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Brexit : un nouveau référendum est-il envisageable ?
Est-il encore temps ? A moins de huit mois de la sortie prévue du Royaume-Uni de l'Union européenne, de plus en plus de voix s'élèvent dans le pays pour demander un second référendum, afin de revenir sur la décision du 23 juin 2016. Et les lobbies et groupes d'influence qui plaident pour une telle cause peuvent désormais s'appuyer sur des enquêtes d'opinion leur donnant raison.
Ainsi, après la parution d'un sondage dans The Times fin juillet démontrant qu'une majorité d'Anglais est désormais en faveur du maintien du pays dans l'UE, The Observer a eu accès à une autre enquête menée par l'institut Focaldata consumer analytics établissant le même constat : une majorité de circonscriptions électorales soutient le camp du "Remain" (ndlr, pour rester dans l'UE). Un déplacement du curseur principalement lié aux électeurs travaillistes, puisque les circonscriptions où le changement d'opinion est le plus important sont celles où le Labour est majoritaire. "L'évolution la plus marquante est dans le Nord de l'Angleterre et dans le Pays de Galles où le Labour est dominant", relate ainsi le magazine britannique.
Les chercheurs de Focaldata consumer analytics ont ainsi compilé les résultats de deux sondages YouGov de plus de 15.000 personnes au total, menés avant et après que Theresa May a publié son projet d'accord Brexit le 6 juillet dans sa résidence de Chequers. Résultats qu'ils ont combinés avec les données détaillées du recensement et les données de l'Office for National Statistics. Or sur les 632 sièges que compte la Chambre des communes, 112 d'entre eux sont passés du "Leave EU" à "Remain" par rapport à juin 2016, ce qui fait qu'en cas de nouvelles élections, 341 sièges seraient occupés par des anti-Brexit, et 288 par des partisans d'une sortie du pays de l'UE. Et même la circonscription de l'ex-ministre des Affaires étrangères et fervent défenseur du Brexit Boris Johnson a retourné sa veste : sa circonscription d'Uxbridge et de South Ruislip est passé de 43,6% à 51,4% d'électeurs partisans du maintien du pays dans l'UE.
Une enquête que les défenseurs du "Remain" ont immédiatement brandie pour plaider en faveur d'un nouveau vote populaire sur le sujet. "Cette étude montre que le Brexit n'est pas inévitable. L'opinion a évolué. Les résultats soulignent que le deal final devra être soumis à l'avis des citoyens britanniques", a ainsi déclaré Eloise Todd, chief executive de Best for Britain, l'organisation commanditaire de l'étude dévoilée par The Observer. La militante estime ainsi que les députés de Westminster devraient légiférer en ce sens et exiger que le compromis qui sera trouvé avec Bruxelles soit approuvé non seulement par les députés mais également par le peuple.
Mi-juillet, l'ex ministre de l'Education Justine Greening avait donné de la voix pour soutenir une telle proposition, déclarant que seul un nouveau référendum permettrait de trancher sur l'avenir du pays. "La seule façon de sortir de l'impasse, c'est de retirer la décision finale sur le Brexit des mains des politiciens (...) et de la rendre au peuple", avait alors déclaré l'influente députée conservatrice dans le Times. L'ancien Premier ministre Tony Blair a lui aussi soutenu cette position après que Theresa May a dévoilé début juillet ce qu'elle comptait négocier auprès de l'UE : "Nous sommes coincés. Dans n'importe quel monde rationnel, (...) ce serait au peuple de prendre la décision", avait-il affirmé après la réunion de Chequers.
Une telle option est pourtant très peu probable. Non seulement parce que le calendrier est extrêmement serré et qu'un nouveau vote demanderait une période de campagne et de préparation. Ensuite parce que les députés rebelles ne sont pas parvenus à faire passer un amendement donnant le droit de veto à Westminster sur l'accord final sur le Brexit. Fin juin, la Première ministre est ainsi parvenue à faire rejeter l'amendement du député Dominic Grieve sur le sujet et à faire adopter la fameuse "loi de retrait de l'UE", débattue depuis plusieurs mois à Westminster. Le texte, signé par la Reine Elizabeth II, a été promulgué le mardi 26 juillet. La probabilité que la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, désormais inscrite dans une loi avec une date officielle - le 29 mars 2019 - soit remise en cause d'ici là est donc assez faible. Seule la dissolution du Parlement par le Premier ministre pourrait éventuellement inverser la vapeur du 23 juin et permettre de concrétiser les résultats de l'étude dévoilée par The Observer. Mais là encore, les chances sont minimes, selon Brian Hilliard, économiste à la Société Générale. Car même si Theresa May est démise de ses fonctions, et remplacée par Boris Johnson par exemple, il est peu probable que celui-ci décide de convoquer de nouvelles élections, vu l'instabilité de l'opinion. Et si un candidat favorable au Remain ou plus concilient que Boris Johnson, succède à Theresa May, tel que David Davis, il ne prendrait sans doute pas le risque non plus, de peur de perdre la majorité conservatrice au Parlement. "Un deuxième référendum n'est guère plus qu'une chimère au sein du camp Remain", conclut l'économiste.
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