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Le recentrage de Casino sur la proximité sera radical / A moins que ce ne soit son démantèlement
Que restera-t-il de Casino lors de sa reprise prévue en mars par le consortium constitué par le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, Fimalac et le fonds Attestor ? Les événements s’accélèrent dans le cadre de la procédure de sauvegarde accélérée du distributeur, entamée fin octobre et prolongée de deux mois pour permettre à l’entreprise de trouver un accord pour restructurer sa dette et éviter la faillite.
Confirmant les rumeurs, le groupe a annoncé lundi son entrée en discussions exclusives Auchan Retail et le Groupement Les Mousquetaires (qui possède Intermarché), en vue de la cession de la quasi-totalité (hors les points de vente situés en Corse) des hypermarchés et supermarchés qu’il détient encore, sachant que 195 magasins Casino vont ou sont déjà passés sous la marque Intermarché. Des discussions entamées sur la base d’une valeur d’entreprise de 1,35 milliards d’euros pour 313 magasins représentant un chiffre d’affaires total d’environ 3,6 milliards d’euros.
Ce faisant, la solution Intermarché – Auchan, l’a emporté sur l’offre du tandem de circonstance formé par Carrefour et le discounter allemand Lidl, refusée par Casino et ses administrateurs judiciaires. Non sans logique. "Casino n’a pas forcément intérêt à vendre ses magasins à Carrefour ou Leclerc qui sont les deux grands leaders du marché français de la distribution. En revanche, céder ces magasins à des partenaires comme Auchan ou Les Mousquetaires, qui sont des acteurs beaucoup plus petits, avec qui ils ont déjà travaillé, notamment au travers d’alliances dans les achats, fait plus de sens. Et cela sera aussi plus facile à faire valider par les autorités de la concurrence. ", explique à WanSquare Christine Kam, analyste chez Octo Finances.
Périmètre recentré
Car sans le même temps, Casino conserve, du moins à ce stade, ses formats de proximité, ses enseignes Franprix, Monoprix et les petites surfaces que convoitait justement Carrefour. La raison est simple. "Etant très majoritairement en franchise, les formats de proximité sont des formats ‘allégés’beaucoup moins exigeants en termes d’investissement et plus adaptés à la situation financière extrêmement difficile du groupe", observe de son côté Cédric Lecasble, Equity analyst Biens de Consommation chez Stifel. Et surtout rentables.
Casino a bien essayé, à un moment donné, de redresser les ventes de ses supermarchés et hypermarchés en investissant dans ses prix. "Mais cela a couté extrêmement cher et s’est finalement avéré un coup d’épée dans l’eau parce qu’il s’agit d’un effort qu’il faut tenir sur la durée. Et face à la concurrence des grands leaders que sont Leclerc et Carrefour, Casino n’a simplement plus les moyens de rester compétitifs", poursuit Cédric Lecasble.
De plus, tout en maintenant l’espoir d’un groupe Casino recentré sur un périmètre de formats de proximité viable économiquement, le cash qui serait récupéré des hypermarchés et supermarchés ne sera pas de trop pour aider à renflouer une situation financière partie a volo, compte tenu d’une dette de 6 milliards d’euros à fin 2022, qui s’élèverait même désormais 12 milliards d’euros selon le ministre de l’Economie.
De fait, la direction actuelle de Casino n’a plus beaucoup le choix. Si le groupe indique que son entrée en discussions exclusives avec Auchan Retail et le Groupement Les Mousquetaires a été approuvée par le consortium de repreneurs, la vérité est un peu plus abrupte. "La direction n’a plus son mot à dire, c’est la solution Kretinsky ou rien", confie un proche du dossier. Au rythme où s’enchaînent les profit warnings de la société, jugeant le risque trop important sur sa pérennité, les repreneurs préfèrent vendre les supermarchés avant la reprise. Et rien ne garantit d’ailleurs qu’ils ne choisissent pas in fine le chemin du démantèlement complet. Car même l’enseigne Monoprix considérée comme la pépite du groupe, à l’abandon depuis quasiment trois ans, va nécessiter d’importants investissements pour être relancée.
Un enjeu pour la place parisienne
Par ailleurs, du strict point de vue des créanciers, le cas Casino est très regardé. Depuis la réforme du droit des entreprises en difficultés et l’introduction de classes de parties affectées - ordonnance du 15 septembre 2021 -, "il s’agit du troisième dossier français d’ampleur, après Pierre & Vacances et Orpea, dans lequel des classes de partie affectées ont été appliquées. La question est de savoir si la balance penchera en faveur d’une solution consensuelle comme pour Pierre & Vacances, ou vers une solution beaucoup plus marquante et imposée, comme dans le dossier Orpea", souligne Laurent Cotret, avocat associé chez August Debouzy.
L’enjeu est d’importance alors que "le dossier Orpéa a fait beaucoup de mal à la place de Paris, avec la démonstration que les créanciers non sécurisés pouvaient se faire écraser contre leur gré", ajoute-t-il.
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