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Macro-économie / Taux / dette française / taux d'intérêt

Macro-économie / Taux
dette française / taux d'intérêt

La dette française connaîtrait des ventes nettes inédites depuis près de deux ans / Jusqu’où ira le spread franco-allemand ?

Les doutes sur le destin du gouvernement Barnier allant croissant, la prime de risque sur les obligations d’État hexagonales à long terme s’est tendue ces derniers jours pour s’établir jusqu’à 90 points de base en séance, un record depuis douze ans. D’aucuns avancent qu’une chute de l’exécutif la conduirait à atteindre au moins 3 chiffres.
Antoine Armand, ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie - LUDOVIC MARIN / AFP
Antoine Armand, ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie - LUDOVIC MARIN / AFP

Ces derniers jours, la montée de l’incertitude politique n’a pas laissé de marbre les marchés obligataires. D’après les données de BNY, jamais depuis le pic de la crise énergétique fin 2022, de telles ventes nettes de titres d’État hexagonaux n’avaient été observées (sur une période de 5 jours ouvrés jusqu’au 26 novembre). "Les données révèlent également que la semaine dernière a été la huitième pire semaine pour le flux d’obligations assimilables au Trésor depuis que BNY a commencé à collecter ses données en 2012", souligne Geoffrey Yu, stratégiste chez BNY.

De sorte que l’écart entre les taux d’intérêt sur les obligations françaises et allemandes à échéance dix ans, soit le surplus de rendement exigé par les investisseurs pour prêter à la France plutôt qu’à l’Allemagne, s’est creusé de plusieurs points de base pour atteindre jusqu’à 90 points de base en séance hier, soit un niveau inédit depuis la crise des dettes souveraines européennes en 2012. En moyenne, le spread franco-allemand s’élevait à environ 70 points de base depuis la dissolution en juin, (une augmentation de près de 20 points de base par rapport au régime qui prévalait jusqu’au printemps).

En cause ? La hausse de la probabilité que le gouvernement du Premier ministre Michel Barnier chute à la suite du vote d’une motion de censure. Un évènement que d'aucuns jugent pouvant se produire dès la semaine prochaine, à l’occasion du possible déclenchement du 49.3 à l’Assemblée nationale pour faire adopter le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (la commission mixte paritaire s’est avérée conclusive). "S’il y a bien une leçon à tirer des derniers mois, c’est que l’instabilité politique dégrade la confiance des entreprises, des ménages et des investisseurs", indique Bruno Cavalier, chef économiste d’Oddo BHF.

D’après Rohan Khanna et Max Kitson, stratégistes taux au sein de la banque Barclays, l’adoption d’une motion de censure pourrait conduire le spread à s’élargir au-delà de 100 points de base. Des forces acheteuses ne pourraient-elles pas venir stopper ce mouvement ? "Les investisseurs japonais [considérés comme une source importante de demande d’obligations du Trésor, ndlr] sont moins présents", confie un praticien des marchés obligataires. Ils ont réduit le stock d’obligations qu’ils détenaient depuis le mois de juin, et ont plutôt augmenté leurs avoirs en obligations allemandes.

En France, les banques ont ralenti le rythme de leurs achats d’obligations depuis les turbulences politiques de juin. "Même si elles accéléraient significativement le rythme de leurs achats d’OAT, cela ne garantirait en aucun cas la stabilisation des spreads français, notamment en raison du poids de l’offre nette française, qui est plus élevée que pour tout autre souverain de la zone euro", fait-on valoir chez Barclays.

De son côté, après plusieurs années d’activité intense, la Banque de France est contrainte dans ses acquisitions d'obligations sur le marché secondaire, ce en raison de la mise en œuvre du resserrement quantitatif de la Banque centrale européenne (BCE) lié à la désinflation. Dans le cadre du programme d’achat d’actifs traditionnel (APP), l’Eurosystème ne réinvestit plus les remboursements au titre du principal des obligations arrivant à échéance. Concernant le programme d’achats d’urgence face à la pandémie (PEPP), les réinvestissements ont été divisés par près de deux depuis juillet et cesseront après décembre.

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