Entreprises / Actions / Atos / Daniel Kretinsky / Eviden
Entreprises / Actions
Atos / Daniel Kretinsky / Eviden
Daniel Kretinsky au centre de la reconfiguration finale d’Atos / Tech Foundations cédé, le groupe deviendra Eviden
La scission d’Atos aura bien lieu. Le scénario d’une reprise de Tech Foundations par l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky était dans l’air depuis quelques mois déjà. Sa concrétisation n’était qu’une question de temps et les derniers résultats semestriels du groupe, soulignant son importante consommation de cash, ont montré que le délai était écoulé. Poursuivre en parallèle la restructuration bien engagée mais très coûteuse de Tech Foundations, tout en assurant les investissements nécessaires au développement d’Eviden, l’entité regroupant les activités les plus dynamiques et prospères dans la cybersécurité, le cloud, et les supercalculateurs, n’était pas une option.
La décision annoncée mardi du conseil d’administration d’Atos d’entrer en négociations exclusives avec EP Equity Investment (EPEI), la principale société d’investissement de Daniel Kretinsky n’a pas d’autre but. "Créer de la valeur pour les actionnaires", qui en ont il est vrai beaucoup perdu ces dernières années, "en évitant le risque lié au redressement de Tech Foundations et à ses divers passifs et en recentrant le groupe sur Eviden et ses bonnes perspectives de croissance", a ainsi souligné Bertrand Meunier, le président du conseil d’administration.
Déblocage de BFR
En réalité, le prix de 2 milliards d’euros de valeur d’entreprise annoncé pour la vente envisagée n’apportera donc que 100 millions d’euros de trésorerie, le reste étant constitué du transfert de ces lourds passifs : " 1,9 milliard d’euros d’engagements au bilan de provisions, de contrats de locations et de pensions de retraite qui seront pris en charge par EPEI à l’avenir", a expliqué lors d’un webcast Diane Galbe, la directrice générale adjointe d’Atos en charge des fonctions support et des projets stratégiques. Mais également 7,6 milliards d’euros d’engagements hors bilan de garantie de la société mère. D’autre part, le nouvel Atos ainsi allégé pourra déconsolider le flux de trésorerie disponible négatif de Tech Foundations, ce qui débloquera "environ 1 milliard d’euros de besoins en fonds de roulement", a indiqué de son côté Nourdine Bihmane, le directeur général d’Atos.
Débarrassé de ces poids après la transaction prévue pour s’achever au quatrième trimestre 2023 ou au premier trimestre 2024, le nouvel Atos serait renommé Eviden, du nom de l’entité qui regroupera ses seules activités après la cession de Tech Foundations. Soit " une entreprise leader dans le domaine de la technologie et du numérique, dotée d’une autonomie totale pour mener à bien sa feuille de route stratégique et libérer tout son potentiel de valeur", a souligné le dirigeant.
Augmentations de capital
Avant cela, sa structure de capital sera renforcée. Pour ce faire, le conseil d’administration Atos projette deux augmentations de capital pour un montant total de 900 millions d’euros : l’une de 720 millions d’euros avec droits préférentiels de souscription pour tous les actionnaires, et une autre, de 180 millions d’euros réservée à Daniel Kretinsky, à un prix fixé de 20 euros par action, qui lui permettrait de détenir 7,5 % du capital. Il en détiendra même un peu plus, sa société EPEI s’étant également engagé à souscrire à hauteur de 37,5 millions d’euros à l’augmentation de capital de 720 millions d’euros. L’homme d’affaires tchèque faisant ainsi d’une pierre deux coups, récupérant Tech Foundations pour une somme raisonnable, tout en devenant le premier actionnaire Eviden pour 217,5 millions d’euros. Ce bijou d'ingénierie financière a été conçu par David Azéma, associé chez Perella Weinberg Paris avec Grégoire Chertok chez Rothschild & Co et Marc Pandraud chez JP Morgan. Bertrand Cardi, chez Darrois a conseillé Atos et l'équipe de Daniel Kretinsky était appuyée par Gide.
Quelques jours à peine après s’être emparé du distributeur Casino, Daniel Kretinsky se pose ainsi en futur acteur incontournable d’activités stratégiques, pour lesquelles les deux géants de la défense Thales et Airbus s’étaient un temps déclarés intéressés. On s'étonnera que le gouvernement déroule ainsi le tapis rouge à un homme d'affaires tchèque dont la fortune provient de l'exploitation de centrales à charbon en Europe. Airbus, qui avait renoncé en début d’année à prendre une participation minoritaire dans la branche d’activités digitales et de cybersécurité d’Atos, pourra ainsi acheter des actions Eviden en Bourse s’il vient à changer d’avis.
Nouveau directeur financier
Pour Atos, qui a prévu de convoquer une assemblée générale extraordinaire pour approuver ce plan global, ces étapes décisives seront désormais pilotées par un nouveau directeur financier. Il s’agit de Paul Saleh qui a pris ses fonctions ce 1er août, succédant à Nathalie Sénéchault.
De nationalité américaine, Paul Saleh est un financier reconnu dans le secteur des services IT. Au cours de sa carrière, il a notamment été chief financial officer de CSC/DXC et de Sprint Nextel où il a également exercé la fonction de CEO pendant une période d’intérim, ainsi que des rôles de tout premier plan au sein de la direction financière du groupe Walt Disney. Dernièrement, Paul était le CEO de Gainwell Technologies. Paul Saleh est titulaire d’un MBA de la University of Michigan’s Ross School of Business et d’un diplôme d’ingénieur de l’Université du Michigan.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

