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Alstom et la tentation de jouer petit bras / Les détails du plan de désendettement tardent à venir
L'urgence est une notion floue chez Alstom. Depuis la panique provoquée à l’automne dernier par le milliard d’euros qui s’est avéré manquer subitement à son free cash-flow, suivie par l’annonce d’un plan visant à résorber une dette devenue incompatible avec une notation de crédit de catégorie investissement, les investisseurs n’attendent qu’une chose : le détail de son plan de désendettement de 2 milliards d’euros devant être mis en œuvre au moyen de mesures "inorganiques", c’est-à-dire ne reposant pas sur la seule génération de trésorerie de l’activité (puisqu’au contraire elle en détruit pour l’instant), en particulier le montant de l’augmentation de capital envisagée.
Or, il faudra patienter sur ce point et plus généralement sur la ventilation dudit plan de désendettement de 2 milliards d’euros, jusqu’au 8 mai prochain, "au plus tard ", soit lors de la publication des résultats annuels, a indiqué mercredi Alstom. A ce stade, " les processus de cession d’actifs progressent", permettant au groupe de confirmer la fourchette annoncée de produits de cessions de 500 millions à 1 milliard d’euro, tandis que la préparation des émissions de quasi fonds propres au niveau de filiales pour faire entrer des investisseurs minoritaires est "également en cours". Concernant le troisième volet, le plus sensible, les investisseurs – qui comme chacun sait ont horreur de l’incertitude – devront se contenter de savoir que "la faisabilité et le dimensionnement d’une augmentation de capital sont étudiés en parallèle ". Une formulation qui ferait presque penser qu’il s’agit d’une option facultative.
Ce qui malheureusement a peu de chance d’être le cas, en tout cas si le groupe souhaite éviter de voir sa note basculer en catégorie spéculative, et l’on imagine bien que ses dirigeants n’ont pas l’intention de jouer avec le feu en la matière. Alors qu’Alstom était endetté à hauteur de 3,4 milliards d'euros au 30 septembre, "si une augmentation de capital est menée, la qualité de crédit pourrait alors tendre vers une note BBB- ", note le cabinet Octo Finances, soit le dernier cran de la catégorie investissement. Mais que la qualité de crédit du groupe redevienne compatible avec cette exigence par le simple biais de cessions d'actifs et d’une émission d'hybrides et/ou d'obligations convertibles, sans augmentation de capital, ne lui semble en revanche pas plausible.
Moody’s a certes donné un an au groupe, à compter de début octobre, pour renforcer son bilan. Et à court terme, se contenter d’un plan de désendettement avec une option d'augmentation de capital "devrait en toute logique écarter le risque de dégradation en catégorie ‘high yield’ jusqu'en mai prochain ", poursuit Octo Finances. Il n’est pas certain cependant que les investisseurs aient la patience de l’agence de notation. Ils ont été peu sensibles mercredi aux nouvelles mises en avant par l’entreprise sur la croissance de 4,1 % de son chiffre d’affaires et la hausse de 5,8 % de ses prises de commandes sur le trimestre écoulé, ou la confirmation des objectifs annuels.
L’action Alstom a terminé la séance du jour en forte baisse de 5,5 %, à 11,25 euros. "Les investisseurs veulent être fixés sur les conditions de l'assainissement du bilan pour enfin tourner la page de cette longue période [de fragilité] qui dure déjà depuis plusieurs années", résume Jefferies. Et Alstom n’a probablement pas intérêt à "jouer petit bras", notamment face à des vendeurs à découvert toujours massivement positionnés à près de 20 % du capital.
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