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Feuilleton de l'été / Vauban Infrastructure Partners / Mounir Corm / Portrait

Feuilleton de l'été
Vauban Infrastructure Partners / Mounir Corm / Portrait

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Mounir Corm, directeur général délégué et co-fondateur de Vauban Infrastructure Partners

EXCLUSIF. Pour Mounir Corm, la souveraineté d’un État passe nécessairement par ses infrastructures essentielles. Tel le Comte de Vauban, qui a inspiré le nom de la société de gestion qu’il a co-fondée avec Gwenola Chambon, ce Libanais d’origine se plaît ainsi à penser aménagement du territoire, et pas seulement pour la France, autour des besoins de son époque, sans pour autant en oublier une logique de rendement… ou la musique, l’une de ses nombreuses passions.
Mounir Corm (©Vauban Infrastructure Partners)
Mounir Corm (©Vauban Infrastructure Partners)

Dans la galaxie des sociétés de gestion, il y en a une assez discrète mais qui œuvre à la souveraineté de la France : Vauban Infrastructure Partners (près de 10 milliards d’euros d’actifs sous gestion), créée en 2020 et issue d’une partie des équipes de Natixis Investment Managers puis de Mirova. Elle a été co-fondée par Gwenola Chambon, qui vient de prendre la présidence du conseil d’administration de la Cité de la musique, et par Mounir Corm, directeur général délégué et associé.

L’année dernière, et avec le soutien de la Caisse des Dépôts, le fonds d’investissement a racheté la société Coriance, jusqu’alors propriété de l’australien Igneo Infrastructure Partners depuis 2016. Une opération qui valorisait l’entreprise à environ 1,5 milliard d’euros (soit 20 fois son excédent brut d’exploitation) et qui marquait le "réancrage" stratégique du troisième opérateur de réseaux de chaleur sur le territoire. "Nous avons la particularité d’être un investisseur dans les infrastructures essentielles, avec un angle de long terme. Nous investissons sur 20-25 ans en canalisant l‘épargne collectée par les assurances et les caisses de retraite, ce qui permet d’aligner les intérêts des parties prenantes et d’assurer le succès des projets d’infrastructure. Nous gardons bien sûr une logique de rendement à long terme, mais adaptée à la nature essentielle des infrastructures", explique Mounir Corm dans un entretien accordé à WanSquare.

 

Répondre aux besoins de l’époque

 

Le nom de Vauban n’a pas été choisi au hasard. "Nous avons décidé d’honorer sa mémoire, ingénieur militaire et réformateur politique, mais aussi véritable précurseur des Lumières par la manière dont il a su transformer les fondations sociales et physiques des infrastructures nationales en France. Le Comte de Vauban fut ainsi l’un des premiers à penser l’aménagement du territoire et de ce fait l’idée même d’infrastructure. Par le choix de ce nom, nous assumons que l’infrastructure est une expertise française ", nous indique ce passionné du sujet, qui suit une formation de direction d’orchestre depuis quelques années et va lancer prochainement la constitution de "l’infr’Harmonique" avec des musiciens du secteur.

Ainsi, la société de gestion entend bâtir dans quatre grands secteurs : la mobilité, la transition énergétique, le digital et l’infrastructure sociale. "Nous avons fait évoluer progressivement, au cours des 15 dernières années, notre politique d’investissement, en sortant les actifs les plus carbonés. Notre portefeuille est aujourd’hui aligné sur une trajectoire 2 degrés ", se félicite Mounir Corm.

Parmi les participations de la société, l’on retrouve le leader mondial du stationnement, Indigo, dont il est vice-président du conseil d’administration, Axione, codétenu par Equans (groupe Bouygues) et expert de la fibre optique avec 16 millions de prises en France. À l’international, Vauban Infrastructure est actionnaire du métro de Malaga, en Espagne, etc. "Il y a un autre actif, certes petit mais qui me tient tout particulièrement à cœur (ce Méditerranéen est un fervent support de l’OM, ndlr), c’est le stade vélodrome de Marseille. Nous avons remporté un appel d’offres en 2010 et nous l’avons rénové pour l’Euro 2016 ", nous confie le directeur général délégué, né au Liban en 1983 et qui suit de près l’évolution de son pays d’origine. Il a publié "Pour une IIIe République libanaise " (éditions L’Harmattan) en 2012, une réflexion sur les évolutions possibles des institutions libanaises afin de permettre la construction d’un État civil dans un pays où justement, l’absence et la faillite de l’État ont rendu impossible l’aménagement et le développement.

