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La santé tire son épingle du jeu dans le private equity / Le début 2024 semble maintenir une bonne dynamique
Dans une industrie du private equity (PE) qui a tourné au ralenti en 2023, face à un contexte de taux d’intérêt élevés accompagné de pressions inflationnistes et d’une forte incertitude géopolitique, le secteur de la santé occupe une place un peu à part. Comme le souligne Bain dans son dernier rapport "Global healthcare private equity" pour l’année 2024, il a en effet "continué d'être une plaque tournante de l'activité de PE, comparé à l'ensemble des transactions dans le monde".
Une différenciation qui s’observe dans le déroulement même des processus de vente. Alors qu’ils étaient très courts et très concurrentiels en 2021 et en 2022, ils l’ont été beaucoup moins en 2023 de manière générale. Les fonds ont consacré davantage de ressources et plus de temps aux audits juridiques. Dans cet environnement où les processus ont été plus lents et un peu moins concurrentiels, "en revanche, la concurrence est restée vive et s'est clairement maintenue dans le secteur de la santé", souligne Diana Hund, associée au sein du département Private Equity du cabinet McDermott Will & Emery.
Les équipes du cabinet ont d’ailleurs été très actives sur ce secteur l'an dernier, "en particulier sur les plateformes de santé ou dans le domaine des dispositifs médicaux", indique Diana Hund, le cabinet ayant notamment conseillé Ardian lors de son entrée au capital de Théradial, un distributeur de dispositifs médicaux dédiés à la dialyse.
Des fonds plus sélectifs
A côté du private equity, où les fonds ne s’intéressent qu'aux sociétés déjà rentables, le tableau peut sembler un peu moins positif en apparence dans le domaine du capital-risque. "L'inflation, l'augmentation des taux, la difficulté d'obtention des financements, amènent les fonds à être plus prudents et beaucoup plus sélectifs. Il y a eu un certain nombre de tours de table internes, avec moins d’argent circulant et de nouveaux projets", note de son côté Anthony Paronneau, également associé au sein de McDermott Will & Emery. "Pour autant, il y quand même eu de belles levées de fonds en biotech, en medtech et en santé connectée", souligne-t-il.
En matière de santé connectée justement, McDermott Will & Emery était le conseil de Biocorp, medtech française spécialiste des dispositifs médicaux connectés, lors de sa vente au géant danois Novo Nordisk l’an dernier. Pêle-mêle, le cabinet a aussi accompagné un syndicat d’investisseurs internationaux lors de la levée de fonds de la biotech lyonnaise Amolyt Pharma de 130 millions d’euros l’an dernier, et conseillé Corteria Pharmaceuticals, une société française de biotechnologie spécialisée dans le développement de thérapies pour certaines formes d'insuffisance cardiaque, dans le cadre d’un tour de table de série A de 65 millions d’euros mené par deux nouveaux investisseurs, le français Jeito Capital et l'américain Orbimed. "Il est intéressant de constater la capacité des start-ups française à attirer des acteurs étrangers, notamment des fonds américains, dans des dossiers d’envergure", indique Anthony Paronneau.
Tendance à l’accélération dans la biotech
Côté M&A, parmi les acteurs les plus à même d’animer le marché des transactions du secteur figurent évidemment les pharmas à grande capitalisation ayant conservé l'accès à des capitaux à faible coût. Les mastodontes comme Novo Nordisk et Lilly, qui s’affirment comme les futurs leaders du colossal marché du traitement de l’obésité ont du cash à dépenser, capable d’irriguer davantage un secteur biopharmaceutique qui n’a pas fait de surplace l’an dernier.
En effet, outre le rachat à 43 milliards de dollars réalisé par Pfizer de la biotech Seagen, 22 transactions d'une valeur minimum de 1 milliard de dollars ont été annoncées en 2023, soit deux fois plus qu'en 2022. Et la tendance s’est accélérée à la fin de l’année. La société de gestion Janus Henderson a noté ainsi que près de la moitié de ces fusions et acquisitions étaient intervenues au cours des trois derniers mois de 2023, stimulées sans doute par la décision de la Federal Trade Commission américaine de permettre à Amgen de boucler l'acquisition d'Horizon Therapeutics pour 28 milliards de dollars, éliminant ainsi l'obstacle réglementaire.
"Une plus grande appétence des pharmas"
Véritable baromètre des investissements mondiaux dans le secteur de la santé, la conférence annuelle J.P. Morgan Healthcare qui s’est déroulée en janvier, "a donné le sentiment d’une plus grande appétence des pharmas", rapporte d’ailleurs Anthony Paronneau de McDermott Will & Emery.
"Les interlocuteurs que nous avons pu rencontrer étaient assez optimistes sur les perspectives de M&A en 2024", ajoute l’associé. Une tendance à laquelle l’IA générative semble appelée à contribuer de plus en plus. "Nous avons un champion français, Owkin, qui attire déjà beaucoup l’attention", rappelle-t-il. Sanofi avait investi 180 millions de dollars au capital de cette société qui utilise l'intelligence artificielle au service de la recherche de nouveaux médicaments. Et celle-ci a signé en décembre un accord avec l’américain MSD pour pour développer des diagnostics de cancer basés sur l'IA.
Et dans le private equity, le début 2024 semble maintenir la bonne dynamique de fin d’année 2023. "Beaucoup d'opérations se sont mises sur le marché et se poursuivent sur ce début d'année qui est beaucoup moins statique que l’an passé à la même époque", indique Diana Hund. Sans préjuger de la tendance à six mois, l’associée rappelle "que la durée de détention des actifs des fonds de private equity étant limitée, généralement entre quatre et six ans, il leur faudra trouver des solutions de liquidité." Sachant que par ailleurs, les fonds d’investissement disposent encore de beaucoup de dry powder, "il y a donc à la fois une offre et une demande assez forte", ajoute-t-elle.
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