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Atos / Daniel Kretinsky / David Layani
Dernière ligne droite pour le sauvetage d’Atos / David Layani et Daniel Kretinsky face à face
Quatre offres reçues, dont trois ont été retenues par le conseil d’administration d’Atos. A la lecture des propositions déposées le 3 mai par ses prétendants, il ne fait pas de doute que le groupe informatique en péril sera sauvé. Reste à savoir sous quelle forme, quel périmètre, et quelle sera la structure financière de l’entreprise une fois remise à flot. Car tous les scénarios ne se valent pas, sachant qu’ils ne sont pas non plus figés dans le marbre. "Atos travaillera avec ses créanciers financiers pour sélectionner d'ici le 31 mai 2024 une solution de restructuration financière qui sera acceptable pour eux et cohérente avec les paramètres financiers de la société", a indiqué lundi le groupe.
Le géant américain du private equity Bain Capital, qui avait comme atout de taille de pouvoir marier Atos au groupe français de services numériques Inetum, qu’il avait acquis en 2022, ne participera pas à ces aller-retours, faute d’avoir respecté lesdits paramètres. Son offre ne portait que sur une partie des activités d’Atos.
Les créanciers présentent un front uni
La surprise est venue des créanciers, qui ont déposé une offre commune destinée à financer la totalité du plan de sauvetage. Une unité affichée qui est rare dans ce type de procédure entre le groupe de porteurs d'obligations (hedge funds ou investisseurs institutionnels plus traditionnels tels qu’Amundi ou Arkea) et les banques (BNP Paribas, Société Générale, CIC, Natixis, Commerzbank, ou encore Barclays).
Prêts à injecter immédiatement 1,2 milliard d'euros dans Atos, conformément au besoin exprimé par le groupe, qui a estimé la semaine passée avoir besoin de 1,1 milliard d’euros de liquidités pour son activité en 2024-2025, ils se montrent relativement frileux en revanche en termes de réduction de la dette du groupe. Puisque leur proposition constituerait à convertir seulement 1,8 milliard d’euros de dette en capital, soit beaucoup moins que le "haircut" de 3,2 milliards d’euros jugé nécessaire par Atos. Elle est même en deçà des premières estimations d’Atos. De quoi faire s’interroger sur la viabilité d’un scénario qui peut paraître difficilement compatible avec le retour ciblé à une notation de crédit "BB" d'ici 2026.
Cette offre des créanciers n’a pas vocation de toute façon à aboutir seule sans l’entrée d’un actionnaire de référence industriel. C’est là qu’interviennent l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky, d’un côté, et David Layani, le premier actionnaire d’Atos, de l’autre. Dans la bataille que les deux vont se livrer au cours des prochaines semaines pour le contrôle d’Atos, le premier part avec un certain avantage financier.
Écrasement de la dette quasi-total
Associé au fonds britannique Attestor, avec lequel il s’est déjà illustré lors de la reprise du distributeur Casino, Daniel Kretinsky propose la réduction de dette la plus ambitieuse. Il demande une extinction de créance de 90%, qui ramènerait la dette de 4,8 milliards d’euros à 450 millions d’euros, soit un écrasement quasi-total, à l’image de ce qu’il a pu réaliser chez Casino, qui risque évidemment de déplaire aux créanciers.
Sur le plan des liquidités, il est prêt à apporter 600 millions d’euros de fonds propres, 500 millions d’euros de cautionnement pour les contrats, 300 millions d’euros d’affacturage et 500 millions d’euros de crédit revolving.
En termes stratégique, sur la question de savoir si Atos doit être scindé, voire démantelé ou demeurer un groupe uni, Daniel Kretinsky est "flexible, sans position dogmatique prédéfinie". Ce qui ne va pas l’aider non plus à s’attirer les bonnes grâces des créanciers qui souhaitent préserver l’intégrité de l’entreprise.
Vision industrielle
Sur ce point, l’offre de David Layani, qui entend conserver tel quel le périmètre d'Atos, semble plus à même de leur convenir, d’autant que le patron de la société Onepoint, associé pour l’occasion à l’homme d’affaires Walter Butler, souhaite, lui, rester dans l'ordre de grandeur d'effacement de la dette préconisé par la direction. Son point faible est financier. Onepoint propose seulement 250 millions d’euros de fonds propres, montant porté à 350 millions d’euros, avec l’aide de David Layani en son nom propre, d’autre hauts dirigeants de Onepoint, et de Walter Butler.
Mais son point fort est sa vision industrielle. "Grâce au plan industriel que nous avons élaboré, nous pouvons viser, dans les prochaines années, une croissance organique de 6 à 8 % par an, une marge d'exploitation à deux chiffres et une conversion de trésorerie de 80 %", explique le consortium Onepoint, qui souhaite tout à la fois améliorer le taux d’utilisation des capacités de production du groupe, "faire évoluer l'activité vers une combinaison de services à plus forte valeur par projet", et reconnecter les différentes activités d’Atos en "tirant parti des synergies". Si son offre est choisie, David Layani serait nommé PDG. Il devra pour cela convaincre de ses capacités à redresser une entreprise de la taille d’Atos, trente fois plus grande que Onepoint.
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