Régulation / Concurrence / Stress-tests / climat / risques financiers
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Stress-tests / climat / risques financiers
Les tests de résistance climatiques seront bientôt la norme
C'est le mois prochain que les banques et assureurs de l'Hexagone dévoileront les résultats de leurs tests de résistance climatiques. Un exercice délicat pour les institutions françaises, qui se plient à cet exercice pour la toute première fois. En juillet dernier, la Banque de France et l'ACPR avaient ainsi publié les hypothèses destinées à servir de base pour ces stress tests, en se fondant sur le seul élément quantifiable lié au changement climatique, à savoir la hausse des prix du carbone. Trois scénarios ont ainsi été envisagés par les régulateurs, une hausse progressive du prix du carbone, une hausse plus forte associée à une baisse du prix du pétrole et enfin une envolée des prix. Rappelons que l’exercice a été réalisé sur la base du volontariat et que 10 banques françaises représentant 85 % des expositions en France mais aussi dans le reste du monde y ont participé, ainsi que 17 assureurs.
Si ces tests de résistance ont fait l'objet de critiques, certains considérants leur pertinence comme limitée en raison d’un grand nombre d’inconnues, telles que l’intensité de la crise climatique selon la zone géographique et d'autres considérants que les scénarios ne sont pas assez poussés, ils devraient néanmoins constituer un premier banc d'essai pour un exercice amené à devenir la norme dans les prochaines années. Les régulateurs ont besoin "d’une 'photographie des risques', à savoir l'identification et la publication des expositions, et d’une 'vidéo des risques' fournie par des tests de résistance prospectifs sur le risque carbone" afin de "mieux mesurer les risques à long terme associés au changement climatique" et pouvoir assurer la mission qui est la leur, à savoir "veiller à la stabilité financière", a ainsi déclaré le gouverneur de la Banque de France lors des journées de l'Économie à Lyon en novembre dernier. Comme dans le cas de stress tests classiques, les banques ont dû mesurer la sensibilité de leurs bilans par rapport aux trois scénarios d'évolution des prix carbone, en partant de leurs bilans fin 2019. Elles pourront apporter des ajustements à ces bilans à partir de 2025.
Si la France sera la première à dévoiler le résultat de ces tests de résistance environnementaux, la Grande-Bretagne devrait suivre et mener les siens dans les prochains mois, tandis que la BCE testera les principales banques de la zone euro en 2022, de même que les autorités d'Australie, du Brésil, du Canada, de Hong Kong et de Singapour cette année et l'an prochain. Selon un rapport de Fitch Ratings, les banques et assureurs du monde entier devraient ainsi être confrontés à des tests de résistance dans les deux à trois prochaines années, alors que les autorités de surveillance sont de plus en plus conscientes du risque que le changement climatique fait peser sur le bilan des financières. "Les risques tant physiques que de transition sont susceptibles d’altérer la stabilité financière lorsque les banques ou d’autres institutions financières sont exposées à des entreprises en défaut à travers leurs prêts ou leurs portefeuilles d’actifs", a d'ailleurs explique le vice-président de la BCE Luis de Guindos sur le blog de la banque centrale, dans un billet sur le sujet. Et d'ajouter, "le changement climatique est une source majeure de risque systémique, en particulier pour les banques détenant des portefeuilles concentrés sur certains secteurs économiques et zones géographiques". Un risque systémique qui justifie selon Fitch que les tests de résistance climatiques seront à terme intégrés aux exigences prudentielles en matière de fonds propre. Puisque pour l'instant, les tests annoncés en France et en Grande-Bretagne ne testeront pas l'adéquation des fonds propres des banques au changement climatique.
Ces futures exigences prudentielles amèneront les entreprises à examiner si elles doivent ou non détenir davantage de capital pour couvrir les pertes potentielles liées aux risques climatiques et les banques et assureurs à détourner leurs bilans de certains secteurs les plus nocifs pour l'environnement. Car selon Luis de Guindos, "les coûts associés aux phénomènes climatiques extrêmes augmentent de manière substantielle pour les entreprises". D'où la nécessité de mettre en place des actions rapides pour contrer les risques liés au changement climatique pour les entreprises et les banques : "les coûts à court terme de l’ajustement aux politiques "vertes" sont beaucoup moins élevés que les coûts potentiels engendrés par des catastrophes naturelles à moyen et long terme", conclut le banquier central.
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