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Evenements / Seb / Assemblée générale / PFAS / Gouvernance

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Seb : l’assemblée générale tourne au règlement de comptes familial / Les actionnaires font front commun contre Fédéractive

Après plusieurs semaines de tentatives de déstabilisation, le groupement Fédéractive, deuxième actionnaire de Seb, a vu finalement ses résolutions être très largement rejetées en assemblée générale ce jeudi après-midi. Un évènement qui fut aussi l’occasion pour le président du conseil d’administration, Thierry de La Tour d'Artaise, de rétablir la vérité sur les différentes actions stratégiques menées par son entreprise.
Thierry de La Tour d'Artaise, président du conseil d'administration de Seb (Photo by GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)
Thierry de La Tour d'Artaise, président du conseil d'administration de Seb (Photo by GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Dans le cru 2024 des assemblées générales d’entreprises, il faudra retenir celle du groupe Seb, tant l’ambiance était électrique ce jeudi après-midi, au palais Brongniart. Trois résolutions, issues du groupe d’actionnaires Fédéractive, réunissant des descendants du groupe fondateur et représentant 7,2 % du capital et 9,5 % des droits de vote au 31 décembre dernier (deuxième actionnaire de Seb et minoritaire), étaient en effet soumises aux votes.

 

Des résolutions qui nuisent au fonctionnement du conseil d’administration

 

La première consistait, une nouvelle fois - une résolution similaire avait déjà été déposée lors d’une précédente assemblée -, à nommer Pascal Girardot, président de Fédéractive, administrateur, après le départ de la représentante du groupement, Delphine Bertrand, poussée selon lui à la démission. Pour mémoire, il a déjà siégé au conseil de 2006 à 2017 et faisait partie du comité des nominations et des rémunérations. Les deux autres résolutions déposées visaient quant à elles à abaisser la limite d’âge pour exercer les fonctions d’administrateur et de président du conseil d’administration de 75 à 72 ans.

Ces trois résolutions n’avaient pas été agréées par le conseil d’administration de Seb, rappelant qu’il se conformait à la loi imposant que ses membres âgés de plus de 70 ans ne dépassent pas un tiers de l’ensemble du conseil. "La moyenne d’âge y est de 55 ans, nous en sommes encore très loin. Ces résolutions ne nous paraissent donc pas opportunes et encore moins celle concernant la limite d’âge du président qui n’aurait que pour seul effet de limiter le temps nécessaire pour organiser le plan de succession dans la sérénité ", a expliqué Philippe Sumeire, directeur général juridique et secrétaire du conseil d’administration de Seb.

 

"Vendez vos titres Seb ! "

 

Si au final, ces résolutions ont été très largement rejetées par les actionnaires, à plus de 85 % des votes, il n’en reste pas moins que la traditionnelle séance de questions fut animée.

D’abord, Pascal Girardot a défendu sa candidature, justifiée par ses inquiétudes allant tour à tour des moindres performances financières du groupe dans son activité grand public en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord et du cours de Bourse jugé bien inférieur à celui du concurrent Delonghi ; de la stratégie d’acquisitions de "cibles de petite taille difficiles à intégrer, trop dispersées et onéreuses" ; et du risque que prend Seb en mettant dans la balance la suppression de centaines d’emplois de l’usine Tefal de Rumilly (Haute-Savoie) pour tenter d’empêcher l’adoption de la proposition de loi, déposée par le député Nicolas Thierry, visant à interdire tous les polluants éternels (PFAS) sans distinction.

Pascal Girardot a par ailleurs indiqué avoir saisi l’Autorité des marchés financiers (AMF) à la suite d’un échange avec un membre du comité de direction concernant la campagne publique que Fédéractive mène depuis des semaines dans la presse pour critiquer l’entreprise.

La réponse du président du conseil, Thierry de la Tour d’Artaise, fut cinglante. "Vendez vos titres Seb et achetez du Delonghi, je vous en prie, allez-y. Si vous ne croyez pas en notre modèle, je ne sais pas ce que vous faites dans cette salle ", lui a-t-il rétorqué. "Vous faites allusion à la rentabilité du groupe en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord, or vous n’avez pas les données puisque nous ne les publions pas. Je crois que nous avons démontré au cours des 18 derniers mois que nous étions capables de redresser l’activité très impactée par la crise sanitaire. Je suis atterré par la singularité de votre analyse financière", lui a répondu de son côté le directeur général, Stanislas de Gramont.

