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CSRD / Reporting durabilité
CSRD : le premier reporting publié ne sera qu’un galop d’essai / Un exercice qui doit venir en soutien de la transition des entreprises dans le temps
Depuis le début de l’année, les entreprises comptant plus de 500 salariés, plus de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires et plus de 25 millions d’euros de total de bilan, sont sur le pied de guerre. Toutes ont en effet à rendre, pour le 1er janvier 2025, leur premier reporting CSRD (directive européenne Corporate Sustainability Reporting Directive). Et l’affaire n’est pas mince. Elles sont tenues en effet de déclarer l’impact de leurs activités en fonction de douze normes, appelées normes "ESRS" (European Sustainability Reporting Standards), regroupant quelque 1 178 données que les entreprises doivent rendre publiques.
A quelques mois du premier rendu, l’heure était donc au point d’étape pour le Medef qui organisait ce lundi une conférence sur le sujet, à l’occasion de la semaine de l’entreprise responsable et inclusive. Et le constat est sans appel. "Il ressort d’un sondage mené par l’Afep et le Medef que 8 entreprises sur 10 considèrent cette obligation de reporting comme lourde et trop granulaire", a exposé Pierre Berlioz, co-président, directeur Europe et International, Comité Finance durable et Reporting ESG du Medef. "La mise en œuvre de ce reporting mobilise beaucoup les équipes en interne. Cela demande aux entreprises de recruter, souvent des experts externes, de collecter des données, de savoir interpréter les ESRS mais aussi de comprendre le périmètre de ce qu’impose la directive. La CSRD engendre donc un coût pour les sociétés concernées par ce reporting", a-t-il détaillé.
De fait, récolter les données semble complexe. "Les entreprises se heurtent à des problèmes concrets car elles doivent faire remonter la data, en étant capables de la capter et de l’analyser. Or, celle-ci n’existe peut-être pas, notamment pour les ETI et les PME qui seront soumises à l’exercice à compter du 1er janvier 2025 et du 1er janvier 2026, respectivement", a complété Christian Poyau, co-fondateur et président-directeur général chez Micropole.
Autre difficulté pour les grands groupes, la CSRD n’est pas encore transposée dans tous les pays de l’Union européenne. "On ne sait pas comment le texte sera transposé dans ces juridictions. D’autant qu’il prête aux interprétations", a souligné Karine Hillaireau, vice-président CSR & Sustainability Strategy chez Stellantis, pointant aussi le concept de double matérialité demandé dans le reporting (sur chacune des normes l’entreprise doit analyser la matérialité financière, c’est-à-dire l’impact des enjeux sociétaux et environnementaux sur la performance économique du groupe et la matérialité d’impact qui s’intéresse elle aux activités de l’entreprise sur l’environnement et la société). "Faire ce travail implique que les parties prenantes aient compris en quoi consiste la CSRD ", a-t-elle fait observer.
Pour Julien Rivals, associé chez Deloitte Sustainability France, le reporting CSRD ne doit pas être un simple tableau de données de durabilité. "Pour que la directive fonctionne, il faut que le reporting vienne en soutien de la transformation des entreprises. La plupart d’entre elles avaient déjà conscience des sujets ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) et souhaitaient s’engager sur la voie de la durabilité. Elles doivent aujourd’hui apprendre une nouvelle méthode pour y parvenir", a-t-il expliqué. Un avis partagé par Eric Duvau, directeur des normes de durabilité à l’Autorité des normes comptables, qui considère les normes ESRS "comme un thermomètre utile au pilotage de la transition de l’entreprise soumise au reporting". "La CSRD a une ambition stratégique", a-t-il rappelé.
Une nouvelle langue que doivent s’approprier rapidement les entreprises. " Cela peut faire peur mais il sera utile aux grands groupes d’avoir un premier retour d’expérience de ces reportings afin d’améliorer les suivants et rendre la directive plus opérationnelle", a estimé Pierre Berlioz.
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