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LaREF 2024 : transition énergétique, la question n’est pas de vouloir mais de pouvoir / Une politique européenne à revoir de fond en comble
Le patronat français est unanime. Si l’Europe veut relever le défi de ses ambitions climatiques, elle va devoir sérieusement revoir sa copie réglementaire en la matière. "Nous avons un problème de méthode", a exposé Pierre-André de Chalendar, président de l’Institut de l’Entreprise, à l’occasion d’une table-ronde organisée ce lundi après-midi à LaREF 2024 organisée par le Medef à l’Hippodrome ParisLonchamp. "Il existe un consensus sur l’urgence climatique, elle est même devenue une ‘évidence verte’. Le problème aujourd’hui est de pouvoir faire ", a-t-il constaté.
Du retard… sur la Chine
Pour l’ancien président de Saint-Gobain, si l’Europe a toujours souhaité être bon élève (et pionnière) en matière de transition énergétique et pensait pouvoir prendre le leadership sur les technologies, force est de constater qu’elle est aujourd’hui en retard sur des pays pourtant réputés comme de grands pollueurs comme les Etats-Unis (14 % des émissions de CO2) ou la Chine (33 % des émissions contre 7 % pour l’Europe). Pourquoi ? "Parce que l’on s’est donné des objectifs beaucoup trop ambitieux alors que dans le même temps nous utilisons des outils qui posent problème comme le prix des énergies fossiles trop élevé, et surtout trop de réglementation ", a expliqué Pierre-André de Chalendar.
Un diagnostic partagé par la directrice générale d’Engie Catherine MacGregor qui a toutefois tenu à nuancer le pessimisme de l’administrateur référent de Veolia. "Au premier semestre 2024, l’électricité en Europe a été produite à hauteur de 50 % à partir d’énergies renouvelables. C’est la preuve qu’il y a tout de même des choses qui fonctionnent ", a-t-elle précisé.
Pour Jean-Pascal Tricoire, président du conseil d’administration de Schneider Electric, le Vieux continent doit donc accélérer drastiquement pour rattraper son retard. "En Europe, on est trop lent pour adopter les innovations en termes de transition énergétique, autour de la digitalisation, de l’électrification. A l’inverse, la Chine a choisi, il y a 30 ans, une approche d’ingénieur qui lui permet de s’électrifier neuf fois plus vite que le reste du monde, et d’atteindre en 2026 50 % d’immatriculations de véhicules électriques ", a-t-il indiqué, pointant, lui aussi, le surcoût des transitions en Europe du fait de la sur-régulation.
Un pragmatisme venu du terrain
Pour ces grands patrons, des pistes d’amélioration seraient néanmoins à explorer tout en conservant l’ambition écologique du Vieux continent. Pour le président de l’Institut de l’Entreprise, la politique climatique de l’Europe doit être envisagée dans le cadre global d’une politique économique afin de parvenir à un compromis intéressant entre croissance et simplification. "Avec des réglementations appropriées et pensées par le terrain ", a-t-il déclaré, prévenant que "si l’Europe ne revo (yait) pas sa politique, elle ira (it) dans le mur ". Catherine MacGregor a proposé, quant à elle, de revenir à plus de pragmatisme industriel en s’inspirant notamment de l’Inflation Reduction Act américain. " Les Etats-Unis sont davantage fixés sur le résultat et l’impact carbone. La neutralité technologique doit être entendue en Europe ", s’est-elle exprimée.
Selon Antoine Gosset-Grainville, président du conseil d’administration d’Axa et lui aussi invité à l’exprimer à LaREF, tous les acteurs doivent être impliqués avec d’un côté un Etat qui impulse et de l’autre des entreprises qui soient engagées. "65 % des entreprises en France ont engagé des actions d’adaptation, il faut parvenir à 100 % ", a fait observer l’avocat, plaidant pour "une politique qui ne soit pas punitive et qui accompagne les plus fragiles " et proposant, dans cette optique, d’inventer de nouveaux modèles de financements. "Les besoins d’investissements sont tellement massifs qu’ils ne pourront être satisfaits que si l’on invente de nouveaux modèles, comme par exemple des partenariats public-privé avec des financements mixtes capables de gagner cette course de vitesse qu’est la transition énergétique", a-t-il martelé.
D’autres moyens qu’un ISF vert
Une politique climatique plus incitative et moins contraignante mais qui n’impliquerait pas pour autant l’introduction d’un ISF vert comme l’ont conseillé les économistes Jean Pisani-Ferry et Selma Mahfouz, estime le patron du conseil d’administration d’Axa. "La France a déjà un niveau de prélèvements obligatoires trop élevé. Il vaut mieux réformer les finances publiques et réduire les dépenses inutiles pour se redonner des marges de manœuvre ", a jugé Antoine Gosset-Grainville, qui demanderait au futur gouvernement, s’il en avait l’occasion, "de ne pas sacrifier la politique climatique à la rigueur budgétaire. Elle devra porter sur d’autres dépenses que celle-là".
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