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Banque Mondiale / produits alimentaires / pétrole
Des turbulences au Moyen-Orient qui inquiètent la Banque mondiale /
L’institution redoute un double choc sur les marchés mondiaux
" La hausse des cours du pétrole, quand elle se maintient, se traduit inévitablement par une augmentation du prix des denrées alimentaire". Ayhan Kose, économiste en chef adjoint de la Banque mondiale et directeur de la cellule Perspectives, a livré la principale crainte des équipes de la Banque mondiale à l’occasion de la publication du dernier rapport Commodity Markets Outlook de l’institution. Ce n’est pas tant l’état actuel du conflit qui inquiète avec des effets "sur les marchés mondiaux des produits de base [qui] sont pour l’instant limités : les cours du pétrole ont augmenté de 6 % environ depuis le début du conflit, tandis que les prix des produits agricoles, de la plupart des métaux et des autres matières premières ont à peine bougé".
Le scénario de référence établi par la Banque mondiale concernant les prix du pétrole est en effet plutôt rassurant, tablant qu’ils "devraient atteindre en moyenne 90 dollars le baril au cours du trimestre actuel avant de retomber à 81 dollars en moyenne l’an prochain, en raison du ralentissement de la croissance économique mondiale". Cependant la perspective d’un embrasement du conflit est vue avec davantage d’appréhension et décrit "trois scénarios de risque basés sur l’expérience historique depuis les années 1970" et se basant sur le degré de perturbation des approvisionnements en pétrole.
Scenarii
Le scénario de perturbation limitée verrait l’offre mondiale de pétrole réduite de 500 000 à 2 millions de barils par jour, ce qui se rapprocherait de la diminution connue lors de la guerre civile en Libye en 2011. L’institution avance que dans un tel cas "le prix du pétrole augmenterait dans un premier temps de 3 à 13 % par rapport à la moyenne de référence pour le trimestre actuel, soit un prix du baril compris entre 93 et 102 dollars". Cependant d’autres scénarios bien moins réjouissants sont également proposés ; notamment il est question d’un scénario de perturbation majeure comparé "à l’embargo arabe sur le pétrole en 1973, [dans lequel] l’offre mondiale de pétrole se réduirait de 6 à 8 millions de barils par jour, provoquant une hausse des prix de 56 à 75 % dans un premier temps, soit un prix compris entre 140 et 157 dollars le baril".
Un cas analogue à celui de la guerre en Irak en 2003 est également présenté, comme un scénario de perturbation moyenne, dans lequel l’offre mondiale de pétrole "diminuerait de 3 à 5 millions de barils par jour". De quoi engendrer une hausse initiale du prix du pétrole de près de 21 à 35 %, de quoi conduire "le baril à une fourchette comprise entre 109 et 121 dollars".
Péril en la demeure
De quoi bousculer les prévisions de la Banque mondiale faisant état d’un prix des produits de base qui "devraient baisser de 4,1 % en 2024 ". Notamment en ce qui concerne les produits agricoles qui "sont appelés à fléchir l’année prochaine compte tenu de l’augmentation de l’offre", la publication "anticipe une stabilisation des prix des matières premières en 2025" qui pourrait être remise en cause au vu des effets de la moindre perturbation sur les prix de l’or noir. Ayhan Kose jugeant qu’un "choc pétrolier sévère aggraverait l’inflation des prix alimentaires, qui est déjà élevée dans de nombreux pays en développement. Fin 2022, plus de 700 millions de personnes étaient sous-alimentées, soit près d’un dixième de la population mondiale. Une escalade du conflit intensifierait l’insécurité alimentaire, non seulement dans la région, mais aussi dans le monde entier. "
L’hypothèse que l’économie mondiale arrive à mieux absorber les chocs pétroliers avec le temps n’est pas écartée pour autant, les pays ayant renforcé leurs défenses contre de tels chocs depuis les années 1970. Une moindre dépendance à l’égard du pétrole couplé à une " quantité de pétrole nécessaire pour générer un dollar de PIB [qui] a diminué de plus de moitié depuis 1970" expliquerait cette plus grande résilience aux variations du prix de l’or noir. Si l’ensemble de ces modifications font qu’une "escalade du conflit pourrait avoir des effets plus modérés que par le passé ", il n’en reste pas moins que " les responsables politiques doivent néanmoins rester sur leurs gardes " au vu des signes avant coureurs.
Notamment l’un de ces signaux perçu par les équipes de la Banque mondiale se trouve être " l’or [qui] a vu ses prix augmenter d’environ 8 % depuis le début du conflit", ce qui est interprété comme une confiance des investisseurs qui diminue à grande vitesse. De quoi faire craindre la mise en place de restrictions commerciales à l’instar des interdictions d’exportation de denrées et d’engrais, ces derniers étant jugés à même d’intensifier "la volatilité des prix et renforcer l’insécurité alimentaire".
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