Feuilleton de l'été / AMF / Autorité des Marchés Financiers / Marianne Jarlaud / Portrait
Feuilleton de l'été
AMF / Autorité des Marchés Financiers / Marianne Jarlaud / Portrait
Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain /
Marianne Jarlaud, responsable adjointe du pôle Innovation et Digital finance de l’AMF
Si l’on connaît bien le rôle de gendarme boursier de l’Autorité des marchés financiers (AMF), le régulateur est également redoutable dans son action auprès des instances européennes et internationales, et notamment auprès de son homologue européen, l’ESMA, dans l’élaboration de la réglementation européenne en matière de services financiers. Elle se plaît même à être force de propositions. Il faut dire que la France occupe une place particulière au sein de l’Union européenne en tant que première place financière et pays d’accueil de beaucoup d’institutions de contrôle comme le GAFI (Groupe d’action financière) par exemple, ou encore l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economiques). De quoi faire de l’AMF une instance respectée et très écoutée.
Le droit mène à tout
Et dans son rôle de co-construction de la norme, en collaboration avec les pouvoirs publics français, son objectif est très clair : obtenir des règles simples, claires et cohérentes, élaborées en tenant compte de la réalité des marchés européens. Un principe que sa présidente, Marie-Anne Barbat-Layani, a érigé en priorité dans le nouveau plan stratégique de l’institution, "Impact 2027". Et une approche que la responsable adjointe du pôle Innovation et Digital finance de l’AMF, Marianne Jarlaud, 38 ans, partage pleinement pour avoir elle-même vécu, dans le passé, la réglementation côté acteurs privés.
Après des études à l’ESSEC et à la faculté de droit de Cercy-Pontoise, cette native de la région de Nantes fera en effet ses premières armes dans la banque. "En école de commerce, j’ai particulièrement apprécié la finance, en particulier l’analyse financière, et les cours de droit des affaires, qui m’ont convaincu, par la suite, de m’inscrire en droit privé et à suivre un Master en droit pénal financier à l’université. C’est d’ailleurs le droit qui m’a menée au domaine de la régulation financière ", relate à WanSquare cette ancienne membre de l’association MELT (Multicultural ESSEC Link Together) qui accompagne et intègre les étudiants étrangers de l’ESSEC. "L’international est le fil conducteur de mon parcours professionnel et, particulièrement à l’AMF aujourd’hui ", constate Marianne Jarlaud.
Accompagner intelligemment
De fait, toute jeune diplômée, elle intégrera Rothschild & Co, où elle aura d’abord effectué une année d’alternance dans le cadre de son Master. "C’était en 2008, en pleine crise financière, soit juste au moment où les législateurs ont entamé une refonte de la réglementation en vue de la renforcer. J’avais un profil assez complémentaire entre la finance d’un côté et le droit de l’autre, ce qui m’a permis de mettre à profit mes nouvelles compétences en termes de régulation financière pour intégrer l’équipe conformité de la banque ", explique cette passionnée de photographie.
Durant quatre ans, elle y apprendra les bases de la compliance. "A l’époque, il s’agissait d’un métier nouveau, notamment chez Rothschild Banque Privée (Rothschild & Cie Banque) qui comptait de nombreux banquiers très reconnus. Il n’était pas toujours évident de leur expliquer les nouvelles règles provenant de textes comme la directive MIF 1, sur la protection des investisseurs et le bon fonctionnement des marchés, des règles très structurantes pour les acteurs des marchés financiers ", se souvient-elle.
De ses années chez Rothschild & Co, elle retiendra surtout l’approche de sa responsable d’alors, Carine Lecadre, directrice de la conformité et des risques. "Elle m’a donné une vision très pragmatique de la compliance, l’idée étant d’accompagner intelligemment les équipes en faisant beaucoup de pédagogie. Une approche très positive de notre métier en essayant de comprendre le business et d’y appliquer une règle cohérente ", souligne Marianne Jarlaud. Une règle qu’elle s’imposera ainsi tout au long de sa carrière, et encore aujourd’hui à l’AMF.
