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Allemagne : et si la crise énergétique ne menaçait pas son modèle économique ? / Une note du FMI dédramatise mais voit trois défis

Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, les observateurs font montre d’inquiétude à propos de l’Allemagne eu égard à la crise énergétique qui fragiliserait son modèle économique gourmand en gaz naturel, un gaz naturel qui fut longtemps disponible abondamment et à bas coût. Des chercheurs du Fonds monétaire international relativisent ce danger mais estiment que trois problèmes devront être résolus outre-Rhin : le vieillissement, le sous-investissement et l'excès de formalités administratives.
Olaf Scholz, chancelier fédéral d'Allemagne - KAY NIETFELD / DPA / DPA PICTURE-ALLIANCE VIA AFP
Olaf Scholz, chancelier fédéral d'Allemagne - KAY NIETFELD / DPA / DPA PICTURE-ALLIANCE VIA AFP

La crise énergétique pourrait bien être le cadet des soucis de l’Allemagne. C’est peu ou prou ce qui ressort du diagnostic fait par Harri Kemp et Galen Sher, deux chercheurs du Fonds monétaire international (FMI), dans une note évoquant la première économie européenne.

Alors que la guerre en Ukraine a fait exploser le prix du gaz naturel et entraîné une dégringolade des exportations russes de cette énergie fossile vers l’Allemagne (le gaz naturel russe représentait 15% de sa consommation intérieure brute d’énergie en 2019), la première économie du Vieux continent s’est contractée de 0,3% en 2023. Et son Produit intérieur brut (PIB) ne devrait progresser que de 0,1% cette année, d’après les cinq principaux instituts de conjoncture ultra-rhénans (DIW, IFO, IFW, IWH, RWI).

"Certains experts estiment que le modèle économique de l'Allemagne est irrémédiablement brisé. Selon eux, la forte croissance des décennies précédentes reposait sur l'importation de gaz russe bon marché, qui alimentait à son tour les industries exportatrices hautement compétitives de l'Allemagne. Ce gaz bon marché n'étant plus disponible, le modèle de production allemand ne fonctionne plus, c'est du moins ce que l'on dit", résument Harri Kemp et Galen Sher.

"Il est certainement vrai que la fermeture du gaz russe en 2022 a contribué à la flambée de l'inflation et aux pressions exercées sur le coût de la vie", reconnaissent les deux économistes, mais ils notent que "la hausse des prix du gaz s'est avérée temporaire. Après avoir grimpé en flèche en 2022, les prix de gros du gaz sont maintenant retombés aux niveaux de 2018 ".

Ses termes de l'échange (les prix à l'exportation rapportés aux prix à l'importation) sont d’ailleurs revenus au même niveau qu'avant le choc énergétique. "L'excédent commercial de l'Allemagne a atteint 4,3 % du PIB l'année dernière, ce qui est inférieur aux excédents excessivement élevés des années précédant la pandémie, mais supérieur à la moyenne des deux dernières décennies, et il est probable qu'il augmentera encore cette année", prévoient les chercheurs, qui jugent exagérées les craintes d'une désindustrialisation généralisée.

S’ils concèdent que les industries chimiques, métallurgiques et papetières, grandes consommatrices d'énergie, se sont contractées, ils rappellent qu’elles ne représentent que 4 % de l'économie. Par rapport à la période pré-guerre en Ukraine, la production industrielle allemande a tout de même reculé de 6,5%. La valeur ajoutée manufacturière est néanmoins restée stable, font remarquer Harri Kemp et Galen Sher, indiquant que les fabricants allemands se sont adaptés à la crise énergétique et aux perturbations de la chaîne d'approvisionnement en se tournant vers des produits à plus forte valeur ajoutée et en utilisant moins d'intrants.

Cette crise ne demeurera ainsi guère un problème structurel, contrairement au vieillissement de la population, selon eux. Il faut dire qu'au cours de la prochaine décennie, l'offre de main-d'œuvre pourrait diminuer de 3 millions de personnes, soit une baisse de 7 %, un record au sein du G-7. "Cela exercera une pression à la baisse sur le PIB par habitant, car il y aura moins de travailleurs pour chaque retraité. En l'absence de réformes, les cotisations de sécurité sociale augmenteront et les pensions diminueront. Enfin, une population plus âgée augmentera la demande de services de santé, ce qui détournera des travailleurs d'autres secteurs d'activité. Les pénuries de main-d'œuvre pourraient également décourager l'investissement", soulignent les chercheurs.

L'augmentation de l'immigration pourrait participer à contrer ce phénomène, en outre l'Allemagne pourrait également accroître son offre de main-d'œuvre en facilitant l'allongement du temps de travail des femmes. Il y a 2,3 millions de femmes de moins que d'hommes qui travaillent, et les femmes sont cinq fois plus susceptibles de travailler à temps partiel. "L'élargissement de l'accès à des services de garde d'enfants fiables et la réduction des impôts pour les seconds salaires dans les couples mariés pourraient contribuer à combler ces écarts", expliquent Harri Kemp et Galen Sher.

Une accélération des gains de productivité ne serait ainsi pas de refus. Oui mais voilà : l'investissement public qui peut être porteur de ces gains fait défaut en Allemagne (il a à peine suffi à compenser la dépréciation durant les dernières décennies) qui investit moins que le Canada, le Japon, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la France ou encore les Etats-Unis.

Pour le stimuler, l'Allemagne pourrait notamment ajuster les limites du "frein à l'endettement" sur les emprunts fédéraux, un sujet qui fait débat dans la coalition gouvernementale tricolore. Pour mémoire, depuis 2009, les règles budgétaires de Allemagne lui interdisent, sauf circonstances exceptionnelles, d'afficher un déficit public structurel (solde ajusté des effets du cycle économique) supérieur à 0,35 % du PIB. Cela a permis de faire refluer le ratio d'endettement de 22 points de PIB en l’espace de neuf ans à 59,6% avant la crise pandémique. Ce "frein à l'endettement" pourrait être assoupli d'environ 1 % du PIB tout en permettant à la dette publique de diminuer en pourcentage du PIB, d'après les calculs du FMI.

La productivité pourrait également être améliorée en réduisant les formalités administratives : il faut 120 jours pour obtenir une licence d'exploitation en Allemagne, soit plus du double de la moyenne de l'OCDE. "La numérisation des services publics pourrait également accélérer les processus. L'Allemagne est à la traîne par rapport à d'autres pays de l'UE pour ce qui est de l'offre de services en ligne aux entreprises, notamment en matière d'enregistrement et de déclaration fiscale. Par exemple, seuls 43 % des services publics préremplissent les données personnelles sur les formulaires en ligne, alors que la moyenne européenne est de 68 %", rapporte la note.

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