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Denis Beau Banque de France environnement

Régulation / Concurrence / Stress-tests / climat / Banque / Assureur

Régulation / Concurrence
Stress-tests / climat / Banque / Assureur

Stress tests climatiques : des résultats rassurants mais parcellaires

L'ACPR a présenté ce matin les résultats des tout premiers stress tests climatiques, conduits sur la base du volontariat auprès des principaux groupes bancaires et assureurs de l'Hexagone. Leur exposition au risque climatique est globalement modérée mais la méthodologie devra encore être affinée pour mieux mesurer la vulnérabilité des institutions financières.
ACPR
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Un exercice "inédit". C'est en ces termes que Denis Beau, sous-gouverneur de la Banque de France, a décrit ce matin les résultats des tout premiers stress tests climatiques conduits auprès des principales institutions financières de l'Hexagone entre juillet 2020 et avril 2021. Inédit car la France est le premier État à avoir mené cet exercice pilote climatique, avant la Grande-Bretagne, qui devrait présenter ses résultats dans les prochains mois, ou encore la BCE, qui testera les principales banques de la zone euro en 2022, de même que les autorités d'Australie, du Brésil, du Canada, de Hong Kong et de Singapour cette année et l'an prochain. Inédit également par l'horizon étudié pour évaluer le risque environnemental (30 ans beaucoup plus long que pour des stress tests normaux) et par la méthodologie employée.

Mais, à la différence des régulateurs britannique ou européen, qui ont ou vont imposer à tous les établissements financiers de se soumettre à l'exercice, la France a procédé à ces stress tests sur la base du volontariat. "Il n'y avait pas de visée réglementaire pour cet exercice, qui a constitué une traduction de l'engagement de la Banque de France pour lutter contre le risque climatique", a ainsi précisé le sous-gouverneur. Il reste que la mobilisation des banques et assureurs de l'Hexagone a été très forte, puisque 22 organismes d'assurance et 9 groupes bancaires ont participé au stress test, représentant respectivement 75% des provisions techniques et des actifs des premiers et 85% du total de l'actif des banques. Quel était alors le but de ces premiers stress tests pour le régulateur ? "Sensibiliser les acteurs aux risques de changement climatique et quantifier leur vulnérabilité à ce risque", selon Denis Beau.

Risques de crédit

Pour réaliser ces stress tests, l'ACPR a retenu trois scénarios de transition climatique, l'un correspondant à une transition ordonnée, et deux autres correspondant à un changement désordonné. Le premier scénario adverse correspond à celui d'une transition tardive où l'objectif de réduction de gaz à effet de serre n'est pas atteint en 2030, exigeant la mise en place de mesures plus volontaristes, avec une très forte hausse du prix du carbone pour maintenir l'objectif de neutralité à horizon 2050 (14 dollars par tonne de CO2 en 2030 à 704 dollars en 2050), et une très forte hausse des prix réels de l'énergie en France (+125%). Dans le second cas de figure adverse, les prix du carbone atteignent 917 dollars la tonne de CO2 en 2050 et l'évolution de la productivité est moins favorable que celle retenue dans le premier scénario. À noter qu'à la différence de stress tests traditionnels, aucun des cas de figure n'induit de récession économique à l'horizon 2050, mais seulement une moindre croissance de l'activité dans le scénario le plus adverse.