Sur le floor
En 2013, elle rejoindra Nomura comme responsable adjointe de l’équipe Legal & Compliance pour y découvrir les activités de marché, et ajouter ainsi à une nouvelle corde à son arc. Et malgré sa jeune expérience, elle n’hésitera pas à révolutionner, quelque peu, le fonctionnement de la banque d’affaires d’origine asiatique. "Je trouvais que nos bureaux, au 4e étage de l’immeuble de la place Iena étaient trop loin de la salle des marchés située au rez-de-chaussée. J’ai alors proposé à mon responsable de passer un jour par semaine sur le ''floor' et il a finalement accepté", nous raconte-t-elle. Des moments forts pour Marianne Jarlaud car après un temps d’adaptation, les vendeurs l’acceptent parmi eux, la jeune femme devenant même un vrai soutien de leur business.
Trois plus tard, elle sera contactée par Nathalie Riez, responsable compliance de JP Morgan Chase. Les deux femmes se connaissaient déjà bien. "La compliance était encore un petit univers à l’époque, d’autant que le Master de Cergy-Pontoise était l’un des tout premiers en droit pénal financier. Nathalie Riez y était intervenue. Je l’avais trouvée brillante. Elle cherchait quelqu’un pour rejoindre son équipe et j’ai tout de suite accepté sa proposition. Il faut dire aussi de JP Morgan est une très belle entreprise et elle possédait une fonction trading, à la différence de Nomura qui à l’époque n’avait qu’une activité de vente en salle des marchés. Une activité très encadrée en termes de risques et de compliance ", nous indique celle qui deviendra alors "head CIB compliance" au sein de la banque américaine mais aussi responsable compliance pour les Pays-Bas.
Garder la tête froide
De son passage chez JP Morgan qui durera moins de deux ans, elle conserve deux souvenirs très particuliers : l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis en 2016 et le Brexit. "Ce fut passionnant de vivre ces deux évènements majeurs depuis une salle de marché car j’ai pu ressentir leurs impacts très concrets sur les investisseurs. Les vendeurs ont beaucoup rassuré leurs clients en partageant leur analyse de la situation au téléphone ", se remémore Marianne Jarlaud.
Le Brexit ne sera d’ailleurs pas sans conséquence sur la banque américaine qui avait fait de Londres le centre névralgique de ses activités en Europe. "J’ai vécu la phase de réimplantation et de 'benchmarking' des différentes places financières, Amsterdam, Francfort, Paris, dans la perspective d’une relocalisation des équipes en Europe continentale ", indique-t-elle. C’est finalement la capitale française et la place Vendôme qui sera choisie par le directeur général de la banque américaine, Jamie Dimon. Et symbole fort de l’attractivité de la place financière de Paris, c’est le président de la République, Emmanuel Macron, qui viendra inaugurer, en personne, le nouveau siège européen de JP Morgan en juin 2021.
Rétention des nombreux talents
Entre-temps, Marianne Jarlaud aura gagné l’AMF, d’abord en tant que policy officer dans l’équipe de la régulation des marchés, où elle a notamment travaillé sur la directive MIF 2, puis à son poste actuel, en qualité de responsable adjointe Innovation & digital Finance par lequel elle s’intéresse à l’encadrement d’activités nouvelles telles que les crypto-actifs, la blockchain ou l’open finance.
Sur son bureau à la rentrée, il y aura aussi le sujet de l’Intelligence artificielle, autre axe fort de la feuille de route de l’AMF. " J’ai toujours voulu travailler à l’AMF. Je trouvais intéressant d’avoir un autre angle : l’origine de la réglementation et non plus uniquement son application. Sur le règlement MiCA sur les crypto-actifs par exemple, j’ai travaillé à la co-construction de la norme, en appui de la direction du Trésor, et désormais dans son application opérationnelle avec l’ESMA ", nous confie celle qui fit aussi partie du fameux "Shadow Comex " de l’AMF, instauré sous la présidence de Robert Ophèle en 2021. "Pour y entrer, il fallait avoir moins de 35 ans et notre mandat était renouvelable une fois. Par cette initiative, l’idée était de consulter des jeunes collaborateurs sur des sujets. Mais nous pouvions aussi nous autosaisir de certaines thématiques", explique-t-elle.
C’est dans ce cadre par exemple que seront proposées des idées sur la rétention des talents de l’AMF ou le programme managers afin de permettre aux collaborateurs de pouvoir mieux se projeter dans leur parcours professionnel au sein de l’institution. "Un certain nombre de collaborateurs ont des profils ou des parcours internationaux, ce qui est très peu su en dehors de l’AMF. Notre maison possède de vrais talents aux profils, qu’ils soient géographiques ou académiques, très variés. C’est une vraie richesse qui contribue à notre performance et notre capacité à innover", observe Marianne Jarlaud.
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