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Bouygues / Colas / Martin Bouygues / Oliver Roussat
Bouygues va sortir sa filiale Colas de la Bourse / Un P.-D.G. qui démissionne, laissant place à une gouvernance dissociée
Un serpent de mer qui devient réalité. La question de la sortie de la Bourse de Colas, la filiale de construction de routes du groupe Bouygues, est une arlésienne de longue date. Le conseil d’administration du conglomérat, réuni dimanche, a pris la décision, de déposer dans les prochains jours auprès de l'Autorité des marchés financiers (AMF) un projet d’offre publique de retrait suivie d’un retrait obligatoire visant les titres Colas qu'elle ne détient pas. Soit, à vrai dire, pas grand-chose puisque Bouygues possédait, aux dernières informations, 96,8 % du capital et 98,0 % des droits de vote de sa filiale, comme, peu ou prou, depuis 23 ans.
Si Bouygues avait acquis Colas en 1986, le groupe avait - déjà - longtemps attendu avant de souhaiter optimiser sa participation majoritaire dans le leader mondial des routes. Grâce à une offre publique d’échange (OPE) lancée en l’an 2000, Bouygues avait fait passer sa participation d’environ 57% au capital de sa filiale, à plus de 95%. L’opération lui permettant de consolider dans ses comptes les résultats d’une filiale en forte croissance.
Puis plus rien ou presque. Depuis lors, le groupe s’était contenté de racheter au fil de l’eau des actions de la société de travaux routiers, tout en la laissant cotée. Et ce, bien que réglementairement, une offre publique de retrait est possible dès lors qu'un actionnaire détient plus de 95 % du capital. La situation lui a permis de continuer à monter doucement au capital de Colas, plutôt à bon compte, la faible liquidité du titre en Bourse ayant tendance à lui occasionner une décote en décorrélant sa valorisation de sa juste valeur. Ce contre quoi les actionnaires minoritaires n’ont jamais pu faire bouger les choses, le groupe ayant su palier les critiques sur le manque de liquidité en confiant à une banque la mission d’animer du titre.
Besoin de simplification
Alors pourquoi maintenant ? "Cette opération s’inscrit dans le cadre d’une opération de simplification de la structure capitalistique de Colas et du groupe Bouygues", justifie simplement l’entreprise dirigée par Martin Bouygues, le président, et Oliver Roussat, le directeur général. "Le projet de retirer Colas de la cote manifeste notre intention de simplifier les modes de fonctionnement et de reporting", précise Olivier Roussat.
Si cette simplification n’était visiblement pas urgente, la réussite de l’opération ne fait en tout cas guère de doute au vu de la prime de sortie offerte aux quelques actionnaires minoritaires. Le prix de 175 euros par action Colas annoncé par Bouygues est supérieur de 54% au cours de clôture de vendredi dernier précédent l’annonce. Et la prime dépasse les 50% sur la moyenne des cours de bourse pondérés par les volumes de Colas que ce soit sur deux, quatre ou huit mois. Ainsi, l’entreprise créée en 1929 pour relever le défi de l’exploitation du brevet de l'émulsion de bitume "Cold Asphalt", qui a révolutionné la technique routière, devrait prochainement quitter la cote parisienne.
Et cet événement s’accompagne d’un remaniement de la gouvernance de la société, le conseil d’administration de Colas ayant décidé "dans le prolongement de cette opération de retrait de la cote", de dissocier les fonctions de président du conseil d’administration et de directeur général. Et ce "afin de permettre à celui-ci de se concentrer sur la direction opérationnelle de la société", a indiqué Colas. Avec une conséquence immédiate. Frédéric Gardès, l’actuel président-directeur général a présenté sa démission face à des changements "ne correspondant pas à ses attentes personnelles".
Pierre Vanstoflegatte prend la direction générale
Pour le remplacer, le conseil d’administration, sur proposition du comité de sélection et des rémunérations, a procédé aux nominations suivantes : Pascal Grangé en qualité de président non exécutif du conseil d’administration et de Pierre Vanstoflegatte comme directeur général.
Pierre Vanstoflegatte, 55 ans, diplômé de l’Ecole Polytechnique et de l’Ecole des Mines de Paris, a occupé les fonctions de directeur général délégué puis de président de Bouygues Energies et Services de 2019 jusqu’à son intégration au sein du spécialiste des services multi techniques Equans début 2023. "En tant que directeur général de Colas, il aura pour mission de poursuivre le développement de la société et d’améliorer la transversalité avec les autres métiers du groupe Bouygues, en particulier Bouygues Construction et Equans", indique Colas.
De son côté, Pascal Grangé, présent dans le groupe Bouygues depuis 1986, a été directeur général délégué de Bouygues construction de 2007 à 2019. Nommé directeur général adjoint et directeur financier du groupe Bouygues en octobre 2019, il est depuis février 2021 directeur général délégué de Bouygues et en conserve la direction financière.
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