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Dirigeants, gouvernance / Stellantis / Carlos Tavares

Dirigeants, gouvernance
Stellantis / Carlos Tavares

Le départ de Carlos Tavares de la direction de Stellantis finalement précipité / John Elkann prend le relais et son remplaçant sera connu en 2025

Après avoir annoncé que son directeur général allait quitter l’entreprise à la fin de son mandat, le constructeur automobile a fait savoir dimanche soir qu’il avait accepté sa "démission" avec effet immédiat. Certaines divergences de points de vue entre le conseil d’administration, les actionnaires de référence et le dirigeant ont conduit à cette décision, tandis que les prévisions financières sévèrement révisées à la baisse à la fin du mois de septembre restent de mise.
Carlos Tavares (Photo by Magali Cohen / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)
Carlos Tavares (Photo by Magali Cohen / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

La fin de son mandat était prévue pour 2026, mais aura en fin de compte été accélérée. A la suite d’une réunion de son conseil d’administration dimanche, Stellantis a annoncé dans la soirée la démission avec "effet immédiat" de son directeur général, Carlos Tavares. Le processus de recherche de son successeur suit son cours, rappelle l’entreprise, puisqu’il avait déjà été acté que son patron ne serait pas reconduit à ses fonctions à l’échéance de son contrat, dans une douzaine de mois. Le nom du remplaçant de l’emblématique dirigeant du groupe issu de la fusion Fiat Chrysler-PSA, qui en avait pris la tête à sa naissance après l’avoir menée de front et précédemment opéré le redressement de PSA et Opel, sera donc connu au cours du premier semestre de 2025.

En attendant, c’est le président du groupe, John Elkann, l’héritier de la famille Agnelli (premier actionnaire de Stellantis au travers de sa holding Exor, à hauteur de 14,2 %) qui pilotera un nouveau comité exécutif temporaire. "Le succès de Stellantis depuis sa création repose sur un alignement parfait entre les actionnaires de référence, le conseil d’administration et le CEO. Cependant, ces dernières semaines, des points de vue différents sont apparus, ce qui a amené le conseil d’administration et le CEO à la décision d’aujourd’hui", a expliqué par voie de communiqué, Henri de Castries, administrateur indépendant senior du groupe.

De fait, l’annonce du non-renouvellement de Carlos Tavares à la tête de Stellantis avait déjà semé quelques indices quant aux divergences d’opinions stratégiques qui pouvaient régner au sein du board. Tout en remerciant Carlos Tavares pour "ses années de service", John Elkann a de son côté indiqué : "J’ai hâte de travailler avec notre nouveau comité exécutif par intérim avec le soutien de tous nos collègues de Stellantis, alors que nous poursuivons le processus de nomination de notre nouveau CEO. Ensemble, nous veillerons à poursuivre le déploiement de la stratégie de l’entreprise dans l’intérêt à long terme de Stellantis et de l’ensemble de ses parties prenantes". Jusqu’ici habitué aux fastes publications de résultats et à des niveaux de marge défiant la concurrence, le groupe a en effet marqué un coup d’arrêt en 2024. Dès le début de l’exercice, le recul des ventes et les pertes de parts de marché avaient commencé à se dessiner. S’appuyant sur les perspectives offertes par une nouvelle "offensive produits", Stellantis avait continué à se montrer rassurant. Mais s’ensuivirent des résultats semestriels ne laissant plus vraiment de place au doute. Au mois de juillet, les bénéfices du groupe avaient fondu de moitié sur un an, tandis que sa marge, à 10 %, avait perdu plus de 4 points.

 

Revirement sec

 

Carlos Tavares, de ses propres aveux, avait bien pointé que ces chiffres n’étaient pas "à la hauteur (des) attentes, reflétant à la fois un contexte industriel difficile et nos difficultés opérationnelles". Plusieurs nœuds étaient alors en cause. Il faut dire, tout d’abord, que l’ensemble des constructeurs automobiles européens sont dans une mauvaise passe. L’électrification de leur secteur appelle à des investissements d’envergure, tandis que la concurrence internationale et tout particulièrement chinoise, se fait de plus en plus féroce.

Mais Stellantis fait plus expressément face à de sérieux accrocs opérationnels aux États-Unis, où ses parts de marché s’érodent. Les stocks d’invendus ont commencé à s’accumuler dès la fin de l’année 2023, ce qui n’a pas arrangé la relation du groupe avec ses différentes parties prenantes… mais ce qui l’a aussi poussé à rabaisser les prix pour pouvoir les écouler. Rien de bon pour les marges. À la fin du mois de septembre, les difficultés du groupe s’étaient soldées par un avertissement d’ampleur sur ses résultats. Il est désormais prévu que la marge opérationnelle atterrisse entre 5,5 % et 7 % sur l’année, tandis que le free cash-flow industriel devrait plonger en territoire négatif, plus précisément entre 5 et 10 milliards d’euros. Des prévisions loin de celles d’une marge à deux chiffres et d’un free cash-flow positif qui avaient précédemment été communiquées. Le dirigeant de Stellantis n’a pourtant pas dévié de sa ligne de conduite à la suite de cet avertissement. Il avait assuré que les difficultés opérationnelles du groupe outre-Atlantique étaient liées à une erreur de plan marketing qui n’aurait pas fonctionné et que cela serait résolu avant la fin de l’année.

 

La confiance et les marchés

 

Ces rebondissements ont néanmoins bien refroidi les marchés. Sur les seuls trois derniers mois, le titre Stellantis a perdu 17,26 % de sa valeur, avoisinant ainsi le prix de 12,75 euros auquel s’échangeait le titre du nouveau Stellantis en janvier 2021, à la suite de son introduction en Bourse. Sans surprise, après l’annonce faite hier soir, le titre chute de nouveau à la Bourse de Paris lundi, en perdant 8,3 % ce matin, à 11,50 euros. Plusieurs analystes financiers l’avaient en effet souligné. L’ampleur de la révision des objectifs financiers, qui avaient pourtant été réaffirmés à plusieurs reprises, avait entaché la confiance des opérateurs de marché à l’égard de la direction.

C’est d’ailleurs au même moment que les rumeurs d’un certain mécontentement du président du groupe, John Elkann, quant à sa situation, avaient commencé à courir. Si le directeur général du groupe avait sauvé sa place en profitant d’un sursis jusqu’à 2026 pour redresser la barre, sa directrice financière et ses patrons américain et européen avaient de leur côté été remplacés. De quoi apporter de nouveaux changements à une équipe de direction régulièrement remaniée. Et la dernière publication trimestrielle du groupe, au début du mois de novembre, bien que donnant des signaux encourageants sur l’avancée du plan de réduction de ses stocks, avait aussi confirmé que la perte de parts de marché de l’entreprise n’était pas qu’un problème nord-américain.

À fin septembre 2024, elles avaient reculé sur un an de 9,1 % à 7,4 % dans la région, avaient perdu deux points en Europe, à 15,2 % et reculé de près de 14 % à 10,3 % au Moyen-Orient et en Afrique. À l’occasion de l’annonce du départ de Carlos Tavares, Stellantis n’a pas donné davantage d’indices sur la situation du groupe mais a de nouveau confirmé les prévisions financières qui avaient été données à la fin du mois de septembre.

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