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Macro-économie / Taux / Brexit / Theresa May / David Davis / Angleterre

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Brexit / Theresa May / David Davis / Angleterre

David Davis provoque Theresa May en duel

La démission du secrétaire d'Etat au Brexit, qui considère que la position adoptée par la Première ministre est trop "douce", met Theresa May dans une impasse. Selon la presse du pays, il pourrait se placer en alternative potentielle à la Première ministre, si celle-ci quitte à son tour le navire.
Theresa May
Theresa May

C'est une figure clef du Bexit qui vient d'annoncer sa démission. David Davis, nommé il y a tout juste deux ans par Theresa May comme secrétaire d'Etat à la sortie de l'Union européenne, quelques semaines après le référendum, a annoncé hier soir qu'il quittait le navire. Dans un courrier acerbe, il a expliqué que le cap adopté par Theresa May "laisserait le pays dans une situation de négociation affaiblie et potentiellement sans issue". Et que le fait d'accepter une partie des règles européennes post-Brexit revenait à "laisser aux mains de l'UE toute une partie de l'économie britannique en empêchant la Grande-Bretagne de retrouver le contrôle de ses lois et sa législation". Une démission qui survient deux jours après que la Première ministre est effectivement parvenue à un compromis avec l'ensemble de son gouvernement, réuni pour l'occasion dans sa résidence de Chequers dans le Bukinghamshire, sur le Brexit. 

Theresa May a ainsi dévoilé vendredi les grandes lignes du White Paper qu'elle compte maintenant présenter aux officiels européens, et définissant la position de son pays concernant l'avenir des relations commerciale avec l'UE post-Brexit. Cet accord prévoit ainsi une "zone de libre circulation des biens" avec l'UE, signifiant que le pays continuera à appliquer la régulation européenne dans ce domaine, espérant de la sorte amadouer Bruxelles et démontrer sa bonne volonté à respecter les règles de l'UE. Le texte propose aussi de mettre en place un accord de facilité douanière et explique que le pays s'engagera à respecter les règles communes dans le domaine des aides d'Etat et s'efforcera de trouver un accord de coopération entre les différents régulateurs en jeu. Une position trop "douce", selon David Davis, qui a donc décidé de se retirer du jeu, estimant que la Première ministre ne défendait pas assez les intérêts de son pays. 

Le départ de cet ancien réserviste dans les commandos SAS et entré en politique il y a plus de trente ans, constitue une lourde perte à la fois pour le gouvernement britannique et pour le parti conservateur. David Davis représentait une voie intermédiaire entre les Hard Brexiters à la Boris Johnson et les députés europhiles souhaitant conserver le statu quo post-Brexit. Si Theresa May l'avait d'ailleurs choisi pour son étiquette d'eurosceptique, lui qui avait reçu le sobriquet de "Mister No" à Bruxelles lorsqu'il était ministre d'Etat pour l'Europe sous John Major, elle avait espéré qu'il se montre plus pragmatique au gré des négociations. Mais, comme le rappelle The Independant, le secrétaire d'Etat avait finalement été progressivement mis de côté dans les négociations en raison de ses dissensions avec Theresa May, ne s'étant rendu qu'à deux reprises à Bruxelles depuis le début de l'année et n'ayant rencontré Michel Barnier qu'une fois depuis janvier.

Toute la question est de savoir maintenant si Theresa May pourra survivre au départ de son secrétaire d'Etat, poursuit The Independant. Selon la presse britannique, l'ex-ministre pourrait même se positionner pour récupérer le poste de la Première ministre, et prendre sa revanche de 2005, lorsqu'il avait été battu par David Cameron pour la présidence du parti conservateur. Plusieurs députés ont d'ailleurs annoncé qu'ils cessaient de soutenir Theresa May et appelé à un vote de défiance pour la remplacer par un Premier ministre aux vues plus fermes. 

La crise politique britannique devra en tout cas rapidement être résolue si le pays veut parvenir à trouver un accord avec l'UE en temps et en heure. Rappelons que selon le calendrier établi par Bruxelles, un accord devait être trouvé d'ici le mois d'octobre, pour permettre ensuite aux parlements nationaux de se prononcer sur le texte, avant mars 2019. Sachant que le White Paper dont Theresa May a dévoilé les grandes lignes vendredi, risque de ne pas du tout passer à Bruxelles. Le compromis précise en effet qu'un accord un peu différent devra être trouvé pour les échanges de services, exigeant une régulation plus flexible dans le domaine, et que la libre circulation des personnes ne sera plus applicable entre l'UE et la Grande-Bretagne.

Une Europe à la carte en somme, contre laquelle Michel Barnier n'a cessé de s'opposer depuis le début des négociations. Par ailleurs, selon le compromis dévoilé Chequers, l'accord commercial proposé (libre circulation des biens seulement) permettra de résoudre le problème de la frontière irlandaise et de ne pas enclencher le mécanisme prévu par les Européens sur le sujet (rétablissement d'une frontière en mer d'Irlande et inclusion de l'Irlande du Nord au sein du marché unique). Etant donné que l'UE risque de rejeter en bloc l'accord sur la libre circulation des biens, les Britanniques devront de nouveau se gratter la tête pour trouver une solution concernant la frontière irlandaise. Un casse-tête que personne n'a réussi à résoudre depuis 24 mois, et qui pourrait bien, vu le chaos politique en Grande-Bretagne, mener à un Hard Brexit. 

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