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Macro-économie / Taux / Bertrand Rambaud / France Invest

Macro-économie / Taux
Bertrand Rambaud / France Invest

exclusif L’année 2024 vue par… Bertrand Rambaud / Président de France Invest

EXCLUSIF. WanSquare a demandé à des économistes et des dirigeants de grandes entreprises de livrer leur vision pour 2024 après une année 2023 marquée par le début de la désinflation, la multiplication des tensions géopolitiques, le boom de l’intelligence artificielle générative ou encore les premières retombées des resserrements monétaires sur l’économie réelle. Chaque jour nous publions leurs réponses aux questions que vous vous posez. Une série à lire, partager et conserver précieusement.
Bertrand Rambaud, président de France Invest
Bertrand Rambaud, président de France Invest

Quel est votre scénario de croissance pour l’Europe et la France ? De quelle manière les trois risques géopolitiques (guerre en Ukraine, conflit israélo-palestinien et les élections présidentielles américaines) affectent-ils vos prévisions ?

 

Difficile de s’attendre à revoir les taux de croissance de 2021 dans l’euphorie du rattrapage post-covid : nous allons sans doute revenir aux fondamentaux d’une croissance faible, au moins pour 2024, partout en Europe, dans un environnement moins porteur que les dix dernières années. La France s’en sortira peut-être un peu mieux que certains de ses voisins car elle est moins fortement affectée par les enjeux énergétiques, mais les leviers de croissance restent peu vigoureux et l’investissement des entreprises, qui a fortement soutenu la croissance en 2022, ne pourra probablement pas persister dans le contexte macroéconomique actuel. Nous rentrons parallèlement dans un monde de taux d’intérêt réels positifs, avec le reflux attendu de l’inflation, et ce même avec la stabilisation voire la baisse des taux d’intérêt anticipée pour 2024. C’est une nouvelle donne pour les entreprises qui ont vécu dans un monde de taux négatifs ces dix dernières années : le renforcement des fonds propres pour poursuivre les transformations sera essentiel.

Les risques géopolitiques affectent peu nos prévisions pour le moment, sauf nouveau choc. L’impact du conflit en Ukraine, sur le plan économique, est derrière nous, mais les risques politiques demeurent. Les tensions régionales au Proche-Orient n’ont pas d’impact direct à ce stade, mais il est clair qu’un blocage du commerce international en mer rouge aurait des conséquences fortes. Nos portefeuilles sont plus directement exposés aux US, et donc aux conséquences éventuelles des élections américaines. A court terme, l’approche des élections va plutôt inciter à une stabilisation voire une baisse des taux aux US, ce qui est positif.

Toutefois, même sans être exposé directement, l’ambiance globale d’instabilité est par nature défavorable aux activités de long terme que nous menons : cela contribue au repli de chaque zone régionale sur elle-même, au protectionnisme et l’instabilité devient elle-même génératrice de tensions.

Enfin, 2024 est une année d’élections européennes. Je suis toujours frappé du différentiel entre l’importance des enjeux européens, les décisions structurelles qui sont prises à Bruxelles, et la méconnaissance voire le désintérêt de nos concitoyens pour cette échéance.

 

La remontée des défaillances d’entreprises vous inquiète-t-elle ?

 

Les défaillances remontent, avec un effet de rattrapage par rapport à la période covid où les entreprises ont été très protégées, c’est un fait, et c’était attendu. Cela touche les TPE évidemment mais désormais aussi les PME et ETI. On relève également des difficultés de remboursement des PGE. Ces défaillances sont évidemment un point de vigilance, même si les portefeuilles de participation des acteurs du capital-investissement sont très peu touchés par les difficultés à date : ainsi, ces entreprises sont très soigneusement sélectionnées, notamment pour la qualité de leurs dirigeants, de leurs outils de gestion, et elles bénéficient d’un accompagnement de la part des investisseurs qui permet de prévenir les difficultés éventuelles. Toutefois, à l’échelle française beaucoup d’entreprises restent en déficit de fonds propres au moment, au moment où les taux réels redeviennent positifs et alors que se profilent des centaines de milliers de transmissions d’entreprise à réussir dans les dix prochaines années…

 

Comment se présentent les perspectives du marché du capital-investissement en 2024 après une année 2023 difficile ?

 

Les indicateurs d’activité sont, sans surprise, en retrait à mi-2023 et le ralentissement devrait s’observer sur toute l’année, à la fois sur les investissements, les cessions et les levées de fonds. Mais il faut relativiser ce ralentissement : le temps a émergé comme un facteur clé, modérant la dynamique de l’activité sans la gripper. En Europe, la France maintient sa résilience en tant que premier marché, principalement grâce à la vitalité du segment Midcap ; le ralentissement est toutefois plus prononcé, comme au niveau mondial pour les segments large cap et venture / growth.

 

En parallèle, les besoins des entreprises augmentent, en particulier avec les enjeux de financement liés à la transition écologique, et le secteur du capital investissement est positionné de manière unique pour répondre à ces besoins croissants.

