Macro-économie / Taux / Balance des paiements / Banque de France
Macro-économie / Taux
Balance des paiements / Banque de France
Les prix de l’énergie envoient les comptes extérieurs français au tapis / Les services, des renforts en nombre insuffisant
La balance des paiements française de 2022 raconte l’affrontement entre deux forces à la vigueur extraordinaire. Ce document publié chaque année par la Banque de France retraçant entre autres les échanges de biens, services et revenus du pays des Lumières avec le reste du monde fait apparaître un déficit historique de 53,9 milliards d’euros, soit 2 points du Produit intérieur brut (PIB), après un excédent de 9 milliards d’euros en 2021.
"Il y a un grand écart au sein de la balance des transactions courantes [solde des biens, services et revenus, ndlr] avec une performance médiocre des biens et exceptionnelle des services " a déclaré, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, à l’occasion d’une conférence de presse organisée ce matin.
En effet, d’un côté, l’envolée des prix du gaz et du pétrole liée au déclenchement de la guerre entre l’Ukraine et la Russie, a conduit le déficit des échanges de marchandises (aussi appelé déficit de la balance commerciale) à doubler sur un an, pour s’établir à 137,3 milliards d’euros. Hors énergie, le solde s’affiche à -27,1 milliards d'euros ; un déficit structurel à la fois cause et conséquence de la désindustrialisation de la France.
Services en pleine forme
De l’autre, l’économie française a pu compter sur un secteur des services resplendissant qui présente un solde excédentaire record, mais demeurant insuffisant pour équilibre la balance des transactions courantes, de 52 milliards d’euros. Cette progression de près de 50 % par rapport à 2021 est liée à deux facteurs.
D’une part, desserrement des mesures de restriction sanitaires de par le monde oblige, le tourisme connaît une dynamique très favorable. "L’excédent des services de voyages […] progresse fortement à 17,4 milliards d’euros, après 4 milliards, niveau qu’il n’avait pas atteint depuis 2014. La reprise du tourisme international en France a porté les recettes à leur niveau d’avant‐crise en raison principalement du dynamisme du tourisme en provenance de la zone euro, de la Suisse, du Royaume‐Uni et des États‐Unis et en dépit de la faiblesse du tourisme asiatique", expliquent les économistes de la Banque de France.
D’autre part, ce sont les services de transport qui participent de cette insolente santé affichée par le tertiaire. "L’année 2021 avait été marquée par l’envolée des cours internationaux du fret maritime qui avait permis à la France d’engranger un surplus de 21,9 milliards d’euros grâce à la présence sur le territoire national d’un opérateur international de grande envergure", rappelle la Banque de France, qui fait ici référence à l’armateur marseillais CMA-CGM, dont les profits ont explosé ces deux dernières années (la firme affichait un bénéfice de 34 millions de dollars en 2018 quand il atteignait 24,9… milliards de dollars en 2022).
Si le prix du fret maritime a baissé significativement l’an passé (il a été divisé par quatre entre le premier et le dernier trimestres) en raison du reflux des tensions affectant les chaînes logistiques, "il existe un délai d’ajustement entre ces cours et les prix facturés dans les contrats de transport", analyse la Banque centrale.
Déficit appelé à refluer
En raison de l’effondrement des prix de l’énergie (-40 % pour le baril de Brent et -90 % pour le gaz naturel par rapport à leurs pics de 2022), le déficit des échanges de biens et services devrait être amené à reculer.
"Nous pensons qu’il s’établira aux alentours de 2 points de PIB fin 2025", a fait savoir Olivier Garnier, directeur général des statistiques, des études et des relations internationales de la Banque de France. Pour mémoire, il s’élevait à environ 4,5 points de PIB lors du dernier trimestre 2022.
Cela entraînera une résorption du déficit de la balance courante même s’il apparaît peu aisé d’estimer son ampleur, la Banque de France ne réalisant pas de projections sur l’évolution des soldes de revenus (rémunérations des salariés et revenus des investissements).
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