De fait, l’année dernière, Seb a renoué avec la croissance avec un chiffre d’affaires à plus de 8 milliards d’euros (+5,3 % en organique par rapport à 2022), tiré par une reprise progressive des ventes depuis le deuxième trimestre et la catégorie grand public (7,045 milliards de chiffre d’affaires en 2023). La marge opérationnelle a progressé de plus de 130 points de base par rapport à 2022, à 9,1 %. Le résultat net a quant à lui atteint un des niveaux les plus hauts de l’histoire du groupe à 386 millions d’euros.

 

Des pépites qui se développent très bien

 

"Concernant les petites acquisitions, vous avez très mauvaise mémoire, parce que la plupart de celles que nous avons faites lorsque vous étiez au conseil étaient de petite taille. C’est ce que nous faisons toujours pour une raison très simple : quand elles sont petites, elles coûtent moins cher et nous préférons les développer une fois qu’elles sont chez nous. Parfois nous achetons des sociétés déjà mûres, qui nous apportent une position mondiale, comme ce fut le cas avec WMF (équipement hôtelier). Mais quand nous avons acheté Supor (autocuiseur) en Chine pour 335 millions d’euros, soit rien à voir avec le 1,6 milliard déboursé pour WMF, l’entreprise faisait moins de 150 millions de chiffre d’affaires. Aujourd’hui, les ventes de cette société s’affichent à 2 milliards en Chine et elle a une valorisation à la Bourse de Shenzhen de plus de 5 milliards ", lui a ensuite lancé Thierry de la Tour d’Artaise, ajoutant : "vous pouvez donner des cours sur les acquisitions, je pense que pour nos actionnaires ce ne sont pas de si mauvaises affaires. Les pépites que nous identifions et que nous achetons, nous essayons le plus vite possible de les développer ".

 

Une non-toxicité des PTFE scientifiquement prouvée

 

Sur le sujet des PFAS, il a en outre conseillé à Pascal Girardot de prendre "des cours de physique ". Plus tôt, le groupe s’était en effet livré à un long exposé sur les polluants éternels et sur sa mobilisation face au projet de texte qui sera examiné le 30 mai en séance publique au Sénat. " Nous soutenons le texte mais pas dans son intégralité. Il y a en effet deux types de PFAS, ceux qui effectivement par leur nature peuvent être dangereux et les polymères (PTFE) qui ne sont pas considérés comme tels du fait de leur poids moléculaire. Les scientifiques ont prouvé en effet que les PFAS préoccupants sont petits et ont une masse moléculaire très faible. L’agence de sécurité européenne de santé alimentaire (EFSA) a estimé que jusqu’à 1 000 daltons, une molécule était dangereuse. Or, la masse des PTFE que nous utilisons pour nos poêles se mesure en millions voire en dizaines de millions. Plus de 90 études ont montré l’absence de toxicité des PTFE. Il faut donc arrêter de dire n’importe quoi, d’autant que la santé et la sécurité de nos collaborateurs et de nos consommateurs sont et seront toujours notre priorité absolue", a déclaré le président du conseil d’administration.

 

Devoir de réserve

 

Des propos soutenus et remerciés par la représentante des salariés de l’entreprise, qui a salué la mobilisation continue du président et de la direction générale face à la "catastrophe" que l’adoption de la proposition de loi serait pour l’entreprise de Rumilly. "L’attaque dont fait l’objet la direction du groupe est incongrue. Nous sommes convaincus de l’éthique et de la responsabilité de l’entreprise. Tefal a été malmené par les fake-news sur les réseaux sociaux ", s’est-elle exprimée, rejointe quelques instants plus tard, par un représentant du groupement du concert familial, actionnaire majoritaire de Seb avec 34,2 % du capital et 40,1 % des droits de vote. Jean-Pierre Duprieu a lui aussi tenu à prendre la parole, en qualité d’administrateur indépendant, pour exprimer "son choc face à la décision de Fédéractive de passer par la presse ou en achetant des encarts publicitaires pour critiquer Seb et divulguer des informations que le devoir de réserve appellerait au contraire à ne pas rendre publiques ". Des soutiens appréciés par Thierry de La Tour d’Artaise qui a quant à lui assuré au membre du comité de direction générale qui a été signalé à l’AMF par Pascal Girardot, son "soutien éternel".

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