Droit des sociétés / Bracewell / Cabinet d'avocats d'affaires / Anne Lapierre / Portrait
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Bracewell / Cabinet d'avocats d'affaires / Anne Lapierre / Portrait
Anne Lapierre, la pionnière des projets énergétiques en France (et en Afrique) /
La patronne du bureau français de Bracewell a un autre nom à faire connaître désormais
Bracewell LLP, ce nom ne dit peut-être encore rien aux entreprises en France, mais il est une référence dans le monde des cabinets d’avocats d’affaires aux Etats-Unis spécialisés dans le secteur énergétique. Aussi, pour se faire connaître dans l’Hexagone, la firme texane a non seulement décidé de s’implanter à Paris mais aussi de confier les rênes de son entité locale à une avocate qui, elle, est une référence dans le secteur énergétique français : Anne Lapierre.
La managing partner de Bracewell France depuis juillet dernier est en effet très appréciée de tous les acteurs français mais aussi étrangers (et notamment africains francophones), les développeurs et autres fonds d’investissement et banques engagés dans le secteur énergétique. L’avocate de 55 ans, qui était jusqu’alors responsable de la pratique au niveau mondial chez Norton Rose Fullbright n’a d’ailleurs pas rejoint seule le cabinet. Outre ses fidèles clients, c’est aussi toute son équipe, soit 14 personnes, dont deux de ses associés, Arnaud Bélisaire et Simon Cudennec, qui ont décidé de la suivre.
Dans le grand bain tout de suite
De fait, Anne Lapierre a su se forger une solide réputation. Elle a siégé pendant 12 ans au conseil d’administration de France Renouvelables (ex-France Energie Eolienne, FEE et où elle fut longtemps la seule femme) et siège depuis 2017 en tant qu’experte en développement durable au comité stratégique de la Fondation Solar Impulse de Bertrand Piccard. Elle fut aussi l’une des principales conseillères de l’initiative innovante de start-ups du secteur solaire menée par l’IRENA et le TWI, visant à fournir une documentation contractuelle standardisée "open source", et conçue pour simplifier les transactions dans le domaine de l’énergie solaire.
Un talent que certains praticiens visionnaires ont su déceler très tôt. Après un début de carrière chez Archibald Andersen, elle n’est pas encore associée quand Peter Martyr, patron de Norton Rose Fullbright, lui propose, en 2000, de créer la pratique énergie au sein du cabinet, en étroite collaboration avec Alain Sanchez, premier managing partner non britannique du bureau de Paris et auprès de qui elle découvrira l’énergie, notamment le pétrole et le gaz, en travaillant sur des opérations de M & A, de financements de projets, etc.
Il la fera plonger dans le grand bain dès ses débuts, en la détachant pendant six mois chez Mobil pour gérer la fusion avec Exxon, en tant que directrice juridique. Une expérience qui lui forge le caractère. "Ce fut très difficile, les équipes de Mobil redoutant culturellement cette fusion. J’étais jeune et perçue comme l’intrus. L’opération était en outre très encadrée avec un contrôle effectué par KPMG qui avait été mandaté par la Commission européenne pour éviter les fuites d’informations. J’ai beaucoup appris en traitant l’ensemble des problématiques, du transfert d’actifs (comme les raffineries)… jusqu’aux retraites chapeaux", nous confie Anne Lapierre dans un entretien accordé à WanSquare.
Au décès brutal d’Alain Sanchez, c’est donc seule qu’elle portera le développement de la pratique en France. "Lorsque Peter Martyr m’a proposé cette mission, j’ai un instant pensé que le projet était trop ambitieux, estimant que le secteur de l’énergie était un monde d’hommes, essentiellement actif en Afrique. Et des professionnels comme François Krotoff, associé spécialisé dans les projets, les financements et les infrastructures chez Gide Loyrette Nouel étaient des stars du secteur", rappelle-t-elle.
Des projets concrets qui donnent du sens
Néanmoins, la loi du 10 février 2000 relative à la modernisation et au développement du service public de l’électricité et visant à organiser l’ouverture du marché français de l’électricité avec notamment l’intégration de la production d’électricité d’origine renouvelable (loi complétée par celle du 3 janvier 2003, relative aux marchés du gaz et de l’électricité et au service public de l’énergie) lui ouvre de nouvelles perspectives. "Le marché des renouvelables était alors vierge. Il fallait tout construire, avec à l’époque de petits acteurs", se souvient Anne Lapierre.
