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Droit de la concurrence / titres-restaurant / pouvoir d'achat / Restauration

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Titres-restaurant : vers un encadrement inefficace des commissions des émetteurs ? / Ne pas casser un indéniable apport d’affaires pour les restaurateurs

Alors que selon les vœux de la ministre déléguée au PME, au Commerce, à l’Artisanat et au Tourisme, Olivia Grégoire, l’Autorité de la concurrence doit rendre dans les jours prochains un avis sur le fonctionnement du marché des titres-restaurants, les commissions pratiquées par les émetteurs pourraient être revues à la baisse par le gouvernement. Une mesure qui, si elle devait voir le jour, serait certes synonyme de perte de chiffre d’affaires pour les acteurs du marché mais pourrait aussi s’avérer inefficace sur la trésorerie des restaurateurs.
Titres-restaurant (©Hans Lucas via AFP)
Titres-restaurant (©Hans Lucas via AFP)

Les propos d’un membre du gouvernement ne sont jamais sans conséquence. Il aura suffi que la ministre déléguée chargée aux Petites et Moyennes Entreprises, au Commerce, à l’Artisanat et au Tourisme, Olivia Grégoire, déclare, en début de semaine, qu’elle avait "missionné (au printemps, ndlr) l’Autorité de la concurrence pour voir si le fonctionnement des titres-restaurant était équitable " et qu’en cas de dysfonctionnement avéré, elle "ne perdrait pas de temps pour plafonner au plancher de 3 % les commissions sur ces titres ", pour que l’action Edenred perde 11 % en une seule journée, lundi dernier, soit 1,5 milliard d’euros de valeur.

 

Une généralisation de la carte-restaurant indispensable

 

Une annonce qui a causé un stress inutile sur les marchés ? Le leader du secteur en France (40 % des parts de marché) pense en tout cas que les commissions pratiquées par les différents acteurs sont largement justifiables. Et Edenred d’avancer quelques arguments.

D’abord, il soutient l’idée de la ministre de vouloir dématérialiser les titres-restaurant d’ici 2026, une décision que le groupe présidé par Bertrand Dumazy appelait de ses vœux depuis longtemps. "Le titre papier n’est pas le plus avantageux pour un restaurateur. D’une part, il lui coûte plus cher parce que le taux de commission est plus élevé de 0,5 à 1 point en moyenne par rapport à celui pratiqué sur une carte restaurant, d’autre part en raison des frais de logistique qui n’existent pas avec la digitalisation. En généralisant la carte-restaurant, la commission va donc mécaniquement baisser. Autre désavantage : le coût interne de gestion du papier pour le restaurateur. Le papier est une charge administrative avec de la comptabilité à réaliser, des bordereaux à envoyer, etc. Ces frais de gestion sont également estimés à environ 1 % du chiffre d’affaires. Ces tracas n’existeront plus avec la dématérialisation totale ", estime Ilan Ouanounou, directeur général d’Edenred, dans un entretien accordé à WanSquare.

A noter que le groupe est d’ailleurs pionner en la matière en ayant lancé le titre-restaurant digital dès 2014 et compte 75 % de ses utilisateurs équipés aujourd’hui, soit bien en avance sur ses concurrents (60 %).

 

Du chiffre d’affaires supplémentaire

 

Ensuite, Edenred se veut être un apporteur d’affaires pour les 220 0000 restaurants et commerces alimentaires en France, et non des moindres. Et ce, pour la bonne et simple raison que le titre-restaurant se différencie d’une carte bancaire. Selon le groupe, il est générateur de trafic entre une entreprise et un restaurant et donc de chiffre d’affaires supplémentaire pour ce dernier. "Le dispositif du titre-restaurant fonctionne de façon très simple : en France, sur l’ensemble du secteur, ce sont quelque 1000 commerciaux (400 pour Edenred, ndlr) qui sillonnent la France pour convaincre les entreprises, quelle que soit leur taille, d’adopter une solution de paiement pour le repas de leurs salariés. Et lorsqu’elles adhèrent et qu’une carte restaurant est chargée, notre rôle est de rediriger cet argent provenant de l’entreprise, de le flécher, vers le monde de la restauration ", explique le directeur général.

Et à ceux qui seraient tentés de penser qu’un salarié va quand même dans un restaurant même sans titre de paiement, les chiffres parlent d’eux-mêmes, selon Edenred. "Nous savons qu’un bénéficiaire de titres-restaurants va cinq fois plus au restaurant qu’un non-bénéficiaire. Par ailleurs, un bénéficiaire dépense 65 % de plus au restaurant que les autres car il sait que la moitié de sa facture a été financée par son employeur. Le chiffre d’affaires apporté par le ticket-restaurant est donc largement supplémentaire pour le restaurateur ", expose Ilan Ouanounou.

 

Moins cher que les plateformes de livraison

 

En France, selon Bercy, 5 millions de salariés utilisent des titres-restaurants, représentant 8 milliards d’euros par an soit 15 % de chiffre d’affaires supplémentaire pour la restauration (environ 500 millions d’euros). "Dans ce contexte, il n’apparaît tout à fait raisonnable de demander au restaurateur de contribuer à hauteur d’une commission de 4 % de chiffre d’affaires. Le commerçant bénéficie d’un chiffre d’affaires additionnel pour une contribution assez faible ", soutient-il.

Un moindre mal pour Edenred d’autant que les commissions pratiquées par les acteurs du secteur sont bien inférieures à celles demandées par les plateformes de livraison telles que Uber Eats, Deliveroo ou encore la Fourchette. Une étude réalisée l’année dernière par le cabinet Rolland Berger montre que le titre-restaurant est ressorti comme l’apport d’affaires le plus efficace loin devant ces plateformes par exemple qui facturent entre 15 % et 25 %.

 

La meilleure arme anti-inflation

 

Pour l’heure, Edenred ne semble pas inquiet de l’avis que doit rendre dans les jours prochains l’Autorité de la concurrence. "Nous avons répondu, nous avons été auditionnés. Nous sommes convaincus que le marché est parfaitement concurrentiel, il suffit de voir le nombre d’émetteurs. Il y en a 13 sur le marché français dont 5 vraiment de taille importante dont nous faisons partie avec Sodexo, Up, Swile, etc. Je ne connais pas beaucoup de marchés dans lesquels il y a 5 gros acteurs ", observe le directeur général pour qui un encadrement des commissions pourrait s’avérer dangereux et inefficace. "Nous comprenons les difficultés des restaurateurs face à l’inflation, mais baisser les commissions ne changerait rien à leur situation. Faites le calcul. Si l’on baissait les commissions d’un point, cela ferait perdre 25 % du chiffre d’affaires des émetteurs rien et cela renverrait moins de 30 euros par mois en moyenne à chaque restaurant. Cela déséquilibrerait tout le secteur du titre-restaurant pour faire du saupoudrage inutile et inefficace ", prévient Ilan Ouanounou plaidant que "le titre-restaurant est une arme anti-inflation alimentaire très efficace pour plus de 5 millions de salariés ".

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