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Worldline / Ingenico / Gilles Grapinet

Worldline durement frappé par la conjoncture allemande / Un cours de Bourse en chute libre

Le champion français des paiements a lancé mercredi un avertissement retentissant sur ses résultats de l’année en cours, les prévisions pour 2024 étant tout simplement abandonnées. L’effondrement du cours de Bourse traduit la surprise face à un marché des paiements affecté par la détérioration de l'environnement économique, en particulier en Allemagne.
Worldline a lancé un "profit warning" aux conséquences boursières dévastatrices - Photo by Frederic J. BROWN / AFP
Worldline a lancé un "profit warning" aux conséquences boursières dévastatrices - Photo by Frederic J. BROWN / AFP

Après la panne informatique géante, le gros "profit warning". L’ex-filiale d’Atos spécialisée dans les paiements traverse une mauvaise passe surprenante. Alors que les clients de grandes enseignes comme Carrefour, Monoprix, Auchan et Ikea, ou encore McDonald’s et la SNCF se sont retrouvés dans l’incapacité de payer leurs achats par carte bleue le week-end dernier en raison d’un incident technique chez Worldline, le groupe vient de couper dans ses prévisions dans un contre-pied total, faisant plonger son cours de Bourse de près de 60 % (-59,1 % à 9,44 euros à 14h), fait rarissime pour une valeur du CAC 40.

Le troisième trimestre ne s’est pas déroulé comme prévu pour la société. Son chiffre d’affaires s’est établi à 1,18 milliard d’euros sur la période, en croissance organique de 4,8 %, là où le consensus des analystes tablait sur 1,21 milliard d’euros, et la contre-performance touche toutes les divisions. Notamment la plus importante, les services aux commerçants, qui ont généré des revenus de 868 millions d’euros, en hausse de 7,6 %, contre une progression de 10,1 % attendue par le consensus. La raison ? Le ralentissement macroéconomique à l’œuvre dans plusieurs des principaux marchés du groupe. "Après un bon début d’année, nous sommes rentrés dans un deuxième semestre où la conjoncture mondiale a commencé à se détériorer, en particulier en Allemagne", constate le directeur général de Worldline, Gilles Grapinet. Ce faisant, "dans ces pays, les consommateurs ont commencé à allouer leurs dépenses de façon plus prononcée dans les secteurs non discrétionnaires au détriment des secteurs discrétionnaires, impactant ainsi notre croissance et notre rentabilité", explique l’entreprise

 

Cybercriminalité

 

Une cause conjoncturelle à laquelle s’ajoutent les effets secondaires de la montée générale de la cybercriminalité. L’émergence de nouveaux comportements frauduleux et le durcissement des directives réglementaires et contraintes de marché ont conduit Worldline à arrêter ses services auprès de certains commerçants pour lesquels les coûts associés et les risques potentiels n’étaient plus compatibles avec sa moindre appétence au risque. L’impact est évalué à 130 millions d’euros de chiffre d’affaires. Et ces résiliations "pourraient alimenter les craintes de voir Worldline perdre des parts de marché au profit d’autres acteurs des marchés en ligne", estime le bureau d’analystes Oddo BHF.

Dans le même temps, l’activité de services financiers a reculé de 2,9 %, alors que le consensus des analystes tablait sur une petite hausse de 0,4 %. La faute cette fois-ci à une activité de traitement des transactions par cartes pénalisée par un faible taux de transformation des opportunités commerciales. Phénomène que la mauvaise publicité occasionnée par la panne du week-end dernier ne devrait pas aider à rattraper.

La conséquence de tout cela est que pour l’exercice en cours, le groupe anticipe désormais une croissance organique de son chiffre d’affaires comprise entre 6 % et 7 %, contre une hausse de 8 % à 10 % attendue précédemment. Mais "les évolutions de prévisions les plus surprenantes concernent la rentabilité et la conversion des liquidités pour l’année", souligne le cabinet de recherche indépendant AlphaValue. De fait, Worldline s’attend dorénavant à une baisse d’environ 150 points de base de sa marge d’excédent brut opérationnel (EBO), contre une progression de plus de 100 points de base visée auparavant. Et la conversion de cet EBO en flux de trésorerie disponible devrait s’effectuer dans des proportions comprises entre 30 % et 35 %, au lieu 46 % à 48 % précédemment espéré.

 

Les prévisions 2024 abandonnées

 

Des perspectives fortement abaissées qui "vont soulever beaucoup de questions, surtout au regard de la confiance affichée par le management fin juillet sur son plan moyen terme", pointent de leur côté les analystes d’Invest Securities. Ce plan à moyen terme avait d’ailleurs déjà déçu en 2021 lors de sa présentation, même si la chute du cours de Bourse subie ce jour-là (-16 % le 27 octobre 2021) n’était que peu de chose face à la dégringolade d’aujourd’hui.

Quatre ans après le rachat réussi du fabricant de terminaux de paiement Ingenico, le surcroît de croissance organique et les synergies sur la marge attendues de l’opération ont donc été en partie mangés par un environnement difficile. Pour y faire face, le groupe se lance dans un nouveau plan d’efficience opérationnelle. Baptisé Power24, celui-ci va coûter 250 millions d’euros et doit permettre d’économiser 200 millions d’euros en année pleine à partir de 2025.

En attendant, les prévisions 2024 sont mises aux oubliettes. Pour rappel, le groupe visait une croissance moyenne du chiffre d’affaires compris entre 9 % et 11 % sur la période 2022-2024 et une amélioration de plus de 400 points de base de la marge d’EBO, qui devrait tendre vers 30 % du chiffre d’affaires l’année prochaine. Worldline n’espère plus à présent qu’une une amélioration d’environ 100 millions d’euros de son EBO par rapport à 2023, qui pourrait ainsi s’établir à 1,21 milliard d’euros, 15 % en dessous des attentes du consensus. Et encore, les progrès ne seront pas pour tout de suite. "Nous n’anticipons pas d’amélioration substantielle avant le second semestre 2024", indique AlphaValue.

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