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Bureau Veritas / Hinda Gharbi / stratégie / LEAP 28
Bureau Veritas : un modèle aux multiples moteurs toujours plus apprécié par les marchés /
Comment la nouvelle stratégie du groupe veut le positionner pour profiter de tendances porteuses
Dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit est une ligne de conduite appréciée des marchés boursiers. Et Bureau Veritas, dont le titre a grimpé de 38 % sur un an à date et faisant partie des valeurs ayant été le plus remarquées au sein du SBF 120 depuis le mois de janvier, en est une bonne illustration. Son plan stratégique "LEAP | 28", présenté en mars dernier à la communauté financière, a été mis en exécution sans attendre. Objectif ? Passer à la vitesse supérieure en matière de croissance et de performances, grâce à des leviers d’actions bien définis. Ce qui n’a pas tardé à porter ses fruits. En fin de semaine dernière, le spécialiste des tests, de l’inspection et de la certification s’offrait d’ailleurs le luxe de relever ses prévisions annuelles de croissance organique.
Forte d’un chiffre d’affaires de 1,5 milliard d’euros au troisième trimestre de 2024 en hausse de 13 %, l’entreprise s’attend désormais à ce qu’il s’apprécie de 9 % à 10 % au titre de l’exercice en cours, contre une prévision initiale plus globale de progression à un chiffre. "Dans une période aux tendances complexes, Bureau Veritas clarifie ses perspectives en les relevant pour la deuxième fois consécutive cette année grâce aux excellents résultats des neuf premiers mois, à un carnet de commandes bien fourni et à des capacités opérationnelles fortes", explique Hinda Gharbi, la directrice générale de Bureau Veritas, à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare.
Les acquis
De fait, le groupe a traversé l’été sans encombre. À l'inverse de ce qui peut s’observer, en cette saison de résultats, dans les publications de nombreuses entreprises, même l’environnement macroéconomique difficile en Chine n’aura pas eu raison de le progression de son activité dans le pays. Le résultat d’un secteur dont les moteurs de croissance tournent à plein régime et d’un modèle construit pour se rendre moins perméable aux secousses.
"Quand on intervient pour inspecter la sécurité des immeubles pour la prévention des incendies par exemple, nous pouvons inspecter les installations électriques. Ce sont des activités nécessaires et critiques pour la sécurité et qui sont toujours en demande même en cas de ralentissement économique. Certaines de nos activités nous permettent donc de générer des revenus récurrents, tout au long de la vie d’un actif. Nous sommes aussi positionnés sur des secteurs à forte croissance comme les énergies bas carbone. Bien que l’environnement macroéconomique soit difficile à déchiffrer, il faut surtout retenir que nous sommes dans une phase de grands changements et tout particulièrement pour les entreprises, en matière de durabilité ou encore de cybersécurité. Tout cela créé de nouveaux flux de demande, car les clients ont un besoin constant de vérification et de validation", remarque Hinda Gharbi.
L’exemple des biens de consommation est d’ailleurs particulièrement probant, souligne la directrice générale de Bureau Veritas : "Les détaillants exigent des spécifications précises pour les produits achetés auprès de leurs fournisseurs, tant du point de vue de la sécurité du produit lui-même que de son processus de fabrication. Cela recouvre aussi bien les aspects environnementaux que les aspects sociaux. Par exemple sur le plan social, nous nous assurons que les produits ne soient pas fabriqués dans des usines aux pratiques répréhensibles". Certes, le groupe peut donc s’appuyer sur de solides fondamentaux et de perspectives renforcées par des tendances de fond sur lequel il est positionné. Mais encore faut-il pouvoir être en mesure d’en tirer parti.
La tactique entre en jeu
"Pour bénéficier de ces tendances, il faut le bon portefeuille de services, les bonnes compétences et être présent aux bons endroits au bon moment. Notre plan stratégique repose sur des fondamentaux très solides : nous avons une marque respectée, une présence géographique globale, des expertises diverses et une mission forte qui nous permettent de servir tous les besoins de nos clients", observe la directrice générale de Bureau Veritas. Tout en soulignant qu’il faut sans cesse se poser les bonnes questions pour accompagner au mieux les clients dans un contexte en constante évolution. "Comment tirer profit de la transition énergétique, par exemple ? En accompagnant le développement de ces nouvelles énergies. Nous repositionnons notre portefeuille à travers une gestion active de nos activités et avec un alignement stratégique sur les grandes tendances que j’ai évoquées plus tôt. Cela veut dire que nous renforçons notre position dans les domaines dans lesquels nous sommes leaders, que nous accélérons notre programme d’acquisitions pour développer rapidement les services nécessaires pour les secteurs à forte croissance afin de créer de nouveaux bastions de leadership. Lorsque cela est nécessaire, nous céderons des activités dans des marchés qui ne sont plus stratégiques ou ne nous offrent pas les rendements souhaités. C’est ce que nous avons fait en annonçant la signature d’un accord en vue de la cession à Mérieux NutriSciences de notre activité de tests alimentaires en laboratoire", poursuit Hinda Gharbi.
Une gestion active de portefeuille qui avait été promise aux investisseurs et qui a donc bien été mise en ordre de marche, puisque le groupe a réalisé sept acquisitions depuis le début de l'année. Elles devraient générer environ 80 millions d'euros de chiffre d'affaires annualisé. Rien qu’au troisième trimestre, le groupe en a d'ailleurs signé trois différentes : celle du groupe IDP, un fournisseur champion de la modélisation des informations de bâtiments, celle d’ArcVera Renewables, un spécialiste du conseil financier et des services techniques pour les projets éoliens, solaires et de batteries de stockage et enfin celle d’Aligned Incentives, qui lui permettra de se renforcer sur le front de la planification de la durabilité d’entreprise et d’agrégateurs. La première permettra au groupe de venir compléter son expertise dans ses activités de "bâtiments et infrastructures", les deux autres auront pour but d'accélérer dans celles d'énergies renouvelables et de durabilité.
