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Forvia face à la nécessaire restructuration de son empreinte industrielle en Europe / Un nouveau défi après celui du désendettement
Un défi chasse l’autre chez Forvia. Quasiment deux ans jour pour jour après avoir absorbé l’équipementier automobile allemand Hella, opération d’envergure de 6,7 milliards d’euros, le groupe français a nettement amélioré une situation financière qui a beaucoup concentré les inquiétudes. Le groupe dirigé par Patrick Koller a bouclé l’an dernier le premier programme de cession d’un milliard d’euros lancé au second trimestre 2022, réduisant d’autant la dette nette. Ce faisant, le groupe a ramené son ratio de dette nette sur excédent brut d’exploitation (Ebitda) a 2,1 fois à fin 2023, alors qu’il avait dépassé le seuil rédhibitoire de 3 fois juste après l’acquisition de Hella.
En revanche, les perspectives de l’entreprise sont désormais assombries par une grande exposition au marché européen qui devient soudainement problématique. Une situation dont la prise de conscience semble bizarrement prendre tout le monde à contre-pied. Initialement séduits par la solidité des résultats 2023 de l’entreprise, qui a renoué avec les bénéfices l’an dernier, les investisseurs ont rapidement fait machine arrière, l’action Forvia chutant lundi de près de 13 %.
Le constat est le suivant. Entre 2019 et 2023, la production automobile européenne a reculé de 16 %, passant de 21,2 millions à 17,9 millions de véhicules légers, tandis qu’elle a bondi de 12 % en Asie, passant de 46,2 millions à 51,6 millions de véhicules légers. Conséquence, la part de l’Europe dans la production automobile mondiale a diminué de 4 points de pourcentage sur la période, à 20 %, quand celle de l’Asie a progressé de 52 % à 57 %. Et ce décalage devrait encore s’accentuer alors que "les dernières prévisions tablent sur une croissance quasi nulle de la production automobile européenne entre 2023 et 2030, tandis qu’elles anticipent une croissance de la production dans le reste du monde d’environ 9 % au cours de la même période", a indiqué Forvia.
Problème, la région EMEA représente 46 % du chiffre d’affaires du groupe, contre 27 % pour l’Asie. Afin de surmonter la difficulté, Forvia a donc présenté lundi un plan d’action, baptisé "EU-Forward", d’adaptation de son empreinte industrielle en Europe. Le projet, prévu pour s’étaler sur cinq ans de 2024 à 2028, va s’appuyer sur l’IA générative en tenant compte des surcapacités structurelles du groupe. Il vise à concentrer les efforts "sur l’ajustement du dispositif régional de production et de recherche et développement (R & D) au nouvel environnement européen", y compris d’ailleurs le calendrier d’interdiction des moteurs à combustion interne en Europe qui oblige l’ensemble de l’industrie à adapter sa structure et ses coûts à l’évolution de la réglementation.
Une démarche salutaire. "La volonté du groupe de s’attaquer à son manque de compétitivité en Europe constitue un signal positif", soulignent à cet égard les analystes d’Oddo BHF. Mais l’annonce vient aussi confirmer en creux que "la dynamique devrait rester difficile à long terme dans cette région", ajoutent-ils.
De plus, si l’objectif à horizon 2028 est d’économiser 500 millions d’euros environ par an et de porter la marge opérationnelle des activités européennes de 2,5 % en 2023 à plus de 7 %, le plan va coûter cher dans l’immédiat. Sur le plan du compte de résultat, les charges de restructuration dédiées à l’Europe devraient augmenter de 50 % entre 2024 et 2028 pour atteindre environ 1 milliard d’euros. Dans le même temps, le total des charges de restructuration devrait représenter près de 1,2 milliard d’euros, réparties à parts quasiment égales entre la période 2024-2025 et la période 2026-2028.
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