Face à ces trois scénarios, les banques ont adopté des stratégies différentes pour stresser leurs portefeuilles de crédit : celles qui ont fait évoluer la structure de leurs expositions en suivant la déformation sectorielle induite par le scénario de transition accélérée (réduction de l'exposition au secteur "cokéfaction et raffinage" et hausse de l'exposition au secteur "électricité et gaz"), celles qui n'ont pas modifié la part de ce secteur le plus polluant dans leur exposition totale et celles qui en sont totalement sorties. Sans surprise, les établissements projettent un coût du risque de crédit plus élevé dans les deux scénarios adverses que dans le scénario de référence : dans une transition ordonnée, ce coût atteindrait 15,8 pb en 2050 au total pour les 6 principales banques ayant conduit le stress test, soit une hausse de 22,4% par rapport à 2025, date à laquelle le prix du carbone augmentera de façon significative. Le coût du risque est donc attendu en hausse même dans le meilleur des cas de figure, ce qui n'est pas étonnant selon l'ACPR, puisque ce scénario de transition ordonnée "suppose déjà un ajustement économique très important et un quasi-triplement du prix du carbone d'ici 30 ans". Dans le scénario le plus adverse, le coût atteindrait 17,2 points de base en 2050 soit une hausse de 32,4% par rapport à 2025 et 16,4 pb dans le cas du scénario de transition retardée (+27,7%). 

Risque de marché

Seconde catégorie de risques ayant fait l'objet de projections de pertes de la part des banques : le risque de marché, lié à la fois à la nécessaire réévaluation de portefeuille de négociation des banques en cas de choc de marché instantané en fonction de chacun des trois scénarios. Et à l'impact de ce choc de marché sur le risque de contrepartie des établissements. Au total donc, l'impact instantané des scénarios de transition sur les 6 principaux établissements bancaires atteindrait 160 millions d'euros en cas de transition accélérée et 69,6 millions en cas de transition retardée.

Des pertes modestes donc par rapport à un stress test standard et qui résultent du fait que les chocs de marché ne portent que sur une faible partie du portefeuille (actions des secteurs sensibles et spread de crédit de ces mêmes secteurs ainsi que sur le risque souverain). L'analyse du risque de contrepartie révèle quant à lui un impact total sur les 6 principales banques de 190 et 145 millions respectivement dans les scénarios de transition accélérée et retardée. L'impact moyen pour chaque établissement est donc respectivement de 15,6 et 11,9 millions d'euros.

Du côté des assureurs, le risque de crédit et de marché est modéré, à la fois car la part d'actions dans les secteurs exposés est modérée (7% environ) et parce que la valeur des obligations, qui font partie de l'essentiel des placements des assureurs, est moins sensible au risque climatique. Enfin, les assureurs ont déjà pris des mesures pour faire face au changement climatique. Ces derniers sont en revanche beaucoup plus vulnérables aux risques physiques induits par le changement climatique que les banques: ainsi le coût des sinistres pourrait être multiplié par 5 à 6 dans certains départements français entre 2030 et 2050 (la sécheresse et les inondations sont les deux principaux risques physiques identifiés). Les assureurs ont néanmoins estimé que cette hausse de la sinistralité pourrait entièrement être compensée par une augmentation des cotisations.

Limites de ces stress tests

Au total donc, l'exercice pilote révèle une exposition globalement modérée des établissements financiers français au risque climatique. Mais "ces résultats sont néanmoins à analyser avec beaucoup de prudence", a averti le sous-gouverneur. À la fois en raison de l'incertitude portant sur la vitesse et l'impact du changement climatique. Mais aussi pour des questions de méthodologie. Ainsi les modèles utilisés par les banques et assureurs pour quantifier les risques environnementaux ne sont pas adaptés pour intégrer des évolutions macroéconomiques et financières sur une période aussi longue. Autre difficulté pour les participants au stress tests : identifier les secteurs sensibles ou exposés aux risques climatiques, ce qui dépend de la méthode utilisée et des hypothèses sur l'évolution du mix énergétique et l'intensité de l'efficacité énergétique de la production, chose qui n'a pas été intégrée de façon satisfaisante lors de cet exercice.

Malgré tout, ce premier stress test environnemental aura permis de commencer une démarche auprès des institutions financières de l'Hexagone, leur offrant la possibilité d'évaluer leurs actions correctives et de prendre conscience des nouveaux risques. "Si ces résultats sont fragiles d'un point de vue quantitatif, on peut penser que nous progresserons au cours des exercices ultérieurs", conclut Denis Beau. Prochain exercice qui se tiendra en 2023/ 2024, a annoncé le sous-gouverneur. 

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