Elle signera son premier financement en 2004 et se concentrera alors sur le développement de projets, les fusions et acquisitions, la construction et le financement d’actifs liés à l’énergie conventionnelle et renouvelable, en France mais aussi en Europe et en Afrique francophone. "J’ai travaillé sur sept dossiers d’électrification au Sénégal par exemple. C’est une grande satisfaction d’atterrir à Dakar et de constater que la lumière ne cesse de gagner du terrain. Cela donne beaucoup de sens à mon travail", avoue Anne Lapierre qui attache une grande importance à travailler sur des projets en ligne avec ses convictions personnelles et qui lui offrent une perception concrète des efforts qu’elle fournit pour ses clients.
Dans le même style, c’est elle aussi, en tant que gérante du bureau de Casablanca de Norton Rose Fullbright, qui permettra aux grandes centrales solaires, Noor et Midelt, de voir le jour et tendent à transformer le mix énergétique du Royaume, en assistant Masen. En 2016, elle participera à l’opération Merkur, désignée transaction européenne de l’année dans les énergies renouvelables par la revue Project Finance International.
Une réussite certaine si bien que l’avocate sera promue associée en 2005, en charge de la pratique énergie pour la région EMEA en 2011 et au niveau mondial en 2017. Des responsabilités qui lui ouvriront aussi les portes du comité exécutif mondial de la firme britannique.
À traduire en français pour le gouvernement
D’autant qu’Anne Lapierre ne peut se contenter de simplement conseiller ses clients. "La réglementation du secteur de l’énergie en France a souvent beaucoup de retard. Je me sens donc faire partie intégrante de l’équipe de développement d’une entreprise, en soutenant certes juridiquement le projet mais aussi en apportant mon aide pour implémenter un nouveau cadre réglementaire si cela est nécessaire", souligne-t-elle.
Si officiellement, le premier appel d’offres éolien en France a eu lieu en 2011, le "vrai" premier date en réalité de 2004 avec un projet soumis par Total et Shell situé au large de Dunkerque. " Il n’existait aucun document juridique à l’époque pour développer le projet, les concessions publiques maritimes n’ayant été créées que bien plus tard. Nous avons donc travaillé à partir du principe de concession d’endigage qui n’était absolument pas adapté à l’éolien off-shore ", nous fait-elle remarquer.
Un vide juridique qui la conduira à rédiger un mémo sur la manière de développer de l’éolien en France. "Un petit ouvrage écrit en anglais et qu’un membre du gouvernement de l’époque m’a demandé de traduire en français pour les autres membres de l’exécutif", nous raconte Anne Lapierre.
Trouver une marque
En 2024, et après 24 ans de bons et loyaux services chez Norton Rose Fullbright, l’avocate s’interroge sur son avenir. "Mes responsabilités au sein du cabinet m’obligeaient à faire du management d’équipes transversales tout en devant assurer mon métier d’avocate. Cela ne me satisfaisait plus. J’ai pensé quitter la robe pour me focaliser sur des postes à projets ou rejoindre de grandes institutions internationales comme l’Agence internationale de l’énergie (AIE) par exemple", relate-t-elle.
Elle se mettra finalement en quête d’une marque internationale qui souhaiterait créer un bureau à Paris. "Bracewell LLP s’est montré enthousiaste à cette idée. Créé en 1947 à Houston au Texas, le cabinet est devenu incontournable dans le secteur de l’énergie. Un bureau à Londres avait été créé il y a dix ans mais le Brexit les a coupés d’une partie du marché européen", poursuit Anne Lapierre qui s’est fixé pour objectif de développer une stratégie et le nom de la firme à Paris mais aussi au Maroc. "C’est l’avantage de travailler dans des cabinets d’avocats d’affaires américains qui ont une approche très business. Si la feuille de route est établie, notre projet est entrepreneurial ", constate celle qui se passionne (aussi) désormais pour les projets d’infrastructures et d’hydrogène vert dont elle veut soutenir l’émergence du marché. "Je retrouve le même enthousiasme que pour les ENR il y a 20 ans ", nous confie-t-elle.
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