Macro-économie / Taux / Estelle Brachlianoff / Veolia
Macro-économie / Taux
Estelle Brachlianoff / Veolia
L’année 2024 vue par… Estelle Brachlianoff /
Directrice générale de Veolia
Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2024 ?
En 2024, la transformation écologique continuera d’être au cœur de l’agenda politique et économique mondial, et c’est ce qui nourrit la croissance de Veolia. Je me réjouis de l’accord trouvé à la COP28 mi-décembre pour accélérer l’action climatique au niveau mondial. Le texte final rappelle l’objectif de neutralité carbone en 2050 et la nécessité de l’atteindre de manière juste, ordonnée et équitable. Il prévoit aussi un triplement des énergies renouvelables, un doublement de l’efficacité énergétique en 2030, l’opérationnalisation du fonds pour les pertes et préjudices et la mise en place d’un cadre en matière d’adaptation. Autant de sujets qui se traduiront par des projets et la mise en œuvre de solutions, partout dans le monde.
Le cœur de métier de Veolia coïncide avec cet agenda : décarbonation de l’industrie, qualité de l’air, recyclage des batteries et des plastiques, autant d’activités que nous développons et qui permettent notamment de raccourcir les chaînes d’approvisionnement.
Veolia développe en effet des solutions industrielles pour accélérer la décarbonation, la dépollution et la régénération des ressources.
Quel est le modèle de coopération le plus durable pour Veolia compte tenu des crises en cours ?
Le monde vit une époque incertaine. Dans un environnement multi-crises, il est essentiel d’agir collectivement et de mobiliser l’ensemble des parties prenantes notamment autour des enjeux de la lutte contre le changement climatique et d’adaptation. Je suis donc convaincue que le modèle qui permet le maximum de performance, d’efficacité et d’innovation, c’est le partenariat public-privé.
Cette approche nous a permis de développer des partenariats stratégiques avec une variété d’acteurs dans près de 44 pays et sur l’ensemble des continents, créant ainsi un écosystème dynamique, intégré et adapté aux spécificités de chaque territoire. Grâce à ce modèle, les citoyens et les territoires peuvent bénéficier de notre savoir-faire mondial, de notre capacité d’innovation et d’efficacité qui ont déjà fait leurs preuves dans les autres pays.
Ce modèle de coopération cherche à inclure l’ensemble des parties prenantes dans une vision globale de l’entreprise et de son impact. C’est ainsi que nous mesurons le succès chez Veolia au travers d’une performance plurielle, alignée avec la raison d’être de l’entreprise.
Comment anticipez-vous l’évolution de l’inflation dans vos différents métiers et comptez-vous maintenir votre compétitivité et votre élan économique ?
Face à l’évolution de l’inflation, Veolia maintient son élan. Après un premier semestre 2023 en forte croissance, Veolia a poursuivi sa dynamique, à un rythme comparable, avec une croissance solide de son chiffre d’affaires et de ses résultats. Grâce à notre discipline opérationnelle et financière et à notre dynamisme commercial, la performance pour les neuf premiers mois de 2023 est à nouveau excellente.
Performance qui s’appuie sur des fondamentaux solides comme notre résistance à l’inflation, grâce à l’indexation de 70 % de nos contrats sur les hausses de coûts, une très faible exposition à la conjoncture macroéconomique, mais aussi notre positionnement géographique diversifié avec notamment 40 % du chiffre d’affaires en dehors d’Europe dont 5 milliards de dollars aux Etats-Unis.
Le pilotage strict de l’ensemble de nos activités, comme l’exécution exemplaire des synergies à la suite du rapprochement avec Suez, portent leurs fruits, et les synergies sont même très en avance sur notre plan puisque nous avons atteint en 9 mois notre objectif annuel.
Le groupe continue de démontrer sa capacité à capitaliser sur le fort potentiel du marché des services environnementaux, porté par la croissance de la demande et le renforcement des réglementations, notamment sur la décarbonation, l’économie de la ressource en eau ou la dépollution. Cette dynamique commerciale s’est illustrée au troisième trimestre par le gain d’un contrat de 2 milliards d’euros à Hong Kong, ce qui permettra d’économiser 10 millions de tonnes de carbone, et des prises de commandes au plus haut à 3,1 milliards d’euros dans les technologies de traitement de l’eau, dont nous sommes leader.
Ces fondamentaux, un pilotage et un positionnement unique, nous permettent d’aborder l’avenir avec confiance et détermination.
Considérez-vous la transition énergétique comme une contrainte et un facteur supplémentaire d’inflation ou comme une opportunité de transformation et d’adaptation de vos métiers ? S’agissant de l’entreprise que vous dirigez, quel est le montant de son coût d’ici à 2030 ?
Je vois la transformation écologique et la transition énergétique en particulier comme des facteurs d’attractivité et de résilience des industries et des territoires in fine. C’est aussi un vrai défi en matière de compétitivité à court terme pour les territoires qui sont aujourd’hui en quête de souveraineté énergétique, et d’énergie abordable, disponible et propre.
