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Macro-économie / Taux / Eric Lombard / Caisses des Dépôts

Macro-économie / Taux
Eric Lombard / Caisses des Dépôts

exclusif L’année 2024 vue par… Eric Lombard / Directeur général de la Caisse des Dépôts

EXCLUSIF. WanSquare a demandé à des économistes et des dirigeants de grandes entreprises de livrer leur vision pour 2024 après une année 2023 marquée par le début de la désinflation, la multiplication des tensions géopolitiques, le boom de l’intelligence artificielle générative ou encore les premières retombées des resserrements monétaires sur l’économie réelle. Chaque jour nous publions leurs réponses aux questions que vous vous posez. Une série à lire, partager et conserver précieusement.
Eric Lombard, directeur général de la Caisse des Dépôts (Photo by JOEL SAGET / AFP)
Eric Lombard, directeur général de la Caisse des Dépôts (Photo by JOEL SAGET / AFP)

Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2024 ?

 

Notre scénario central prévoit un niveau légèrement inférieur à 1% en 2024 car nous identifions des freins à la croissance. Même si son rythme diminue, l’inflation continuera de peser sur la consommation des ménages et la production des entreprises. Il existe des contraintes d’offre sur le marché du travail, avec des difficultés de recrutement persistantes. Ce phénomène touche l’ensemble des secteurs d’activité, et pèse sur la croissance, mais également sur la capacité d’innovation des entreprises ou la qualité de nos services publics (éducation, santé, dépendance, etc.). Enfin, l’environnement géostratégique ou encore les événements climatiques ont bien sûr un impact sur la croissance.

Néanmoins, nous estimons que la croissance devrait repartir à la hausse à partir de 2025. La grande résilience de notre pays face aux crises, les dynamiques qui sont à l’œuvre en matière de transformation écologique, d’innovation et en faveur de la réindustrialisation nous permettent d’envisager l’avenir avec un certain optimisme.

 

De quelle manière les trois risques géopolitiques (guerre en Ukraine, conflit israélo-palestinien et élections présidentielles américaines) sont-ils susceptibles d’affecter vos prévisions budgétaires pour 2024 et comment anticipez-vous leurs impacts sur vos activités ?

 

Vous avez raison de souligner que le contexte géopolitique est extrêmement instable et nous avons vu, à travers la crise énergétique de 2022, l’impact qu’il peut avoir très concrètement sur la vie des Françaises et des Français ou les coûts des entreprises.

Ce contexte nous rappelle l’importance de renforcer nos souverainetés économiques dans des secteurs clés. Nous y contribuons en faisant de la réindustrialisation de notre pays une priorité. C’est un défi qui concentre désormais les énergies et les moyens, dont ceux de la Caisse des Dépôts pour favoriser l’innovation ou l’aménagement de nouveaux sites industriels.

Nous devons également accentuer nos efforts pour protéger les Françaises et les Français. C’est le rôle de la Caisse des Dépôts et qui s’incarne à travers les moyens considérables que nous mobilisons dans le secteur du logement. Je pense au plan d’investissement de 17 000 logements de CDC-Habitat, ou aux 6 milliards d’euros de prêts à taux bonifiés en faveur du secteur du logement social. Cela permettra de réduire les coûts de financement des opérations destinées aux ménages les plus modestes.

Enfin, ce contexte international, ne doit pas de nous dévier de notre cap, relever le défi de la transformation écologique de notre économie et notre pays. Les investissements considérables que nous réalisons dans les énergies renouvelables ou les réseaux de chaleur, dans l’eau, dans l’isolation des bâtiments, dans les mobilités décarbonées y contribuent.

 

La remontée des défaillances d’entreprises vous inquiète-t-elle et notamment concernant votre secteur d’activité ?

 

Les statistiques de l’Insee montrent effectivement une hausse des défaillances d’entreprises qui nous rapproche, en fait, du niveau constaté avant la période de crise sanitaire. Cette hausse est d’ailleurs, pour partie, liée à un effet de rattrapage postérieur à cette crise. Les dispositifs exceptionnels de soutien aux entreprises, notamment le prêt garanti par l’Etat, ont permis de limiter l’ampleur des fermetures d’entreprises.

Cette remontée des défaillances n’est pas, à ce stade, une source d’inquiétude mais elle doit nous encourager à nous mobiliser encore plus massivement pour financer et accompagner les projets d’entreprises, partout en France. C’est un objectif sur lequel les équipes de la Banque des Territoires et de Bpifrance sont à la manœuvre.

 

Comment anticipez-vous l’évolution de l’inflation dans vos différents métiers et le maintien ou l’amélioration de vos marges à plus longue échéance ?

