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Macro-économie / Taux / Benoît Coquart / Legrand

Macro-économie / Taux
Benoît Coquart / Legrand

exclusif L'année 2024 vue par... Benoît Coquart / Directeur général de Legrand

EXCLUSIF. WanSquare a demandé à des économistes et des dirigeants de grandes entreprises de livrer leur vision pour 2024 après une année 2023 marquée par le début de la désinflation, la multiplication des tensions géopolitiques, le boom de l’intelligence artificielle générative ou encore les premières retombées des resserrements monétaires sur l’économie réelle. Chaque jour, nous publions leurs réponses aux questions que vous vous posez. Une série à lire, partager et conserver précieusement.
Benoît Coquart, directeur général de Legrand
Benoît Coquart, directeur général de Legrand

Quel est votre scenario de croissance en Europe et en France pour 2024 ?  

 

Les perspectives économiques en Europe et en France sont encore très incertaines. Elles sont surtout très différentes d’un secteur à l’autre. Par exemple, si l’immobilier résidentiel souffre du durcissement de la politique monétaire, il y a en revanche de solides perspectives de croissance dans tous les domaines liés à la transition énergétique ou les centres de données. 

Chez Legrand, nous sommes portés par ces tendances de fond. 40 % de la consommation énergétique en Europe provient du bâtiment. Les objectifs de neutralité carbone à horizon 2050 nécessitent d’y doubler, voire tripler les rénovations. Autre relai de croissance, les centres de données avec une activité qui sera soutenue par la digitalisation et l’intelligence artificielle. 

 

De quelle manière les trois risques géopolitiques (guerre en Ukraine, conflit israélo-palestinien et élections présidentielles américaines) sont-ils susceptibles d’affecter vos prévisions pour 2024 et comment anticipez-vous leurs impacts sur vos activités ? 

 

Les deux conflits sont assez différents. La guerre en Ukraine a des conséquences sur l’économie mondiale depuis maintenant deux ans alors que le conflit israélo-palestinien n’a pour l’heure que peu d’incidence économique. 

Concernant les élections américaines, les effets éventuels sur le plan géopolitique et économique sont difficiles à anticiper et dépendront beaucoup des forces en place au sein des deux chambres. Il est cependant peu probable qu’une nouvelle majorité remette en question de manière significative des initiatives favorables à l’économie.  

Au-delà de ces évènements géopolitiques, la tendance de fond vers la " démondialisation " se poursuivra, avec la multiplication des conflits régionaux, l’exacerbation des identités nationales et des barrières croissantes au commerce mondial. Pour les entreprises comme Legrand cela conduira à rester très attentif à la robustesse de ses chaînes d’approvisionnement et à continuer de produire aux plus près de ses marchés; mais aussi à conserver sa faculté à s’adapter aux différents chocs qui se matérialiseront, comme cela a été le cas depuis 2020 (Covid, ruptures d’approvisionnements, crise du résidentiel, etc.).  

 

La remontée des défaillances d'entreprises vous inquiète-t-elle et notamment concernant votre secteur d’activité ?  

 

La parenthèse de la Covid est effectivement refermée et les défaillances d’entreprise reviennent à leur niveau d’avant 2020. Ces défaillances touchent davantage d’entreprises de taille moyenne, notamment dans des secteurs comme le bâtiment. Les acteurs du secteur ont marqué unanimement leur inquiétude pour 2024, c’est préoccupant. 

Toute mesure de soutien à l’activité du logement pourra utilement contribuer à limiter le risque pour la filière, pour le neuf comme pour la rénovation. La transition énergétique sera également un bon relais de croissance pour les PME de notre secteur et contribuera à la stabilité financière. 

 

Comment anticipez-vous l’évolution de l’inflation dans vos différents métiers et le maintien ou l’amélioration de vos marges à plus longue échéance ?   

 

Les spécialistes s’accordent sur une stabilisation globale de l’inflation dans la plupart des secteurs, en France et en Europe - ce qui signifie que la période de grande inflation est derrière nous - mais sans baisses de prix notamment du fait du maintien d’une inflation salariale et d’un prix élevé de l’énergie. 

Chez Legrand, nous avons su protéger nos marges ces quatre dernières années en dépit d’une inflation élevée sur nos coûts, et ce en augmentant nos prix sensiblement moins que l’inflation subie grâce en particulier à la productivité; cette approche de tenue des marges restera la même dans l’environnement moins inflationniste qui s’annonce.  

 

Considérez-vous la transition énergétique comme une contrainte et un facteur supplémentaire d’inflation ou comme une opportunité de transformation et d’adaptation de vos métiers ?  

 

La transition énergétique est avant tout une opportunité, et ce à de nombreux égards. Notre activité est portée par des besoins en électrification forts et constants à l’échelle mondiale. En outre, nos segments de croissance prioritaire - les produits d’efficacité énergétique, les produits connectés et les datacenters - sont tous les trois au cœur de la transition énergétique et de la révolution de l’intelligence artificielle; ils enregistrent de solides croissances et cela continuera. Ces domaines représentent déjà un tiers du chiffre d’affaires de Legrand et devraient représenter 50% à moyen terme.  

C’est un cercle vertueux: nous développons des produits plus intelligents, moins énergivores et avec un impact carbone optimisé, et en retour ces produits permettent à nos clients de réaliser des économies d’énergies significatives, de gagner en confort et en sécurité. C’est pour cela que je suis convaincu que la transition énergétique est une formidable opportunité à la condition qu’elle soit accessible au plus grand nombre, pour qui elle est encore trop perçue uniquement comme un facteur de coût et de contrainte supplémentaire.  

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