Dans l’ensemble, il y a deux éléments du mix énergétique dont on ne parle pas assez, à mon avis : l’énergie issue des déchets, des eaux usées, et l’énergie résiduelle. En fin de compte, il s’agit de tout ce que les autres ne veulent pas ou ne veulent plus. Chez Veolia, on le transforme en énergie, produite et distribuée localement. L’énergie représente déjà environ un quart de notre chiffre d’affaires annuel (42,9 milliards d’euros en 2022).
Par ailleurs, nos équipes travaillent sur de nouvelles technologies et conçoivent des solutions innovantes pour accompagner cette transition énergétique à l’instar de notre offre Hubgrade qui permet de gagner 15-20 % de consommation énergétique sur les grands bâtiments, ou notre filiale Flexity qui permet de gérer intelligemment les consommations aux heures de pointe. La transition énergétique est un catalyseur de croissance pour les métiers de Veolia.
En ce qui concerne, la sortie des énergies fossiles, à l’occasion de la COP28, Veolia a réaffirmé son engagement d’investir 1,6 milliard d’euros d’ici 2030 pour sortir du charbon en Europe. A la fin de cette année 2023, Veolia aura déjà réalisé 500 millions d’euros d’investissement à ce titre, et permis de sortir par exemple la ville de Braunschweig en Allemagne de l’énergie au charbon. Ces projets, qui ont une rentabilité économique, sont autant de moyens de "décarboner" les villes ou les industries. Nous avons également réaffirmé notre ambition de neutralité carbone en 2050.
De quelle manière appréhendez-vous, dans vos métiers, les opportunités offertes par l’Intelligence artificielle, les supercalculateurs et le cloud ? Estimez-vous optimale la sécurité de votre entreprise face aux risques cyber ? De quelle manière vous armez-vous contre ces risques d’un nouveau type ?
L’IA générative, et plus globalement les nouvelles technologies, peuvent être un atout formidable d’accélération de la transformation écologique à condition qu’elles ne s’imposent pas comme une contrainte mais qu’elles soient au service de l’humain et par l’humain.
Pour réussir la transformation écologique, Veolia met au service des collectivités le meilleur de son expertise mondiale en matière de numérique et d’intelligence artificielle pour allier innovation technologique, sécurité et compétences humaines.
Si aujourd’hui, les solutions numériques, comme les capteurs digitaux dans les réseaux de distribution d’eau, le tri robotisé, la gestion intelligente de l’efficacité énergétique des bâtiments sont déjà des accélérateurs des solutions existantes, demain, l’évolution de l’intelligence artificielle (IA) va nous aider à imaginer et développer les 50 % des solutions qui restent à inventer.
Il s’agit cependant d’un sujet complexe, dont nous commençons à peine à mesurer l’ampleur. Il s’agit de maîtriser ces technologies qui ont le potentiel de devenir clé révolutionnaires pour nous aider dans notre lutte contre le dérèglement climatique et l’adaptation à ses conséquences, notamment sur la ressource en eau.
Il a été beaucoup question de la "grande démission" avec la crise sanitaire, mais aussi de l’apparition du télétravail notamment dans le secteur tertiaire – avec à la clé une baisse de la compétitivité -. Comment vous adaptez-vous aux nouveaux modes de travail, aux nouvelles contraintes et aux nouvelles exigences de vos collaborateurs de manière à attirer et retenir les meilleurs talents ?
Si l’innovation et l’économie des solutions ont de l’impact chez Veolia, c’est parce qu’elle est mise en œuvre sur le terrain par nos 213 000 "Ressourcers". Les hommes et les femmes qui forment les équipes de Veolia jouent, à cet égard, un rôle primordial. Ils sont les yeux et les oreilles de Veolia pour comprendre les besoins de nos clients. Ils en sont les porte-paroles pour expliquer et accompagner le déploiement de nos innovations. Les innovations forgées par Veolia sont, entre leurs mains, les outils concrets de la transformation écologique, dont ils sont aux avant-postes.
Nos collaborateurs sont donc au cœur de nos préoccupations. L’exemple le plus récent que je peux donner de cette préoccupation est sans aucun doute le lancement du programme mondial de protection sociale baptisée “Veolia Cares” : il vise à garantir un socle minimum de protection sociale de base pour chacun des 213 000 employés du groupe, même dans les pays où il n’existe pas d’obligations légales en la matière.
Si l’on se rappelle le contexte, pas si ancien, de la crise sanitaire liée au COVID-19, près de 80 % des collaborateurs de Veolia étaient en “deuxième ligne” sur le terrain pour assurer la continuité des services essentiels. Ils n’ont "rien lâché" pour garantir ces services utiles à tous. Et nous ont aussi rappelé qu’il y a des tâches que le télétravail ne permet pas dans une entreprise comme Veolia.
Et je suis particulièrement fière du taux d’engagement de nos salariés que nous avons atteint l’année dernière puisque 89 % d’entre eux nous indiquent qu’ils recommanderaient de travailler chez Veolia à leurs proches, se sentent bien dans leur travail au quotidien et perçoivent leur contribution à la transformation écologique. Quelle meilleure preuve !
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