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Croissance; France; Productivité

Macro-économie / Taux / patrick artus / Eric Heyer / OFCE

Macro-économie / Taux
patrick artus / Eric Heyer / OFCE

Le redressement de la productivité française questionné au Sénat / Patrick Artus et Eric Heyer ne voient pas l’avenir de la même façon

La commission des finances du Sénat a auditionné cette semaine Patrick Artus, conseiller économique de Natixis, et Éric Heyer, directeur du département Analyse et prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Ces derniers en ont profité pour aborder l’épineuse question du retour des gains de la productivité hexagonale.
L'aéronautique pourrait expliquer une partie des moindres gains de productivité dans l'Hexagone. Adrien Nowak / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
L'aéronautique pourrait expliquer une partie des moindres gains de productivité dans l'Hexagone. Adrien Nowak / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

"Le premier point sur lequel il faut revenir ce sont les gains de productivité". Dès le début de son intervention, Patrick Artus, conseiller économique de Natixis, a planté le décor de sa principale préoccupation. Pourtant il était auditionné concernant le champ plus large des "perspectives de l’économie française et ses conséquences sur les finances publiques", il a rapidement lié cette question avec le cadre de son audition puisqu’il a qualifié la baisse de la productivité depuis 2018 "d’abominable" notamment puisque "cela a empêché d’augmenter les salaires réels et [que] ça fait subir à l’État des pertes de recettes fiscales".

Il faut dire que les chiffres qu’il communique sont conséquents ; il est question d’une baisse de 6 % du niveau de la productivité du travail depuis 2018. De quoi rendre essentielle la question "de savoir si on va avoir une stagnation de la productivité", un tel scénario impliquant à ses yeux une perte de 4 points de PIB en 2027, "soit 2 points de déficit public en plus ". Ce qui ne serait pas sans danger pour la trajectoire des finances publiques. Une analyse à laquelle ne souscrit pas totalement le membre de l’OFCE qui évoque qu’il " ne croit pas que le salarié soit 6 % moins productif qu’en 2019, je n’arrive pas encore à être persuadé de ça".

 

Divergences

 

Malheureusement, c’est pour l’instant la vision du futur qu’esquisse Patrick Artus ; il avance que "les hypothèses du gouvernement sur 2024, 2025 et même jusqu’en 2027 sont très très très très optimistes sur les gains de productivité et je pense que ça sera très difficile de faire repartir la productivité à cet horizon à cet horizon". Là où il juge que " le gouvernement français fait l’hypothèse qu’il y aurait un redémarrage assez rapide des gains de productivité ", il explique que sa "vision est que ces causes du recul de la productivité sont structurelles" et ne se résorberont donc pas de sitôt.

"C’est là peut-être que j’aurais un désaccord avec Patrick Artus", a rebondi Éric Heyer, le directeur du département Analyse et prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), en jugeant pour sa part qu’à l’horizon 2024 on aurait réussi à rattraper un quart des pertes par rapport à la tendance. Il évoque à ce propos un phénomène de rétention de main-d’œuvre "notamment dans l’aéronautique où il y avait des carnets de commandes pleins, mais il manquait l’approvisionnement, donc la valeur ajoutée s’est effondrée. Ils n’ont pas licencié pour autant, parce que ça devient une denrée rare ils maintiennent cet emploi".

Une dynamique qui expliquerait selon lui la moindre productivité tant dans l’industrie et le bâtiment, qui "ne peut pas durer longtemps [cette rétention], globalement c’est ça qui va faire les gains et c’est de la réserve de productivité". Puisqu’avoir un tel comportement "coûte cher ça ne peut se faire qu’à court terme". Cependant Patrick Artus lui a opposé que la productivité française "décline depuis 2018-2019, qui sont deux années très bonnes au niveau de la conjoncture."

 

Structurels

 

Le conseiller économique de Natixis a dressé quant à lui trois raisons de fond expliquant la baisse de la productivité du travail ; la première étant "la baisse du chômage puisqu’on ne peut pas à la fois avoir un retour sur le marché du travail de salariés peu qualifiés et des gains de productivité rapide", une autre étant liée à l’apprentissage qui expliquerait un quart à un tiers du phénomène tout "en étant une bonne nouvelle puisqu’ils vont devenir plus productifs à l’avenir". Enfin l’absentéisme est érigé comme le troisième pilier de ce raisonnement puisque son taux " a augmenté de 2 points et demi depuis 2018, ce qui fait baisser la durée effective du travail qui fait diminuer de la production des entreprises".

Une esquisse de solution a également été proposée par ses soins comme lorsqu’il évoque "qu’on peut bien prouver en comparant les pays, que si on fait davantage d’investissement en technologie et davantage de R & D on a des gains de productivité plus rapides". Il a également attaqué les services publics en arguant "qu’une personne qui tombe au chômage en France reçoit une formation professionnelle en moyenne au bout de 6 mois de chômage en France, là où au Danemark c’est au bout de 3 jours. Donc il y a quand même des progrès à faire". L’éducation est également une priorité pour lui de ce point de vue là pour réduire cette faiblesse française.

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