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Robertet / Jérôme Bruhat / parfums / acquisition
Robertet affirme sa stratégie avec l’acquisition de Sonarome / Entre internationalisation et cibles bien choisies, l'entreprises familiale a la vision claire
Une sixième en cinq ans. L’entreprise familiale Robertet, placée au premier rang mondial des acteurs des matières premières naturelles, vient de conclure une nouvelle acquisition : celle de Sonarome, spécialiste indien des arômes, implanté à Bengalore. Dans le détail, la transaction a été réalisée grâce au rachat des actions d’IFF, qui détenait conjointement l’entreprise avec la famille fondatrice Gulhati. Un accord a ensuite été conclu avec cette dernière, afin d’acquérir progressivement le reste du capital sur les huit années à venir. Sonarome a réalisé un peu plus de 15 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022. Au regard des multiples des valeurs d’entreprise sur les chiffres d’affaires de cette industrie, la transaction devrait, selon certains opérateurs de marché, se chiffrer entre 45 et 65 millions d’euros.
L’opération est stratégique pour cette ETI originaire de Grasse et contrôlée par la famille Maubert, dirigée depuis plus d’un an par l’ex-L’Oréal Jérôme Bruhat. Elle permet en effet au groupe de poursuivre son objectif d’internationalisation. "Par exemple, 30 % du marché des fragrances et des arômes se situe en Asie. Alors que la région ne pèse, pour l’instant, que 15 % dans l’empreinte géographique de l’entreprise", explique le directeur général de Robertet, à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare.
L’accord est gagnant-gagnant : d’une part, Sonarome échange déjà avec les pays avoisinants, ce qui permettra au groupe familial de s’installer sur de nouveaux marchés. D’autre part, les implantations régionales existantes de Robertet permettront au groupe de servir de relais aux capacités de production de Sonarome.
Trois piliers
De plus, cette nouvelle acquisition s’inscrit bien dans la feuille de route établie en la matière et reposant sur trois piliers, souligne Jérôme Bruhat : "Le premier objectif de nos acquisitions consiste à élargir la palette des naturels proposés à nos clients, mais aussi en interne. Le deuxième porte sur le fait de compléter notre couverture internationale. C’est le cas pour cette acquisition. Le troisième vise à se rapprocher d’entreprises aux technologies spécifiques et distinctives".
Et cette politique de croissance externe est soutenue. En 2023, Robertet aura donc fait entrer Sonarome dans son giron, mais aussi Aroma Esencial, une société espagnole qui répondait cette fois à l’objectif d’innovation technologique de Robertet. Aroma Esencial est en effet un spécialiste de la transformation de produits naturels destinés à l’industrie aromatique (comme le patchouli, le vétiver ou l’ylang-ylang). Avec, à la clé, un outil industriel de fractionnement et de distillation moléculaire et d’une gamme de produits stratégiques pour la parfumerie fine.
Pour les opérations précédentes, la logique était la même. Il y a eu (entre autres) Ecom Food, une entreprise rachetée en 2021, basée au Canada et spécialisées dans la fabrication d’arômes naturels ou encore la prise de participation majoritaire dans l’entreprise française Sirius, qui a permis au groupe familial de se renforcer sur le secteur des huiles essentielles bio et des eaux florales.
Chercher des pépites
Dans tous les cas, le mode opératoire des acquisitions signées par Robertet est rodé. "Nous cherchons essentiellement des pépites familiales, qui sont détenues ou contrôlées par leurs fondateurs", souligne Jérôme Bruhat. Des entreprises donc alignées sur le modèle de l’ETI française et que le groupe ne souhaite pas déséquilibrer. Chez Sonarome, Nitesh Gulhati, le fils du fondateur, restera par exemple aux manettes. Un objectif de continuité pour les entreprises acquises, assorti d’une volonté d’approfondir les activités de Robertet et de les faire monter en gamme. "Il ne s’agit pas de faire de la diversification : notre stratégie sur les fragrances, les arômes et les ingrédients naturels ou actifs naturels est affirmée. C’est un métier qui requiert avant tout de la créativité, de l’agilité et du sur-mesure", insiste le directeur général.
Pour autant, avec des taux de croissance annuels à deux chiffres sur les trois dernières années (703 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2022, en hausse de 16 % sur un an), Robertet ne compte pas seulement sur la croissance externe pour créer de la valeur. Elle représente d’ailleurs, en moyenne, un tiers de la progression de l’activité visée. Pour le reste, la croissance organique y est tirée par plusieurs moteurs. Tout d’abord, une capacité à convaincre de nouveaux clients sur les métiers de l’entreprise.
À l’instar d’acteurs de taille, comme les plus grandes maisons de parfumerie, mais aussi de jeunes entreprises, avec par exemple Sol de Janeiro, société de cosmétiques fondée en 2015 et désormais installée dans le giron du groupe L’Occitane. Elle fait maintenant carton plein auprès du public et sur les réseaux sociaux et Robertet avait signé, dès son lancement, un partenariat avec elle afin de lui fournir les ingrédients naturels nécessaires à la conception des parfums de ses produits. "Nous avons eu la chance d’être les premiers à croire en leur projet, et ils nous le rendent bien", remarque Jérôme Bruhat.
Des vents porteurs
Outre l’élargissement et le renforcement de sa base de clients, Robertet peut aussi compter sur une dynamique commerciale qui bénéficie d’une tendance de fond : celle de l’évolution de la demande des ingrédients naturels. "Aujourd’hui, 80 % de la demande se situe de ce côté-là. Il y a dix ans, c’était l’inverse… 20 % pour les ingrédients naturels et 80 % pour les synthétiques" souligne le dirigeant. De quoi aller exploiter de nouveaux réservoirs de croissance dans certaines régions, comme l’Australie, Taïwan, ou encore l’Afrique.
Enfin, si les verticales d’activités sont pour l’instant plutôt équilibrées, avec 26,5 % de l’activité réalisée dans les matières premières, 35,6 % dans la parfumerie, 35,2 % dans les arômes et 2,7 % dans les actifs, le groupe compte néanmoins accélérer dans ce dernier domaine pour continuer à faire grimper sa croissance. "Nous avons à cœur d’enrichir notre catalogue d’actifs aux vertus fonctionnelles. Cela demande certains investissements, puisqu’il faut les sourcer et créer un dossier médical pour en démontrer la performance. Nous avons d’ailleurs choisi d’ajouter un responsable pour l’Asie expert en la matière", précise Jérôme Bruhat.
Pour l’année 2024, les objectifs sont clairs. Il s’agira d’accélérer sur l’innovation au travers de certains programmes (en agronomie ou encore au travers du lancement de nouveaux produits, comme des solvants verts) et de se positionner en pointe en matière de certification de responsabilité sociétale des entreprises. Enfin, naturellement, d’accélérer encore plus l’internationalisation de la société : "Le déploiement géographique de Robertet, j’en ai fait une priorité", assure le directeur général de Robertet.
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