La stratégie est lisible : combler les manques repérés afin de venir renforcer les bastions de croissance existants et parvenir à en créer de nouveaux dans les secteurs d’avenir. "Notre leadership s’appuie aussi sur l’expertise et une compréhension en profondeur des marchés où nous opérons. Cela nous permet de mieux anticiper les besoins de nos clients, de repérer de nouvelles opportunités et nous donne un avantage non négligeable pour créer de la valeur pour notre groupe. Comme beaucoup d’industriels, nous négocions les prix. Et si nous nous focalisons essentiellement sur de petites acquisitions, nous ne nous priverons pas de rester opportunistes concernant des cibles moyennes. Mais nous restons disciplinés en matière de valorisation, on peut rapidement aller dans le mauvais sens si l’on se concentre uniquement sur les chiffres plutôt que sur l’alignement stratégique et le potentiel en termes de synergies", souligne Hinda Gharbi.
Une carte à abattre
Le secteur de Bureau Veritas a d’ailleurs ses particularités, lui permettant de tirer son épingle du jeu en matière de consolidation. Le marché est en effet composé d’une multitude d'acteurs dont les fondateurs sont encore aux commandes. Pour ces derniers, se faire approcher par le leader du secteur est un gage de qualité. Et dans la mesure où la longévité de leur société est un sujet d’importance, rejoindre Bureau Veritas relève donc aussi d’un atout stratégique. De quoi faciliter les transactions, tout en assurant une intégration efficace : "Ce sont souvent des fondateurs, très soucieux du développement futur de leur entreprise et qui restent souvent au sein de Bureau Veritas", assure la directrice générale du groupe.
Si l’ajustement du portefeuille de Bureau Veritas lui permet donc de rendre son positionnement plus efficace, l’exécution de sa stratégie se reflète aussi dans la recherche de gains d’efficience permettant de venir soutenir ses marges. L’an dernier, la marge opérationnelle de Bureau Veritas s’était fixée à 16,2 %, sur une base organique. Une amélioration sur ce plan est évidemment attendue en 2024. Le carburant ? L’amélioration des processus, la réduction des coûts opérationnels et l'innovation. "Cela concerne par exemple l’utilisation de drones pour faire des inspections, ou bien celle de logiciels avancés d’analyse et d’intelligence artificielle pour avoir de la visibilité sur un processus de service. Nous avons créé des programmes spécifiques en vue de la modernisation de nos outils et de nos méthodes pour extraire de la productivité et de l’efficience", illustre Hinda Gharbi. D’ici à 2028, un gain de 100 points de base de levier opérationnel et de 80 points d’effet d’échelle est d’ailleurs prévu. Environ la moitié des économies réalisées grâce aux programmes de performances sera aussi réinvestie.
Alors que le groupe compte plus de 80 000 collaborateurs, cette nouvelle stratégie aura aussi été l’occasion de se pencher sur la manière dont il procédait à leur recrutement, ou bien sur celle dont leurs compétences pouvaient évoluer. Car avoir au sein du groupe des salariés capables de s’adapter à la transformation de l’économie conditionne aussi la réussite d’un placement sur de nouveaux secteurs. Un besoin qui se sera, par exemple, accompagné de la création de programmes internes de montées en compétences.
Le terrain était préparé
"Le plus important dans un secteur de services est d’anticiper et d’être aligné avec les besoins des clients", pointe la dirigeante. Des besoins là aussi en évolution, ce qui aura entraîné un réajustement géographique préalable à la lancée de la nouvelle feuille de route. Exit la gestion de la région Moyen-Orient avec l’Asie-Pacifique, par exemple. Les zones dont les économies sont portées sur les mêmes thématiques et où les besoins en compétences se rejoignent ont été regroupées au sein d'un nouveau découpage, tandis que la gouvernance s'est alignée sur ce nouveau modèle. "Partager les ressources et mieux les gérer est toujours relutif pour la performance. Mais le plus important reste de développer le business en lui-même", indique Hinda Gharbi.
Un message qui semble avoir été bien reçu par les marchés financiers, sans doute également séduits par l’aspect "vert" de Bureau Veritas, désormais toujours plus recherché par les investisseurs. Toute la feuille de route suit en effet un fil rouge, celui de la durabilité. Une thématique sur laquelle le groupe est d'ailleurs installé de longue date. "Dans le cadre de notre nouveau plan stratégique LEAP | 28, nous avons affiné notre approche en matière de durabilité, qui est dorénavant plus lisible, distinguant d’une part notre accompagnement des clients en vue de leur propre transformation, et d’autre part notre contribution au verdissement de l’économie à travers les services que nous réalisons sur les actifs et produits", relève la directrice générale de Bureau Veritas.
De fait, qui dit nouvelle stratégie dit aussi nouvelle vision du sujet. Capitalisant sur une certaine longueur d’avance prise en la matière, Bureau Veritas vise une position de leader sur ces deux nouveaux segments de marché complémentaires. Les premiers permettent d’accompagner les clients vers des modèles plus durables, tant sur le front de la mise en œuvre de stratégie ESG que d’assistance sur le plan de la conformité et du reporting. Les seconds concernent quant à eux l’aide à la construction ou à l’entretien d’actifs, produits et autres commodités durables (énergies renouvelables, nouvelle mobilité, carburants verts, entre autres). Les deux activités représentaient 5 % du chiffre d’affaires du groupe en 2023. Et l’objectif sera d’avoir triplé cette proportion en 2028.
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