 

Nous avons les moyens de continuer à accompagner l’économie : avec environ 60 milliards d’euros de réserves ("dry powder") à investir dans les entreprises, les perspectives pour 2024 semblent favorables, sous réserve de conditions macroéconomiques stables.

L’ajustement récent des valorisations facilitera également la reprise du marché. Dans le secteur du capital-risque, bien que les levées de fonds soient plus complexes et prolongées, une stabilisation des valorisations est observée, accompagnée d’une reprise de certaines opérations.

 

Enfin, la profession du capital investissement a acquis une importance significative au cours des dix dernières années, devenant un acteur incontournable du financement des entreprises, avec près de 10 000 entreprises accompagnées dont 8 000 en France. Le premier semestre de l’année 2024 présentera des défis persistants, notamment pour les levées de fonds, mais nous restons confiants sur notre pertinence pour l’économie et notre attractivité pour les investisseurs français comme étrangers à moyen terme.

 

Les Banques centrales ont fortement augmenté leurs taux d’intérêt, cela vous parait-il suffisant pour que l’inflation atteigne 2 % l’an ? Etes-vous en faveur du relèvement de cette cible ?

 

Les statistiques semblent montrer que l’inflation reflue rapidement en Europe et aux US, voire plus rapidement que prévu. La remontée des taux d’intérêts était sans doute nécessaire pour contenir cette inflation, mais les banques centrales ont frappé très fort, avec des effets d’entrainement entre elles, alors que la nature de l’inflation était au fond assez différente entre la zone euro et les US. La "machine" du financement, notamment en Europe a été assez fortement et durablement affectée par ce changement inédit de l’environnement de taux en très peu de temps. L’argent ne peut pas être gratuit bien sûr, et chacun savait que la sortie du monde de taux négatifs ou nuls aurait forcément des conséquences – même si l’écosystème financier tient relativement bien pour le moment – mais il faut retrouver un rythme équilibré et raisonnable. Faut-il pour autant remonter la cible d’inflation ? Sans être un spécialiste des politiques monétaires, je ne le crois pas : l’inflation, comme l’incertitude, est un poison pour l’entreprise et les ménages.

 

En début d’année, des banques américaines liées au secteur de la tech ont fait faillite et UBS a été contraint de se porter au secours de Crédit Suisse. Quel est, selon vous, le plus gros risque pour la stabilité financière qui pourrait apparaitre en 2024 ?

 

Je crois qu’il faut avant tout retenir des événements de 2023 qu’une régulation financière solide n’a pas que des inconvénients ! Nous avons la chance en Europe d’avoir des établissements bancaires solides. En soi, ces deux événements sont d’ailleurs des conséquences directes de la hausse des taux, et avec eux des coûts de la liquidité. L’Europe semble assez préservée pour l’heure, et ses intermédiaires financiers – assureurs en particulier – ont plutôt bien traversé 2023 alors que les risques, de liquidité notamment, étaient présents. Pour 2024, je crois que les risques sont principalement exogènes : un atterrissage plus lent ou moins favorable qu’anticipé sur le front de l’inflation ou des taux, un choc géopolitique avec des conséquences macroéconomiques, un enfoncement mondial de la crise de l’immobilier, tout cela peut conduire à assombrir le tableau de la phase de transition que nous connaissons depuis un monde de taux bas vers un monde à taux réels positifs.

 

Dans le cas de la France, la crise du logement constitue-t-elle une bombe à retardement ? Si oui, quelles mesures préconiseriez-vous pour la désamorcer ?

 

L’immobilier en France est un sujet sensible : à la fois placement financier, lieu de vie, sujet politique conflictuel, il concentre beaucoup d’enjeux. Cela représente une chaine de valeur très importante du financement de l’économie. C’est également un enjeu de société. On voit déjà les effets économiques des difficultés à se loger, en particulier dans les grandes villes. Nombre d’investisseurs se détournent désormais des placements locatifs vus comme trop risqués, pas assez rentables, notamment à cause des réglementations environnementales (par ailleurs nécessaires) … Il n’y a plus d’envie. Pourtant, chacun doit pouvoir se loger, et dans le contexte économique actuel, la propriété n’est plus accessible à beaucoup. Qui pourra financer ces logements manquants ? L’Etat n’en a plus les moyens. Il va falloir redonner envie aux français, et d’autres pays y sont parvenus. L’immobilier ne doit pas être considéré comme une rente mais un enjeu économique et sociétal majeur qui mérite une attention particulière et une fiscalité adaptée devenue beaucoup trop pénalisante aujourd’hui et encore plus dans un environnement de taux positifs. Certains prônent une flat tax en lieu et place de la taxe foncière, l’IFI, le revenu foncier, je ne sais pas si c’est la bonne solution mais cette piste doit être travaillée, car ce secteur aura besoin de mesures fortes et symboliques.

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