralentissement économique. Le groupe dépend beaucoup du trafic aérien et ferroviaire, et reconnaît qu’il faudra encore beaucoup de temps avant que celui-ci ne revienne à la "normale". Un niveau de normalité qui pourrait d’ailleurs ne plus jamais être le même qu’avant. Raison pour laquelle Europcar compte développer les autres formes de mobilité urbaine avec Ubeeqo, qui n’ont pas pu faire leurs preuves dans le contexte actuel. S'il n'y parvenait pas, ce serait l'argent du contribuable qui en ferait les frais.
Introduit à 12 euros, le titre Europcar a chuté de 86% à 1,6 euros ce matin, soit une maigre capitalisation boursière de 273 millions d’euros. Dans le contexte actuel, Eurazeo devra attendre des jours meilleurs pour solder ce dossier sensible.
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