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Macro-économie / Taux / Crédit Mutuel Arkéa / Banque centrale européenne / Paul Chollet / taux d'intérêt

Macro-économie / Taux
Crédit Mutuel Arkéa / Banque centrale européenne / Paul Chollet / taux d'intérêt

Quand les économistes se font les exégètes, en temps réel, de Christine Lagarde / Immersion au sein d’une banque française  

WanSquare était aux côtés des économistes de la salle des marchés de Crédit Mutuel Arkéa durant la dernière conférence de presse de la présidente de la Banque centrale européenne. La Française laissera-t-elle des pistes sur d’éventuelles baisses des taux d’intérêt directeurs ? Voilà qui a fait l’objet d’une attention toute particulière.
Pierre Bossuet, Julien Lecumberry et Paul Chollet - DR
Pierre Bossuet, Julien Lecumberry et Paul Chollet - DR

Nous sommes le jeudi 14 décembre, il est 14 heures 15, un horaire tout sauf anodin sur les marchés financiers. C’est le moment choisi par la Banque centrale européenne (BCE) pour publier son dernier communiqué de politique monétaire de l’année, publication qui précède de trente minutes la conférence de presse de Christine Lagarde, présidente de l’institution de Francfort. Et c’est près de Brest, aux côtés des équipes de “la salle des marchés française la plus proche de Wall Street”, celle de Crédit Mutuel Arkéa, que WanSquare suit cet évènement attendu dans la sphère financière. En effet, rassurés par les récentes données afférentes à la désinflation, les marchés escomptent de nombreuses baisses de taux l’an prochain et espèrent que la grande argentière validera ce scénario.

Il sera assez intéressant d’observer comment Christine Lagarde se positionne par rapport à Jerome Powell”, nous explique Stéphane Cadieu, directeur des marchés financiers de Crédit Mutuel Arkéa. La veille au soir, les propos du patron de la Fed ont particulièrement séduit les marchés ; il faut dire qu’il a révélé que onze des dix-neuf membres du Comité de politique monétaire (FOMC) prévoyaient au moins trois baisses du taux d’intérêt directeur en 2024. “Si elle s’inscrit dans ses pas, cela pourrait pénaliser l’euro et ainsi favoriser l’importation d’inflation”, prévient Paul Chollet, chef économiste du bancassureur breton, qui dirige une équipe de trois économistes composés de Julien Lecumberry, Pierre Bossuet et Rodrigue Mear.

Le communiqué rendu à l’instant public par la BCE, lui, est moins attractif pour les marchés obligataires, les rendements souverains progressant pendant la réunion. Une bonne nouvelle cependant, le spread Italie - Allemagne (écart des taux d’intérêt souverains entre les deux économies) est en train de se réduire de plusieurs points de base malgré les annonces concernant le programme d’achat d’urgence pandémique (PEPP). “C’était un élément surveillé par les analystes, mais un chiffrage n’était pas forcément attendu”, décrypte Julien Lecumberry.

Concrètement, la BCE vient d’annoncer qu’elle réduira, à compter de juillet 2024, de moitié les réinvestissements des tombées de titres (puis complètement à compter de 2025) qu’elle effectue dans le cadre de ce programme d’achats d’actifs (1 850 milliards d’euros) conçu durant la pandémie pour protéger la transmission de sa politique monétaire. Elle en a fait sa première ligne de défense face aux potentielles envolées injustifiées des coûts de financement de certains États de la zone euro, de sorte qu’en réduisant ses réinvestissements, le marché aurait pu considérer qu’elle grèverait sa force de frappe, laissant des pays comme l’Italie davantage vulnérables.

Il n’y a pas grand-chose d’autre à se mettre sous la dent dans le communiqué de la BCE ; “les révisions à la baisse de ses prévisions d’inflation avaient été anticipées”, estime Julien Lecumberry. Les yeux des marchés sont désormais rivés sur Christine Lagarde dont la conférence de presse vient de commencer. La Française apparaît diminuée en raison du Covid-19. Quinze minutes s’écoulent puis la partie la plus importante de l’exercice débute : celle où elle se doit de répondre aux questions des journalistes. Obligée d’improviser, elle est presque sans filet pendant une demi-heure : c’est souvent durant ces moments-là que de forts mouvements de marché peuvent survenir.

Il n’en est rien. Et pour cause, les économistes remarquent qu’elle serine plusieurs éléments de langage indiquant notamment ne pas vouloir “baisser la garde face à l’inflation”, verrouillant sa communication. “Elle craint d’apparaître complaisante avec les anticipations des marchés", suggère Pierre Bossuet. Cela générerait un assouplissement des conditions de financement qui ne ferait pas les affaires de la BCE dans sa lutte contre l’inflation. L’ex-directrice générale du FMI surprend aussi par la longueur des phrases qu’elle formule, serait-ce le signe qu’elle pèse davantage ses mots que d’ordinaire ? “Le fait qu’elle soit souffrante pourrait aussi l’expliquer”, note Paul Chollet.

Alors que la conférence vient de se terminer, Rodrigue Mear soutient qu’elle a “fait le job”, notant également que ses commentaires sur l’absence de risque de fragmentation ont su rassurer les investisseurs quant à la fin des réinvestissements du PEPP et ainsi faire refluer les spread. Ces derniers doivent également avoir apprécié qu’elle ait déclaré que la BCE disposait d’autres instruments pour juguler le risque de fragmentation.

Le scénario de la salle des marchés de Crédit Mutuel Arkéa mise sur des baisses de 100 points de base des taux d’intérêt directeurs l’an prochain, soit un tiers de moins que le consensus. Rappelons que Christine Lagarde a rapporté que le sujet des baisses n’avait pas été évoqué pendant la réunion du Conseil des gouverneurs. “Elle a néanmoins insisté sur le fait que le Conseil des gouverneurs était dépendant des données, ce qui implique qu’un changement soudain des paramètres, comme une moindre croissance des salaires nominaux, pourrait rapidement provoquer une baisse des taux d’intérêt", avance Paul Chollet.

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