 

D’abord, nous pensons que le pic de l’inflation est derrière nous et anticipons une baisse de celle-ci à compter de 2024 puis une stabilisation sur les années qui suivent. Ensuite, le rôle de la Caisse des Dépôts est à la fois de soutenir les dynamiques économiques du pays, et de l’accompagner lors de périodes plus difficiles, c’est notre rôle d’acteur économique contracyclique. Je ne mesure donc pas la réussite de la Caisse des Dépôts à notre niveau de marge – même si cet indicateur est important pour garantir notre capacité d’action à moyen terme – mais en regardant l‘impact de nos actions sur la santé économique de notre pays et pour renforcer la cohésion sociale.

 

Considérez-vous la transition énergétique comme une contrainte et un facteur supplémentaire d’inflation ou comme une opportunité de transformation et d’adaptation de vos métiers ? S’agissant de l’entreprise que vous dirigez, quel est le montant de son coût d’ici à 2030 ?

 

La transition énergétique, et plus globalement écologique, de notre pays est une opportunité pour accélérer notre transformation. Le coût de l’inaction, que l’ADEME vient d’évaluer à 260 milliards d’euros par an, serait d’ailleurs encore plus élevé. Il s’agit d’une obligation pour l’ensemble des acteurs publics et privés de notre pays et c’est un objectif extrêmement mobilisateur pour les équipes du groupe Caisse des Dépôts.

La question est donc plutôt d’interroger : la manière dont nous devons collectivement agir – en cela les travaux du gouvernement en faveur de la planification écologique dessinent une feuille de route claire – et les moyens qui devront être mobilisés. La dernière édition du panorama annuel des financements climat publié par l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) témoigne d’un réel élan dans notre pays. Le total des investissements privés et publics destinés à la transformation écologique devrait atteindre 108 milliards d’euros en 2023. Cela doit nous pousser à l’optimisme et à afficher des ambitions fortes.

C’est le cap que j’ai fixé au groupe Caisse des Dépôts à travers l’engagement de mobiliser 100 milliards d’euros sur les cinq ans à venir en faveur de la transformation écologique. Et si la mobilisation de ces moyens importants nécessite de réduire la rémunération du capital… faisons-le ! La responsabilité d’agir tout de suite et massivement est plus importante.

 

De quelle manière appréhendez-vous, dans vos métiers, les opportunités offertes par l’Intelligence artificielle, les supercalculateurs et le cloud ? Estimez-vous optimale la sécurité de votre entreprise face aux risques cyber ? De quelle manière vous armez-vous contre ces risques d’un nouveau type ?

 

Lutter contre les risques cyber est une priorité absolue pour les équipes risques et informatiques de la Caisse des Dépôts. Elle mobilise plus largement l’ensemble des collaborateurs qui sont formés et sensibilisés à cette menace. Nous y consacrons des moyens importants car les activités bancaires et financières dont nous avons la responsabilité nous expose fortement.

Plus largement, en matière de cybersécurité et de confiance dans le secteur numérique, le groupe Caisse des Dépôts souhaite avoir un effet d’entraînement pour tout l’écosystème français, public et privé, qui gère les données sensibles de nos concitoyens, par exemple dans les domaines de la santé ou de l’éducation. Nous venons de fêter le premier anniversaire de NumSpot qui réunit La Banque des Territoires, Docaposte, Dassault Systèmes et Bouygues Télécom pour créer une solution de cloud souverain. Nous souhaitons démontrer qu’il existe une alternative française, robuste et puissante en matière de cloud offrant sécurité, confidentialité et garanties dans l’utilisation des données.

 

Il a été beaucoup question de la "grande démission" avec la crise sanitaire, mais aussi de l’apparition du télétravail notamment dans le secteur tertiaire – avec à la clé une baisse de la compétitivité -. Comment vous adaptez-vous aux nouveaux modes de travail, aux nouvelles contraintes et aux nouvelles exigences de vos collaborateurs de manière à attirer et retenir les meilleurs talents ?

 

D’abord, même s’il ne peut être l’unique mode de relation de travail et qu’il est très important que les équipes passent du temps ensemble, je crois que le télétravail peut contribuer à la performance d’une organisation, quand il s’appuie sur des outils de travail adaptés et se développe dans une organisation qui favorise le travail collaboratif et l’autonomie des équipes. Ce sont des modes de fonctionnement que nous avons mis au cœur du modèle managérial de la Caisse des Dépôt et qui contribuent aujourd’hui à attirer et conserver les compétences et les talents au sein de notre organisation.

Pour atteindre cet objectif, nous mettons également en œuvre une politique de gestion des ressources humaines ambitieuse qui place au cœur de nos préoccupations : la qualité de vie au travail, le maintien du pouvoir d’achat des collaborateurs et collaboratrices du Groupe dans une période d’inflation, et la formation. En effet, la manière dont nous accompagnons les femmes et les hommes, qui font la force de notre organisation, doit être cohérente avec le sens de nos activités, résolument tournées vers l’intérêt général. Notre raison d’être est elle-même un véritable facteur d’attractivité.

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