Feuilleton de l'été / Lazard / Marion Cossin / Portrait
Feuilleton de l'été
Lazard / Marion Cossin / Portrait
Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain /
Marion Cossin, associée-gérante chez Lazard, à la tête de l'activité Private Capital Advisory à Paris
Marion Cossin se distingue dans le monde de la banque d’affaires. Elle est l’une des femmes à avoir accédé au rang d’associée-gérante chez Lazard. La reconnaissance d’un parcours exemplaire et très prometteur au sein du groupe qu’elle a rejoint il y a un peu plus de 10 ans, en 2013.
Si Marion Cossin, 38 ans, est aujourd’hui à la tête de l’équipe Private Capital Advisory (PCA) à Paris, spécialisée dans les fonds de continuation et les opérations secondaires, elle a pourtant démarré tout en bas de l’échelle comme analyste, au sein de l’équipe PCA à Londres. "J’ai évolué avec le marché du secondaire qui a connu une croissance très forte. Cela m’a permis très tôt de prendre de nombreuses responsabilités. À l’époque, l’équipe était en effet très petite. Nous étions seulement trois à exercer cette activité en Europe ", reconnaît-elle dans un entretien accordé à WanSquare.
Faire partie des pionniers
En 2018, elle signera son retour à Paris. Il faut dire que Marion Cossin avait, avant cela, passé une grande partie de sa vie à l’étranger. Elle a grandi à Washington, a souvent visité le Japon (sa première passion) et a suivi ses études à Oxford (avant Sciences Po et Columbia) en Angleterre où elle a aussi démarré sa carrière, en 2011, chez Crédit Suisse. "J’ai commencé en fusions-acquisitions au sein de l’équipe TMT", nous précise-t-elle, nous faisant remarquer que "cette expérience fut une très bonne école de la rigueur des chiffres, de l’endurance et du travail en équipe, une particularité de la banque d’affaires ".
Mais deux ans plus tard, l’esprit pionnier de Lazard saura la séduire. "En 2013, l’équipe PCA était très peu connue. Elle avait été constituée dix ans plus tôt pour conseiller sur les levées de fonds et les placements. Puis, avec la crise financière de 2008 et le mouvement des banques américaines contraintes de vendre leurs participations de private equity, elle a décidé de se lancer sur le marché secondaire. C’était très innovant à l’époque pour une banque d’affaires de s’intéresser à ce segment. Le marché du secondaire était en effet quasiment vierge. Cela m’a donc immédiatement attirée. C’est ce qui m’a donné envie d’intégrer une équipe qui était destinée à monter en puissance et qui avait pour ambition de créer quelque chose de nouveau ", se souvient celle qui confie aussi avoir surtout fait un choix humain. "Ce qui a fait la différence dans mon choix de rejoindre Lazard est avant tout la qualité des personnes que j’ai rencontrées lors de mes entretiens, et avec qui, pour la plupart, je travaille encore aujourd’hui. Finalement cette décision personnelle s’est révélée être un très bon choix professionnel puisque le marché a explosé peu de temps après, à partir des années 2020-2021", poursuit-elle.
Des opérations qui se remarquent
Certes, Lazard sait innover. Mais la banque d’affaires se plaît aussi à miser sur la jeunesse. Le groupe n’hésitera pas, en effet, en 2018, à lui proposer de lancer l’activité PCA à Paris. "C’est une autre des particularités de Lazard : faire confiance à des personnes jeunes pour des postes à responsabilités", se félicite Marion Cossin.
Ce faisant, elle sera la première de l’équipe PCA à s’installer en France, l’activité étant jusqu’alors exclusivement exercée à Londres. "C’est donc moi qui ai lancé l’activité en France ", nous explique Marion Cossin, pour qui ce développement dans l’Hexagone semble aujourd’hui logique : "Même avant le Brexit, la France représentait déjà le deuxième marché du private equity en Europe. Cela avait donc du sens d’avoir une personne à Paris pour proposer des solutions de fonds de continuation et des opérations secondaires. Le Brexit n’a fait qu’accentuer cette tendance ".
Sa première opération sur le sol français sera pour Eurazeo avec la vente sur le marché secondaire d’un portefeuille venture pour le compte d’Idinvest. Et d’autres, de tout premier plan, suivront rapidement, comme le montage d’un des plus gros fonds de continuation en Europe pour Astorg sur la société IQ-EQ. Elle conseillera également l’équipe private equity d’ICG sur son fonds DomusVi. Elle travaillera par ailleurs pour CD & R sur le plus gros fond de continuation "single-asset" à l’échelle mondial sur l’entreprise Belron (Carglass).
Si bien que la banque d’affaires décidera, début 2023, de la promouvoir associée-gérante. "L’activité que j’exerce aujourd’hui s’est révélée, comme nous le pensions, très pertinente pour le marché français. Les fonds de continuation sont des véhicules qui permettent à des fonds d’investissement de garder des sociétés en portefeuille, en apportant de la souplesse au modèle du private equity qui vise à rendre habituellement en cinq ans de la liquidité aux investisseurs. Un fonds de continuation permet au contraire d’enjamber cette échéance et de continuer à travailler avec des sociétés que les fonds souhaitent suivre et donc de créer une certaine stabilité pour les sociétés en portefeuille ", nous explique-t-elle.
En 2022, elle a ainsi encore conseillé, par exemple, Charterhouse sur un fonds de continuation pour la société Sagemcom ou Equistone sur Sicame, et plus récemment, Montefiore sur un fonds de continuation multi-actifs, ou en encore Astorg sur Normec, leur deuxième fonds de continuation après IQ-EQ.
Le champ des possibles
À la tête actuellement d’une équipe de sept personnes - fait unique en France pour une banque d’affaires internationale -, Marion Cossin est loin d’être lassée par son métier. "Ce que je trouve particulièrement intéressant est que chaque transaction est unique. Il existe toujours de nouvelles problématiques, de nouvelles solutions et structures de liquidité à développer, tout en acceptant de ne pas avoir forcément la réponse dès le premier contact. La solution adéquate est toujours le fruit d’un échange avec les clients, les sociétés en portefeuille et mes collègues. C’est aussi de la finance très concrète, l’idée étant de mettre en place un plan avec l’actionnaire pour engager une nouvelle phase de croissance de l’entreprise ", exprime-t-elle, soulignant que "le marché s’adresse à tous les secteurs d’activité, toutes les tailles de fonds, et ce dans le monde entier. À Paris, nous sommes donc des généralistes qui travaillons dans toute l’Europe ".
Il faut dire aussi que le marché est loin d’avoir montré toutes ses capacités. "Il reste beaucoup à faire, le marché n’en est qu’à ses débuts. A 100 milliards de dollars en volume au niveau mondial aujourd’hui, il a le potentiel de tripler, voire même quadrupler de taille, sachant qu’il a déjà doublé ces cinq dernières années. De fait, l’on estime que les fonds de continuation représenteront environ 10 % des sorties de l’ensemble des fonds d’investissement. Certains d’entre eux n’ont pas encore eu recours à ce dispositif ", estime Marion Cossin qui s’attend à ce que 2024 soit une nouvelle année record au niveau mondial, après 2021.
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