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Crédit Agricole déroule son modèle à deux dimensions / La marge nette d’intérêt se stabilise en France
"Ce qui est vraiment spécifique au Crédit Agricole, ce sont ses deux dimensions complémentaires". La présentation mercredi des résultats du troisième trimestre de la banque verte était l’occasion pour Philippe Brassac, son directeur général, de rappeler les particularités du modèle de l’établissement. Avec d’un côté un champ des services qui continue à s’étendre : la banque propose tout autant de l’épargne, du crédit, de l’assurance, de la prévoyance, de la retraite, de la santé, ou encore des solutions en immobilier, de la télésurveillance ou du conseil en transition énergétique. Cette première dimension se complétant d’une deuxième : les métiers créés pour servir cette universalité sont "généralement des consolidateurs potentiels sur leur marché". Et donc susceptible donc de générer la croissance externe.
En la matière, l’établissement s’est justement montré actif ces derniers mois, avec l’intégration des activités européennes de RBC Investor Services et de Crédit Agricole Auto Bank, l’ancienne captive de financement automobile de Fiat Chrysler. "Nous faisons du M & A opérationnel et ne nous hasardons jamais dans du M & A stratégique qui changerait fortement et encore moins radicalement la configuration du groupe ou qui mettrait en danger la trajectoire de tel ou tel métier", a également tenu à rappeler à ce sujet Philippe Brassac. Les cibles privilégiées étant "de taille modeste", permettant de faciliter leur intégration.
Le fait est que la recette a continué de bien fonctionner. Au troisième trimestre 2023, le résultat net part du groupe publié de Crédit Agricole SA a atteint 1,75 milliard d’euros, en hausse de 32,8 % par rapport au troisième trimestre 2022, portant à 5 milliards d’euros le résultat sur neuf mois. A 1,5 milliard d’euros, le résultat net sous-jacent (hors divers éléments spécifiques) du troisième trimestre "dépasse de 11 % le consensus, grâce à des revenus supérieurs aux attentes et des provisions inférieures aux anticipations, tandis que les coûts ont été globalement en ligne avec les prévisions", observent les analystes de Bank of America. Pour autant, "la majeure partie de la surperformance provient de la consolidation des services d’actifs de RBC Europe", tempèrent ceux de Keefe, Bruyette & Woods.
La banque de proximité à l’international se distingue
Concernant les revenus, la croissance de 8,3 %, à 6 milliards d’euros, du produit net bancaire sous-jacent s’explique principalement par le bon comportement de la banque de détail (ou de proximité) à l’international et de la banque d’investissement. Pour cette dernière, le courtage FICC (obligations, change, et matières premières), dont l’activité a bondi de 26 %, constitue "une bonne surprise", souligne également Keefe, Bruyette & Woods.
A l’inverse, la banque de proximité en France ne fait bien sûr pas d’étincelle dans un contexte de hausse des taux d’intérêt, mais ses revenus ont progressé de 0,4 % sur le trimestre grâce justement à la stabilisation de la marge nette d’intérêt. Un sujet, rappelons-le, particulier à la France où les crédits presque exclusivement à taux fixe se trouvent à l’actif des bilans des banques tandis que l’importante épargne à taux réglementés est rangée au passif. Par conséquent, l’amélioration du rendement moyen pondéré de l’actif ne se fait que très lentement quand le coût de ces passifs augmente de manière beaucoup plus immédiate.
Heureusement, le phénomène est compensé par la banque de proximité à l’international, dont les revenus ont bondi de 24,1 % sur le trimestre écoulé, profitant pleinement de la hausse des taux. Mais aussi par d’autres métiers de la banque qui génèrent de la marge d’intérêt. Comme la filiale de crédit à la consommation Crédit Agricole Consumer Finance, l’activité de gestion de fortune de Indosuez Wealth Management, ou encore la banque d’investissement CACIB. Au total, la marge d’intérêt de Crédit Agricole SA entre le premier trimestre de l’année 2022 - qui symbolise d’une certaine manière le dernier trimestre du monde des taux d’intérêt zéro - et le troisième trimestre de l’année 2023, "a progressé de 24 % et a nourri la croissance générale de nos revenus", a souligné pour sa part Jérôme Grivet, le directeur général délégué de Crédit Agricole.
Effet ciseau
La bonne santé de la banque verte sur le trimestre écoulé se reflète également dans le nouvel effet ciseau qu’elle est parvenue à générer. Cet écart entre la progression des revenus et la croissance des charges s’est élevé à "cinq points environ sur trois mois et de six points et demi sur neuf mois", a également indiqué le dirigeant, et s’est matérialisé par un coefficient d’exploitation de 53,4 %, soit un niveau bien au-dessous des 58 % du seuil maximum que la banque s’est fixé pour 2025. De même, le rendement des fonds propres de 13,5 % affiché sur neuf mois dépasse nettement le niveau minimum de 12 % visé par la banque dans le cadre de son plan à moyen terme.
Des éléments qui expliquent le bon accueil réservé jeudi par les investisseurs à ces résultats, l’action Crédit Agricole SA gagnant près de 2 % mercredi après-midi, à 11,8 euros. Même si la réaction est bien moins vive que lors des publications des premier et deuxième trimestres, où le groupe avait davantage créé la surprise.
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