 

Un symbole de la souveraineté

 

Il faut dire que Mounir Corm a toujours été animé par les questions de politiques publiques et d’aménagement du territoire. "Un projet d’infrastructure est à la jonction de ces deux problématiques. D’autant que l’une des clés de la réussite d’un tel projet est l’alignement des parties prenantes. Dans toutes nos opérations, échangent quasiment systématiquement une autorité de régulation, un acteur public, des usagers, un industriel qui construit, des banques qui financent et nous qui investissons ", rappelle-t-il.

Son engagement pour la souveraineté d’un État se retrouve dès sa formation. Diplômé de Sciences Po Paris, puis d’HEC, il débutera sa carrière par un stage au Commissariat général du Plan, devenu France Stratégie, et piloté alors par Alain Etchegoyen. "C’était une très belle institution, successeure de la Datar, la délégation interministérielle à l’aménagement du territoire. J’y ai écrit beaucoup des notes de prospective économique ", se souvient Mounir Corm.

En 2006, il rejoint PwC comme consultant. "J’ai commencé dans le conseil au secteur public sur des projets d’infrastructures ", nous indique-t-il.

Très vite toutefois, il partira chez Natixis, puis Natixis Investment Managers et deviendra directeur adjoint de l’activité Infrastructures généralistes de Mirova. "L’un des anciens associés de chez PwC m’a proposé de le suivre pour gérer un fonds sur les infrastructures chez Natixis, FiDEPP, lancé en 2005 et premier fonds dédié aux partenariats public-privé qui investissait l’argent des caisses, novateur pour l’époque. Nous avons participé à des projets pour lrénovation des stades, le ministère de la Défense à Balard à Paris, le zoo de Vincennes, le plan Campus etc. Ce fonds a rencontré un franc succès car pendant la crise financière de 2008, les infrastructures ont été perçues comme un levier de relance ", nous relate Mounir Corm.

L’année 2010 signe l’arrivée de Gwenola Chambon, venue de chez BNP Paribas. " Elle m’a proposé de monter un fonds dédié aux infrastructures existantes dans un contexte de crise des dettes souveraines et de baisse massive des taux, ce qui avait profondément changé la nature de notre métier. Les investissements publics nouveaux étaient en effet rendus impossibles du fait des contraintes budgétaires publiques et les assureurs et les caisses de retraite cherchaient à avoir du rendement récurrent ", poursuit-il.

 

Cap sur les États-Unis ?

 

Forts de plus de 2 milliards d’euros investis en fonds propres en Europe, ils décident alors d’émanciper l’équipe infrastructure de Mirova pour créer Vauban Infrastructure Partners. Gwenola Chambon assurera la direction générale tandis que Mounir Corm prendra la fonction de directeur général délégué. "Une vraie aventure entrepreneuriale", souligne-t-il. En 2020, l’Autorité des marchés financiers leur attribuera leur agrément et l’activité démarrera officiellement le 10 janvier 2020… soit quelques semaines à peine avant le premier confinement ordonné dans le cadre de crise sanitaire.

"Le stress fut d’abord énorme, car nous nous étions endettés pour racheter les parts de Natixis dans notre activité. La performance de nos actifs dépendait de la poursuite des activités. Finalement, nos investissements se sont très bien tenus. Mieux : lrésistance et le caractère essentiel des infrastructures durant la pandémie de Covid-19 ont été un accélérateur pour notre marché ", constate l’associé.

Aujourd’hui, Vauban Infrastructures Partners songe à se diversifier, en vue d’atteindre pourquoi pas les 20 milliards d’euros d’actifs sous gestion d’ici 2030. Si la société compte poursuivre ses investissements en Europe en montant peut-être une nouvelle stratégie d’investissement dans la décarbonation, elle regarde aussi du côté des États-Unis, pays très en retard sur la rénovation de ses infrastructures. "C’est un sujet en pleine explosion Outre-Atlantique, le président Joe Biden ayant présenté un plan Infrastructure à plus de 1 000 milliards de dollars en 2021 pour rénover les ponts, les routes, les aéroports, soutenir la décarbonation de l’énergie etc. ", s’enthousiasme Mounir Corm.

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