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Entreprises / Actions / Casino / Teract / Jean-Charles Naouri / Daniel Kretinsky

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Casino / Teract / Jean-Charles Naouri / Daniel Kretinsky

Les Mousquetaires viennent renforcer le projet de Casino avec Teract / De son côté Daniel Kretinsky souhaite prendre le contrôle de Casino à vil prix

Le Groupement les Mousquetaires a rejoint les discussions de Casino et Teract dans leur projet création du leader français de la distribution responsable et durable. En parallèle, le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky est prêt à injecter 750 millions d’euros dans le groupe dirigé par Jean-Charles Naouri, via une augmentation de capital réservée à vil prix qui ferait basculer le contrôle du groupe de distribution. Jean-Charles Naouri, que tout le monde pensait coincé, se retrouve au centre du jeu avec différentes options, toutes favorables pour Casino.
Jean Charles Naouri, PDG du groupe Casino - Pascal SITTLER/REA
Jean Charles Naouri, PDG du groupe Casino - Pascal SITTLER/REA

Deux projets sans lien apparent, mais susceptibles, pour l’un, de faire passer un nouveau cap au distributeur sur le plan industriel, et pour l’autre de constituer une solution à son lourd endettement en contrepartie d'une perte de son contrôle. Casino, après être entré en mars dernier en discussions exclusives avec Teract pour regrouper leurs activités de distribution en France dans une nouvelle entité, a annoncé lundi la poursuite des négociations avec – chose nouvelle – l’entrée du Groupement les Mousquetaires dans le projet.

En parallèle, Casino a reçu une lettre d’intention de Daniel Kretinsky, qui se propose de souscrire à une augmentation de capital qui lui serait réservée, à hauteur de 750 millions d’euros. L'homme d'affaires tchèque, actionnaire de Casino à hauteur de 10%, souhaiterait que la société holding Fimalac, détenue par Marc de Lacharrière, également présente au capital du distributeur, souscrive à ses côtés à une augmentation de capital qui lui serait réservée pour un montant de 150 millions d’euros. Une augmentation de capital de 200 millions d’euros serait aussi offerte aux actionnaires existants dotés d'un droit de souscription.

Les deux projets ne sont pas antinomiques. Du moins a priori. Une restructuration financière du bilan du groupe, endetté à hauteur de 6,4 milliards d’euros à fin décembre (dont 4,5 milliards d’euros en France), ne peut que conforter son repositionnement stratégique en cours sur les formats de magasins les plus porteurs. Tandis qu’avancer rapidement sur le projet avec Teract de création du leader français de la distribution responsable et durable, "de la ferme à l’assiette", permettra d’en obtenir plus rapidement les retombées financières attendues. Par ailleurs ce projet va faire du nouvel ensemble un leader du "circuit court" en étant adossé à In Vivo et à ses douze coopératives rassemblant la moitié des agriculteurs français.

Sur ce volet industriel, l’élargissement au Groupement les Mousquetaires (qui regroupe notamment les enseignes Intermarché, Netto ou Bricomarché) revêt une logique certaine. Les deux entreprises ont créé en 2022 une alliance pour leurs achats, alliance qui serait donc étendue de deux ans, jusqu’en 2028 et couvrirait la future entité de Teract et Casino. Et, point important, le Groupement Les Mousquetaires pourrait devenir également actionnaire minoritaire de la nouvelle entité dont le tour de table progresserait ainsi rapidement. A eux deux, InVivo (maison mère de Teract) et le Groupement Les Mousquetaires envisagent un investissement de 300 millions d’euros, soit déjà une proportion importante des 500 millions de fonds propres dont il est prévu qu’elle soit dotée. A cela pourrait s'ajouter 200 millions d'euros procurés par des fonds d'investissement.

 

Chevalier blanc opportuniste

 

Les discussions portent également sur la possibilité de transfert de points de vente de Casino vers les Mousquetaires pour un périmètre représentant un minimum de 1,1 milliard d’euros de chiffre d'affaires. Avec un double avantage potentiel pour le groupe de Jean-Charles Naouri : récupérer par ce biais du cash, tout en accélérant le recentrage géographique de ses enseignes. D'autant plus que les hypers ou supermarchés qui seraient cédés ne sont pas rentables et se situent principalement dans le Nord de la France.

A côté de cela, Daniel Kretinsky a déposé une lettre d'intention très opportuniste. Sa proposition de restructuration financière - qui est encore très floue sur les modalités exactes - intervient à un moment qui n’est pas anodin, où le cours de Bourse de Casino évolue à ses plus bas historiques, un peu au-dessus de 6 euros. Si bien que la capitalisation boursière du distributeur stéphanois n'est plus que de 700 millions d’euros. Compte tenu des montants évoqués pour les augmentations de capital proposées par l’homme d’affaires, celles-ci conduiraient à un changement de contrôle de Casino et entraîneraient une très forte dilution des actionnaires existants. Dont la maison mère Rallye, qui détient pour l’instant 52% du capital, et qui pourrait se retrouver avec moins de 20% du capital. Ce qui l'empêcherait ainsi de rembourser son importante dette. Pour cette raison, les chances de voir aboutir la proposition de Daniel Kretinsky nous semblent bien minces.

De surcroît, le projet d'augmentations de capital est conditionné à une réduction très substantielle de la dette brute non sécurisée de Casino par voie de rachat en numéraire et conversion en capital, mais aussi à l'obtention d'une dérogation de l'Autorité des marchés financiers à l'obligation d'un dépôt d’une offre publique d’achat (OPA) sur les titres de Casino, ainsi qu'à l'obtention d'un "waiver" (une annulation de dette) de la part des créanciers sécurisés par rapport au changement de contrôle. Alors que dans le projet de rapprochement avec Teract, cette dette bancaire descendrait dans le nouveau véhicule coté où elle serait encore plus sécurisée. C'est dire si les principaux banquiers de Casino, à savoir BNP Paribas, Cacib ou Natixis, n'ont pas vraiment intérêt à voir aboutir la proposition de Daniel Kretinsky. "À ce stade, le groupe a uniquement pris acte de la proposition", a indiqué Casino. Pour leur part, les investisseurs se montrent circonspects. A la Bourse de Paris, l’action du distributeur, après avoir fortement progressé en tout début de séance, cédait 2,2% à 6,33 euros en début d’après-midi.

Mais le plus important dans cette double annonce c'est de voir comment Jean-Charles Naouri, que certains décrivaient isolé, cerné par les créanciers et à court de ressources, a réussi à rebondir de manière incroyable en se recréant des optionalités. S'il a souhaité la nomination d'un conciliateur de manière à faire correspondre les intérêts des créanciers, des actionnaires et des autres parties prenantes, c'est lui seul et son conseil d'administration qui gardent la main et qui vont choisir la solution la meilleure pour Casino. Nul doute qu'il saura préserver le formidable potentiel des enseignes et des formats de distribution de son groupe, sans compter sa place incomparable dans la Capitale. Et qu'il fera tout pour faire aboutir le projet Teract-Intermarché qui n'entraine aucun licenciement et va donner naissance au champion de la distribution en circuit court.

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